L'universitaire marocain déjà venu "5 à 6 fois" en Belgique avec le même visa

03/12/17 à 09:36 - Mise à jour à 17:12

Source: Belga

Abdelkader Hakkou, le professeur marocain de l'Université Mohamed Premier venu en Belgique dans le cadre d'un projet de coopération universitaire au développement, s'était déjà rendu "cinq à six fois" en Belgique avec les mêmes passeport et visa qui lui ont valu d'être détenu au centre fermé de Steenokkerzeel ce week-end, a-t-il indiqué dimanche lors d'une rencontre avec la presse.

L'universitaire marocain déjà venu "5 à 6 fois" en Belgique avec le même visa

Abdelkader Hakkou © Belga

Abdelkader Hakkou a atterri vendredi soir à l'aéroport de Charleroi. Ce professeur marocain, qui étudie la lutte biologique contre les maladies du palmier dattier, se rendait en Belgique dans le cadre d'un projet de coopération avec l'Université libre de Bruxelles (ULB). Porteur d'un passeport marocain et d'un visa touristique délivré par le consulat français, il a été arrêté à Charleroi et transféré au centre fermé de Steenokkerzeel car il ne remplissait pas toutes les conditions pour pouvoir entrer en Belgique, selon l'Office des étrangers.

"Nous ne contestons pas que des documents n'étaient peut-être pas comme ils devaient l'être mais cela ne justifiait pas une incarcération et une procédure d'expulsion", réagit dimanche Yvon Englert, recteur de l'ULB. "Un appel téléphonique aurait permis de donner les renseignements nécessaires."

L'agent de police à l'aéroport de Charleroi n'a pas compris les motifs de son voyage, explique M. Hakkou. "J'ai expliqué que je venais dans le cadre d'une mission universitaire, pour travailler. Il m'a dit que je devais alors avoir un visa de travail. J'ai tenté de lui expliquer que je ne venais pas en Belgique pour y travailler mais seulement pour une mission scientifique." L'agent lui a alors demandé s'il avait de l'argent sur lui. Le professeur lui a répondu que non car tous ses frais étaient pris en charge par le projet. Il ne connaissait par ailleurs pas le nom de l'hôtel dans lequel il serait hébergé. "Je lui ai dit qu'il fallait contacter mes collègues pour le savoir mais je n'ai pas pu téléphoner" avant 1h00 du matin.

Il a été placé "dans une pièce sur une chaise métallique jusqu'à 5h00 du matin. (...) J'ai ensuite été transféré au centre fermé à 8h00", où il a été "très bien traité".

L'agent a rédigé un rapport "dans lequel tout allait dans le sens de l'expulsion", s'exclame-t-il. "J'ai pu lire le rapport (...), il y écrit par exemple 'M. prétend'. Mais je ne prétendais pas, je déclarais!", affirme-t-il. "L'agent a insisté sur le fait que j'avais un visa touristique, que je n'avais pas de moyens de subsistance et que je ne connaissais pas le nom de mon hôtel." Le professeur a finalement été libéré ce dimanche à 12h00, transféré à Charleroi et a ensuite pu rejoindre Bruxelles.

"Nous sommes heureux que l'incident soit résolu", a déclaré Yvon Englert qui a pointé du doigt que M. Hakkou venait dans le cadre d'une coopération universitaire au développement, financée donc par l'Etat fédéral... "C'est le surréalisme à la belge."

"Ces derniers temps, il est plus difficile d'obtenir des autorisations. Ce n'est pas la première fois non plus (qu'un membre invité) est arrêté à la frontière", a souligné le recteur de l'ULB. "Je désapprouve ce climat qui bloque l'université dans sa vision universaliste (...) et qui donne une image négative de la Belgique" réputée pour son ouverture. "Il faut se réveiller."

Cet incident n'empêchera pas en tout cas M. Hakkou de revenir en Belgique, lui qui coopère avec des universités belges depuis une quinzaine d'années. "J'ai toujours été bien accueilli, ça ne remet pas en cause l'image que j'ai de la Belgique."

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