Drieu Godefridi
Drieu Godefridi
PhD (Sorbonne), juriste et auteur
Opinion

18/12/17 à 10:35 - Mise à jour à 10:34

Energie : vers un effondrement du MR ?

Depuis que le Premier ministre Michel déclarait martialement cet été (juillet) qu'en 2025, la Belgique sera "sortie" du nucléaire, nous assistons à l'une des plus formidables pantalonnades de l'histoire politique belge.

Energie : vers un effondrement du MR ?

Charles Michel © Belga

Qu'un parti qui se veut libéral et soucieux de rationalité économique -- le MR -- se positionne comme plus écologiste qu'ECOLO, et même comme le déplorait ce week-end le Professeur Damien Ernst, de façon passablement "vulgaire", peut surprendre.

Qu'il ait adopté ce positionnement en n'ayant jamais pris la peine de chiffrer précisément le coût de la sortie du nucléaire, comme le reconnaissait la semaine dernière le Premier ministre (sic), relève de la plus noire irresponsabilité.

L'électricité engage notre avenir collectif. Tous nous en consommons, du plus économe des citoyens à la multinationale.

La Belgique dispose de sept réacteurs nucléaires parfaitement opérationnels et amortis, qui produisent une électricité bon marché, sans intermittence et de façon pérenne. Ces réacteurs pourraient être prolongés sans difficulté pour 20 années supplémentaires, le temps de mettre en oeuvre une nouvelle génération de réacteurs et de prendre, pourquoi pas ? Le "lead" dans ce domaine en Europe.

Par son coût du travail, sa fiscalité et son enfer normatif, la Belgique souffre de désavantages comparatifs importants, matérialisés par cet exode des grandes entreprises récemment souligné par le Premier ministre néerlandais Rutte. Que l'on rajoute à ces boulets une nouvelle explosion du coût de l'électricité et les conséquences économiques seront dévastatrices, particulièrement en Wallonie, déjà l'un des régions les plus arriérées économiquement d'Europe. Ce qui supportable à très court terme pour le géant économique allemand, ne le serait pas pour le nain économique belge.

La sortie du nucléaire n'est pas une décision rationnelle, elle est purement idéologique. Le nucléaire n'émet pas de CO2. En s'obsédant faussement de la question des "déchets", la "droite" francophone cède aux obsessions écologistes les plus irrationnelles. C'est pourtant Jean Gol qui, dans Librement, nous mettait en garde contre l'obscurantisme écologiste, sa tentation totalitaire et la "haine de la raison" qui caractérise cette funeste idéologie (Hatier, 1992, pp. 182-183).

Les derniers sondages indiquent un effondrement du MR, à Bruxelles, ville dans laquelle ce parti est devenu inaudible. En Wallonie, en dépit du vent de droite qui souffle sur toute l'Europe, le MR ne cesse de se tasser. Les initiatives particulièrement extrémistes du ministre Crucke -- telles l'interdiction du mazout -- ne risquent pas de réconcilier le MR wallon avec ses électeurs, entrepreneurs, agriculteurs et simples citoyens. Tous sont conscients du fait que l'amateurisme teinté d'hystérie écologiste du MR dans le domaine de l'énergie se traduira, très concrètement, par une nouvelle explosion de la facture électrique et donc la précarité énergétique.

Ne nous leurrons pas : l'irresponsabilité affichée par le MR dans le dossier de l'énergie constitue, pour ce parti, une menace existentielle.

Dernières parutions "La passion de l'égalité -- essai sur la civilisation socialiste", "Le libéralisme est-il conciliable avec le conservatisme ?", Arguments -- Revue européenne de science, vol. 2, n°3, automne 2017.

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