Laurence D'Hondt
Laurence D'Hondt
Journaliste
Opinion

08/03/18 à 08:47 - Mise à jour à 08:47

Et si la femme voulait en finir avec l'homme?

La campagne Balance ton porc va-t-elle accentuer la méfiance entre les sexes? Le désir des hommes est culpabilisé, comme celui des femmes dans certaines sociétés musulmanes.

Et si la femme voulait en finir avec l'homme?

La campagne contre le harcèlement sexuel dans les transports lancée en Ile-de-France © RATP

En ce jour de fête pour la femme, et en tant que femme, je me sens embarrassée. Je crains déjà les nouveaux appels à la dénonciation, les suggestions faites pour mieux encadrer le désir délictueux des hommes. Dans les rues de Paris, l'affiche d'une campagne invitant à dénoncer le harcèlement sexuel est interpellante. Elle présente une femme se tenant à une barre de métro avec derrière elle, en surplomb, un ours menaçant prêt à la dévorer. "Ne minimisons jamais le harcèlement sexuel, victimes ou témoins, donnez l'alerte " est-il écrit en rajoutant les numéros d'urgence à appeler par SMS ou téléphone. Imaginons un instant, une même campagne représentant la femme sous les traits d'un serpent tentateur. Cette image serait immédiatement condamnée pour sexisme archaïque!

Depuis le débat lancé par "Balance ton porc", de nombreuses personnalités se sont exprimées, le plus souvent féminines. Quelques hommes ont aussi pris la parole, mais il semble qu'ils se tiennent plutôt à carreau, soit par peur de se faire traiter de porc soit parce qu'ils abondent poliment dans le sens des femmes. C'est vrai: les femmes ont subi des situations abusives qu'il faut combattre devant la justice.

Pourtant il y a comme un malaise qui me prend. Dans une tribune récente, le philosophe Pascal Bruckner regrette qu'on ne fasse pas assez la distinction entre "le viol qui est un crime, le harcèlement qui est un délit et la zone grise des regards insistants, de la drague lourde voire des insultes ". Ce manque de discernement rappelle combien la dénonciation de la pédophilie a parfois injustement abîmé le lien entre des pères, des instituteurs, des travailleurs sociaux et les enfants dont ils ont la charge. D'une légitime dénonciation, le mouvement déclenché par Balance ton porc n'est-il pas en train d'abîmer aussi le rapport hommes et femmes qui est déjà drôlement compliqué et conflictuel ?

Tout le monde s'accorde à condamner la Burqa dans les sociétés conservatrices musulmanes. Elle fait disparaître la femme et son désir, en les mettant sous cape. C'est l'équation inégalitaire sur laquelle repose cette société patriarcale: l'homme peut affirmer ses désirs, mais la femme dans un conditionnement masochiste, ne peut les exprimer que dans des circonstances privées et balisées par la loi.

Au risque de choquer, on peut se demander si nos sociétés occidentales ne sont pas en train de produire, étape par étape et à travers la loi, la situation inverse: désormais, en raison d'une poignée d'hommes au comportement délictueux, c'est l'homme qui doit être bridé et surveillé, laissant bientôt les femmes seules avec leurs désirs. Se dirigerait-on vers une nouvelle ségrégation des sexes, non pas organisée par les hommes comme dans le monde musulman, mais par les femmes?

Dans la grande ville européenne où je vis, le nombre de femmes seules ne cesse d'augmenter. Divorcées, séparées, célibataires, célibattantes....Les statistiques sont là pour étayer cette croissance de la solitude, à la fois chez les hommes, mais surtout chez les femmes qui sont souvent à la tête de foyers monoparentaux. Dans le lointain Iran, un imam répliquait un jour, lorsque j'évoquais la question des droits de la femme dans son pays: "Mais vous les femmes occidentales, vous errez seules dans la nuit et sans personne pour vous protéger. Est-ce tellement mieux ?"

Sur le coup, je sentais qu'il y avait une part de vérité dans cette réplique. Nous sommes dans une société où peu de dangers viennent entraver le pas libre de la femme et où elle peut désormais se passer de la protection masculine.

Mais une inquiétude persiste: y aura-t-il encore beaucoup d'hommes qui, portant le poids d'un désir suspect, oseront l'aborder?

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