Etienne Dujardin
Etienne Dujardin
Juriste et Chroniqueur
Opinion

10/05/16 à 13:57 - Mise à jour à 13:56

Et si on renvoyait les idéologues qui trustent l'enseignement ?

On aurait pu croire que le fiasco du décret inscription calme certains acharnés de la réforme. Mais non, aujourd'hui, certains apprentis sorciers se déploient pour faire aboutir un Pacte d'excellence en communauté française ou l'Islam dans l'école catholique en Flandre.

Et si on renvoyait les idéologues qui trustent l'enseignement ?

© BELGA/David Stockman

On a l'impression que l'enseignement est aujourd'hui aux mains des champions du perpétuel mouvement, de ceux qui ont besoin de lancer réforme sur réforme, sans même tirer les leçons des échecs précédents et de la baisse générale de niveau de notre enseignement, et ce, malgré des moyens financiers très importants octroyés en Belgique par rapport à d'autres pays.

L'école devrait pouvoir se concentrer sur sa mission principale à savoir la transmission du savoir. Aujourd'hui, cela ne semble plus être le cas. Les questions essentielles pour nos idéologues ne sont plus liées au passage des connaissances, mais à l'organisation. Est-ce que l'école accueille suffisamment de mixité sociale, est-ce que l'enfant ne se sent pas brimé par des contrôles trop réguliers et comptant pour des points réels ? Est-ce qu'il ne faudrait pas généraliser les repas chauds gratuits à midi ? Ne serait-il pas mieux de changer le calendrier scolaire, ou de donner cours jusqu'à 17 h ? Bref, on parle de tout sauf de la façon de transmettre de manière durable et efficace un maximum de connaissance à nos enfants afin qu'ils puissent s'en servir demain et disposer des compétences indispensables pour pouvoir réfléchir et agir par eux-mêmes.

Lorsque vous entendez certains professeurs se plaindre de la façon dont fonctionne l'enseignement, vous ne pouvez que leur donner raison. L'étude par coeur est quasiment bannie, les devoirs sont presque proscrits ou ne peuvent être amenés que de manière déguisée. Une interrogation ? Mais enfin non ! L'enfant pourrait se sentir importuné, tiraillé dans son intérieur profond. Seuls quelques tests ou examens peuvent être certificatifs. Les cours magistraux ? Horreur, l'enfant doit apprendre par lui-même. Mais il n'a que 12 ans et ne connaît rien à l'histoire ? Pas grave, il faut qu'il sente la matière de sa propre initiative. Alors bien sûr, il est bon de pouvoir faire appel à l'imagination, mais un bon équilibre entre savoir et savoir-faire est nécessaire et fait aujourd'hui défaut. On ne peut ni retourner à l'enseignement traditionnel de nos parents, ni continuer ce nivellement par le bas qu'on nous propose sans cesse. Qu'on laisse un peu de liberté aux professeurs et qu'on leur redonne du pouvoir, de l'autorité et de la confiance. Interrogez quelques professeurs qui aiment leur métier, qui aiment consacrer leur vie à partager leur savoir, et vous verrez qu'ils sont presque tous obligés de prendre des libertés par rapport aux programmes et inspections s'ils veulent garder un certain niveau dans leur cours.

Le Pacte d'excellence est le meilleur exemple des aberrations en préparation. On nous parle de l'interdiction de redoublement avant 16 ans. Le CEB n'aurait, quant à lui, plus qu'une valeur indicative. Enfin, on parle d'allonger, de manière obligatoire et pour tous, la journée scolaire jusqu'à 17 h comme si le rôle de l'école était de jouer le rôle de garderie et que l'enfant ne pouvait pas s'épanouir en dehors de l'école. Ce pacte mérite tous les noms, sauf celui de Pacte "d'excellence". Un très bon communicant a sans doute trouvé cette merveille d'appellation, mais l'application de ce plan créera malheureusement tout sauf de l'excellence.

La dernière boulette idéologique nous vient de Flandre avec la volonté de faire entrer l'Islam dans l'enseignement catholique. Si l'enseignement catholique voulait se faire hara-kiri, il ne procéderait pas autrement. Vu le tollé provoqué, il a été ensuite communiqué que rien n'était vraiment décidé. Il faut évidemment assurer un dialogue avec l'Islam, mais pas au prix de la dilution de l'enseignement catholique ou officiel. Chaque projet a sa cohérence et l'identité de chacun des projets doit être respectée. Il est assez amusant de voir Lieven Boeve déclarer : "il y a par exemple de la place à côté d'une chapelle pour une salle de prière pour les musulmans ou le voile". Cette phrase est hallucinante, car il ne doit plus avoir beaucoup d'écoles en Flandre dotées d'une chapelle. Et les écoles souvent saturées auraient-elles seulement la place d'accueillir une salle de prière musulmane ? Enfin, le voile est déjà parfois permis et on se demande si c'est vraiment le rôle de l'école primaire et secondaire de le tolérer et de l'encourager.

L'enseignement est l'un des secteurs les plus importants dans une société qui veut une réelle égalité des chances et qui promeut une méritocratie. Consacrons-nous donc urgemment dans nos réformes à la qualité de nos cours et de nos enseignants et à la transmission du savoir, et non plus à des réformes cosmétiques perpétuelles décidées par une minorité totalement déconnectée des vraies demandes des parents et des enfants du 21e siècle.

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