Gérald Papy
Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Opinion

25/09/14 à 12:36 - Mise à jour à 12:36

La Belgique en guerre : des conséquences à bien assumer

L'engagement militaire de la Belgique contre les terroristes islamistes en Irak aura des répercussions dans notre pays. Il faut en prendre conscience pour en prévenir, tant que possible, les effets.

La Belgique en guerre : des conséquences à bien assumer

© Belga

Après le feu vert du gouvernement en affaires courantes et l'approbation de sept partis en commission, le Parlement en séance pleinière donnera ce vendredi son accord à l'envoi de six F-16 en Jordanie pour participer à la campagne de bombardements contre les positions de l'Etat islamique en Irak. Est-ce une bonne décision ?

Le conflit en Irak et en Syrie nous concerne-t-il ? A ceux qui avancent que la Belgique devrait se garder de se mêler d'une confrontation qui relève essentiellement de la responsabilité des populations musulmanes et des pays arabes, quelques données doivent être (re)précisées. Cette guerre se déroule dans l'hinterland européen, une proximité géographique dont découlent des interactions naturelles, des flux migratoires aux opportunités, gâchées aujourd'hui, d'échanges économiques. Cette guerre a des implications directes sur notre sécurité et sur notre vivre ensemble. La présence ancienne d'une communaute musulmane en Belgique et la sensibilité avec laquelle elle vit ces événements, pour une extrême minorité sur le mode de l'engagement islamiste et anti-occidental violent, ne peuvent être ignorés. Cette guerre, enfin, heurte les valeurs et les principes sur lesquels l'Europe s'est bâtie depuis plus de deux siècles, la défense des droits de l'homme, le respect des minorités, la liberté religieuse...

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La participation de la Belgique à l'opération contre l'Etat islamique est opportune. Mais elle ne doit pas être une fin en soi.

Pour ces raisons, la participation de la Belgique à l'opération militaire contre l'Etat islamique est opportune. Mais elle ne doit pas être une fin en soi. Car, comme l'a justement rappelé le Premier ministre sortant Elio Di Rupo, sans dimension politique, la guerre contre les djihadistes égorgeurs est vouée à l'échec.

Pour autant, l'engagement de la Belgique ne sera pas sans conséquences. En prendre conscience devrait déjà permettre d'en prévenir les préjudices. En se joignant aux Etats-Unis, à la France et aux autres bras armés de la coalition, notre pays s'expose à des représailles terroristes. Les services de sécurité concernés ont une expérience reconnue dans la gestion de ce type de menaces. Il n'y a donc pas lieu de verser dans la psychose. Mais il faut aussi savoir qu'il n'existe pas de parade infaillible face à des terroristes du type de Medhi Nemmouche, l'auteur de l'attentat au Musée juif de Belgique à Bruxelles. Les intérêts belges et les déplacements des Belges à l'étranger doivent aussi être inclus dans ce renforcement de la prévention.

La guerre de longue haleine qui s'annonce aura aussi des conséquences sur le vivre ensemble. Des tensions vont inévitablement apparaître, susceptibles d'exacerber les relations entre communautés. Il est essentiel d'éviter les amalgames entre la minorité d'extrémistes et la majorité de la population musulmane de Belgique. L'attitude des premiers relève de la "psychiatrie" et de "l'instrumentalisation mentale", expliquait sur Europe 1 ce jeudi matin l'imam de Bordeaux Tareq Oubrou. La seconde est "affligée" par l'image donnée par les djihadistes de leur confession. Et l'imam de s'étonner du laxisme des autorités françaises qui n'interdisent pas des sites Internet qui appellent ouvertement à la violence.

La guerre, enfin, aura un impact économique mal venu en période de crise. Le coût de l'opération militaire, d'abord, évalué à 3,8 millions d'euros par mois (calculés sur 3 mois d'intervention). Mais aussi le renchérissement des prix des produits pétroliers que l'instabilité au Moyen-Orient pourrait provoquer.

C'est en connaissance du cadre de cette guerre, qui inspire nécessairement la méfiance au vu des incohérences passées des Etats-Unis, et de ses répercussions que les élus doivent se prononcer. La prudence affichée jusqu'à présent par le gouvernement sortant et par les partenaires de la suédoise sur ce dossier (des bombardements autorisés uniquement en Irak puisque l'accord de Damas fait défaut pour ceux en Syrie) est de nature à les rassurer sur les précautions prises pour ne pas s'enfoncer dans un bourbier.

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