L'école est-elle vraiment adaptée aux enfants de 2,5 ans ?

02/10/14 à 15:51 - Mise à jour à 09/10/14 à 07:27

Source: Le Vif

Dans le contexte actuel de saturation des places en milieu d'accueil, les parents subissent de plus en plus de pression, tant du côté des crèches que des écoles, pour faire rentrer leur enfant dès 2 ans et demi en maternelle. Mais un enfant de cet âge est-il prêt pour un tel changement ?

L'école est-elle vraiment adaptée aux enfants de 2,5 ans ?

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Nouveaux horaires, nouveaux espaces de vie, nouveaux "rites", nouveaux copains,...l'entrée à l'école est un changement majeur dans la vie d'un enfant. Les "classes d'accueil" constituent la première approche des tout-petits avec l'école. Souvent composées de moins d'enfants qu'en première maternelle, elles permettent idéalement une transition douce et sereine du cocon de la crèche, où les critères d'encadrement sont très rigoureux et contrôlés, à l'école.

Un certain nombre de questions des acteurs du terrain se posent quant à cette entrée assez précoce des enfants dans ces classes de transition : les spécificités liées à cet âge sont-elles prises en compte? Le contexte démographique et la saturation des places dans les établissements scolaires influencent-ils les pratiques d'accueil des tout-petits? Si oui, de quelle manière?

L'asbl Fraje (Centre de Formation permanente et de Recherche dans les milieux d'Accueil du Jeune Enfant) s'est penchée récemment sur la question en s'immergeant une journée entière dans les classes d'accueil de cinq écoles de la région de Bruxelles, une zone particulièrement touchée par la croissance démographique même si le phénomène se propage en Fédération Wallonie-Bruxelles. Sans avoir comme ambition de généraliser ses observations, elle en a tiré quelques leçons.

L'entrée au compte-goutte, négative sur le plan psychopédagogique

L'équipe pluridisciplinaire composée d'une psychologue, d'une architecte et d'une anthropologue pointe notamment du doigt l'entrée au "compte-goutte" des écoliers tout au long de l'année scolaire. Ce système engendre, selon ces observateurs, des conséquences négatives sur le plan psychopédagogique. Un décalage en terme de socialisation d'intégration et d'apprentissage peut en effet se révéler entre des enfants rentrés à des moments distincts au cours de l'année.

Les professionnelles de l'enfance remarquent également que les rythmes et les besoins des enfants en classe d'accueil sont insuffisamment pris en compte. Autres observations : la multiplicité du personnel d'encadrement et du corps enseignant, le morcèlement horaire trop important des journées (garderie, pause, repas, repos...) , tout comme les changements fréquents de lieux lors d'une journée surchargée font en sorte que l'enfant est déboussolé et n'a pas le temps de souffler, suscitant parfois des émotions très fortes chez certains d'entre eux. "Il est implicitement demandé aux enfants de deux ans et demi de s'adapter à un ensemble de conditions et de pratiques qui ne correspondent ni à leurs besoins, ni à leurs capacités : être propres dès leur arrivée ou le plus rapidement possible, suivre le rythme des nombreuses transitions en évitant les comportements inappropriés, être capable d'autonomie dans un contexte qui ne leur est pas familier..." poursuivent les auteurs de l'étude.

Concernant les bâtiments d'accueil, l'étude pointe des espaces trop étroits et disparates dans l'enceinte scolaire dus, à nouveau, à la saturation des places, une situation qui a des conséquences sur le bien-être de l'enfant.

En conclusion, les experts du Fraje tirent la sonnette d'alarme en avançant que la situation de ces enfants et des professionnels qui les encadrent est très souvent alarmante et risque bien d'aggraver les situations de stress, les comportements agressifs et de troubles du comportement chez l'enfant, appelant les pouvoirs publics à réfléchir afin de valoriser une pédagogie et un accueil spécifique pour les plus jeunes à l'école.

  • La journée d'un enfant en classe d'accueil, recherche pluridisciplinaire menée par Céline Bouchat, Christel Favresse, Marie Masson, asbl Fraje, 179 pages.

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