L'oeuvre de la semaine : Le rêve du père

15/11/15 à 13:31 - Mise à jour à 13:31

Source: Le Vif

Est-ce un enfant qui rêve ? Ou le fils du peintre ? Cette intimité entre l'artiste et son modèle force à voir dans cette toile non pas un portrait qui cernerait le caractère, voire la psychologie profonde du sujet mais incarnerait plutôt la relation établie entre l'artiste quinquagénaire et ce qu'il a de plus cher.

L'oeuvre de la semaine : Le rêve du père

© Courtesy of Esther Verhaege Art Concept and Daniel Enkaoua

Le choix de la couleur bleue peut évoquer la quête de l'oiseau bleu par Tyltyl et Mytyl, les deux petits héros du texte de Maurice Maeterlinck. Il désignerait alors ce bonheur-là, quotidien, intense et simple mais fragile. Un rien pourrait l'anéantir. Alors ce bleu tremble sous le pinceau fin de Daniel Enkaoua.

L'enfant pose ? Non il repose. Et songe. Sa rêverie ne nous est pas communiquée. Ce sera son secret. Quand l'artiste, français d'origine juive espagnole peint, le monde du dehors s'efface. Demeure la douce odeur de l'huile, la présence sur la palette d'une gamme de couleurs, le rectangle de la toile debout et les brosses en poil de martre ou de soie de porc à portée de main. Il traitera sans doute d'abord la figure même si le fond blanc, aussitôt se couvre de quelques teintes vives. La figure prend du relief.

De près, une pluie colorée de petits traits balayés par l'émotion, parfois çà et là, une épaisseur plus large, une tache de lumière grasse. Le dessin des contours compte moins que l'apparition progressive du volume. Le travail est lent. La figure frémit sous les assauts de l'écriture du peintre tout en laissant peu à peu apparaître la présence d'un corps assis.

Puis, Enkaoua revient vers les alentours, le fond clair comme un ciel dans la partie haute, qu'il couvre d'une teinte aux blancs écrasés. Le fond qui accompagne la plongée du regard et s'assombrit dans la partie inférieure. Le mur et le sol ne sont qu'illusions.

Tout se passe dans un non-lieu. Celui du rêve du père. Qui restera un secret.

Bruxelles, Galerie Esther Verhaege. Hangar H18 Open Space. 18 Place du Châtelain (1050).

Jusqu'au 21 novembre. www.estherverhaege.com.

Du mardi au samedi de 11 à 18 heures.

Nos partenaires