"Je regrette si on a pu voir une tentative d'intimidation"

12/10/15 à 17:52 - Mise à jour à 19:47

Source: Belga

Le porte-parole de Charles Michel, Frédéric Cauderlier, a réfuté toute tentative d'intimidation dans les propos échangés avec l'équipe de 7 à la une (RTBF), lors de la visite du président turc Recep Tayyip Erdogan. L'AJP dénonce quant à elle deux atteintes à la liberté de la presse.

"Je regrette si on a pu voir une tentative d'intimidation"

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, après sa rencontre avec Charles Michel et Didier Reynders à Val Duchesse. © BELGA/Nicolas Maeterlinck

Le porte-parole francophone du Premier ministre Charles Michel, Frédéric Cauderlier, a réfuté lundi toute tentative d'intimidation dans les propos échangés la semaine dernière avec une équipe de la RTBF à l'occasion de la visite d'Etat en Belgique du président turc Recep Tayyip Erdogan, contrairement à ce qu'évoquait la Fédération européenne des journalistes (FEJ).

"Je peux reconnaître que le ton tenu n'est peut-être pas approprié", a-t-il affirmé à l'agence Belga, après que la FEJ eut dénoncé auprès du Conseil de l'Europe les "tentatives d'intimidation répétées" du cabinet du Premier ministre à l'encontre d'un journaliste de la RTBF en marge d'une rencontre à Val Duchesse entre MM. Michel et Erdogan dans un climat "relativement tendu" en raison des mesures de sécurité entourant une telle visite et du retard sur le timing établi.

"Le risque d'attentat est bien réel" lors d'une telle visite - qui avait aussi provoqué peu auparavant des altercations physiques entre les services de sécurité belges et turcs, notamment la veille déjà à Val Duchesse lors d'un discours du président turc, qui était l'invité de l'Institut Egmont.

Frédéric Cauderlier a toutefois assuré que même des journalistes turcs d'opposition avaient été autorisés, au nom de la liberté de la presse, à assister à la déclaration du Premier ministre et du président turc - ce qui ne semblait pas vraiment du goût des autorités d'Ankara.

Le porte-parole de Charles Michel a également dénoncé le comportement de l'équipe de la RTBF travaillant pour l'émission hebdomadaire 7 à la Une et de son journaliste (Tristan Godaert, ndlr) "qui ne respectait absolument pas les règles" fixées avant cet entretien.

Contrechamp : Erdogan à Bruxelles

Lorsque les conseillers de Charles MICHEL ne sont pas contents, ils menacent d'aller se plaindre à la direction de la RTBF. Quand le président turc malmène la presse, même en Belgique ?? http://bit.ly/ErdoganBruxelles

Posted by 7 à la Une - RTBF on samedi 10 octobre 2015

Selon lui, seuls deux des trois membres de l'équipe - qui s'ajoutait à une autre de la RTBF travaillant pour le JT quotidien - s'étaient faits enregistrer au préalable, alors que les mesures de sécurité étaient draconiennes. "Cet élément a ajouté un peu de tension", a fait valoir le porte-parole.

Frédéric Cauderlier a souligné qu'il avait voulu protéger le droit à l'image d'une collaboratrice de l'équipe de communication du cabinet Michel et salué le fait que son visage ait été "flouté" dans le reportage diffusé par la chaîne publique.

Il a ajouté que le cabinet du Premier ministre n'avait pas exprimé de reproche a posteriori à la RTBF et assuré qu'il n'y avait eu "aucun contact" entre les deux parties entre le tournage (mardi) de la séquence et sa diffusion (samedi).

"Je regrette si on a pu voir (dans la double intervention de l'attachée de presse de Charles Michel, Aurélie Czekalski, et du porte-parole auprès du journaliste de la RTBF) une tentative d'intimidation", a dit Frédéric Cauderlier à propos du passage du reportage dans lequel il affirme: "ce truc n'a pas intérêt à passer sur antenne. C'est clair? Si elle (NDLR: Aurélie Czekalski) est dans le sujet, c'est une erreur grave et ça ne restera pas sans suites. Tu as envie de travailler comme ça? Continue à travailler comme ça, mais ça ne durera pas longtemps avec nous."

L'AJP dénonce deux atteintes à la liberté de la presse

"La récente visite officielle du Président de la République turque à Bruxelles a porté atteinte, par deux fois, à la liberté de la presse telle que nous la concevons dans la démocratie que vous dirigez", dénonce l'Association des Journalistes Professionnels (AJP) dans un courrier adressé lundi au Premier ministre Charles Michel et dont l'Agence Belga a obtenu copie.

L'AJP pointe d'abord la tenue mardi dernier d'une "conférence de presse", terme placé entre guillemets dans le courrier, au cours de laquelle les médias n'étaient pas autorisés à poser de question. "N'importe quelle communication écrite avec les médias eut été préférable à ce simulacre de conférence de presse, transformée, avec votre consentement, en une allocution à sens unique", dénonce l'AJP.

L'Association revient ensuite sur l'incident survenu après ce moment de presse entre le service de communication du Premier ministre et deux journalistes de la RTBF. "Les pressions d'abord, les menaces ensuite qui ont été formulées à cette occasion ne sont pas acceptables", affirme l'AJP dans son courrier. "Vos services ne peuvent s'arroger ni la direction des choix éditoriaux de la RTBF, ni le droit d'intimider des journalistes au travail."

Selon l'AJP, "les coulisses d'une actualité comme la visite d'un Président très contesté relève aussi de l'information. (...) Nous vous demandons de faire la part des choses entre information et communication, et de considérer que les journalistes professionnels ont vocation à agir pour la première et non la seconde. Nous vous demandons aussi de ne plus abuser du terme "conférence de presse" lorsqu'il ne s'agit pas de ce type de rencontre-là".

L'équivalent néerlandophone, la VVJ, a également qualifié d'"intimidation" l'incident survenu entre les membres du cabinet du Premier ministre et les journalistes de la RTBF.

Charles Michel rappelle son porte-parole à l'ordre

La liberté de la presse doit être "absolue", a affirmé lundi soir le Premier ministre Charles Michel à l'agence Belga à propos de l'incident qui a opposé la semaine dernière son porte-parole à une équipe de la RTBF, ajoutant qu'il avait rappelé ce dernier à l'ordre "pour des propos "inacceptables", tout en attribuant cet épisode à une "perte de sang froid" dans un contexte difficile.

La Fédération européenne des journalistes (FEJ) avait dénoncé plus tôt dans la journée auprès du Conseil de l'Europe les "tentatives d'intimidation répétées" du cabinet de Charles Michel à l'encontre d'un journaliste de l'émission 7 à la Une de la RTBF dans le cadre de la couverture de la - délicate - visite d'Etat du président turc Recep Tayyip Erdogan à Bruxelles mardi dernier.

Selon la FEJ, qui se fonde sur les images tournées, le porte-parole de M. Michel, Frédéric Cauderlier, a "menacé" ce journaliste, Tristan Godaert.

"La liberté de la presse doit être absolue", a répliqué lundi soir le Premier ministre, dans une déclaration à l'agence Belga.

"J'ai rappelé à l'ordre mon porte-parole" et "je lui ai dit que ses propos sont inacceptables sur le fond et sur la forme", a ajouté Charles Michel.

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