Yves Desmet
Opinion

25/03/11 à 10:02 - Mise à jour à 10:02

L'étape finale

APRÈS QUELQUE TROIS CENTS JOURS - on finirait par s'emmêler les pinceaux - la dernière étape de la présente phase des négociations en vue de former un nouveau gouvernement semble engagée.

YVES DESMET Editorialiste au Morgen

Après la énième discussion purement stratégique sur de possibles dates limites à respecter à la fin du mois d'avril, la stratégie francophone se précise de plus en plus nettement : ne rien céder et attendre jusqu'à ce que la N-VA quitte la scène d'elle-même ou en soit éjectée par d'autres. Puis essayer de mettre sur pied une tripartite classique et, en cas d'échec, se résigner à organiser de nouvelles élections.

Si cette stratégie est conforme à la logique francophone, elle n'est pas fort judicieuse pour autant. D'abord, parce que la formule d'une tripartite, même après neuf mois de ratages et d'ennuis, est loin d'être évidente. Il est probable que la SP.A serait prête à en faire partie et une fraction de l'Open VLD pourrait s'y résoudre. Du côté de la CD&V, en revanche, c'est une autre paire de manches. Ce parti est saisi d'une peur panique à l'idée de relâcher les liens qui l'unit aux nationalistes flamands. Il craint de continuer à chuter en dessous de son niveau électoral le plus bas de son histoire. Il ne faut pas oublier que les élections communales auront lieu l'année prochaine. Le CD&V compte sur son alliance avec la N-VA pour sauver ses structures de pouvoir au plan local.

Hormis tous les calculs électoraux, toute la question est de savoir si la mise à l'écart de la N-VA constituerait un bon choix pour le futur. Celle-ci aurait tôt fait de revêtir le statut de martyre et rien ne la retiendrait de tourner en dérision une quelconque tentative de réforme de l'Etat à laquelle une tripartite s'attellerait, le cas échéant. Ainsi, elle gardera aisément la faveur d'une large partie des Flamands qui croient dur comme fer que seules la responsabilisation et la transparence en matière de financement des Régions et Communautés pourront garantir, à terme, la survie du pays.

Les partis francophones risquent dès lors de jouer les apprentis sorciers. En refusant obstinément de rencontrer les exigences flamandes, ils s'exposent à voir la réalisation de leur pire cauchemar : une opinion publique flamande ne cessant de se radicaliser et contribuant à perpétuer le succès de la N-VA, à tel point qu'elle devienne une réalité intangible dans la vie politique belge. Bloquer aujourd'hui une réforme de l'Etat reviendrait à poser les premiers jalons conduisant à la scission du pays.

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