"Dyab Abou Jahjah nous a sauvés de la radicalisation"

05/02/15 à 11:03 - Mise à jour à 11:03

Source: Knack

"Si nous ne voulons pas que les jeunes se radicalisent, il faut commencer dans nos écoles " estime Fouad Gandoul, le secrétaire de Empowering Belgian Muslims. "Si nous repoussons les jeunes, ils apprendront à haïr la société".

"Dyab Abou Jahjah nous a sauvés de la radicalisation"

Fouad Gandoul © Saskia Vanderstichelen

"Un jeune confronté en permanence à des enseignants qui le considèrent comme inférieur est perdu. Et à l'heure actuelle, je n'entends plus que ça : il y a des professeurs qui demandent aux musulmans de leur classe s'ils trouvent que les décapitions en Irak sont normales. C'est de la folie. Comment ces enfants doivent-ils se défendre ? Comment leurs parents doivent-ils réagir?"

La semaine dernière, Gandoul a lancé un manifeste dans lequel des musulmans belges s'unissent contre la radicalisation. Il sait par expérience que la haine de l'islam mène à la radicalisation. "En 2001, j'étais en première licence à la VUB. Le 11 septembre, j'étais en train d'étudier à mon kot. La télévision était allumée et j'ai vu les deux tours touchées sur CNN. J'ai entendu des acclamations sous ma fenêtre. Plusieurs étudiants marocains trouvaient que l'Amérique n'avait eu que ce qu'elle méritait".

Étiez-vous aussi de cet avis ?

Fouad Gandoul: Non. Mon père m'a appris à ne jamais jubiler de la misère de l'autre. Et j'ai su tout de suite ce qui nous attendait. Je savais qu'il y aurait une réaction violente, qu'on pouvait s'attendre à une poussée de haine radicale, d'islamophobie sans précédent. Et c'est ce qui s'est passé. À la VUB, cette réaction a entraîné un réveil islamique.

Chez vous aussi ?

Gandoul: Absolument. J'appartenais à un petit groupe de jeunes qui sortait régulièrement, parfois je buvais même de l'alcool. À moment donné, j'ai arrêté et je me suis focalisé sur l'islam, justement à cause de cette méfiance accrue.

Que faisiez-vous précisément?

Gandoul: Nous approfondissions notre connaissance de l'islam. Cela allait assez loin, vous savez. J'avais plus de cent CD, mais pendant notre phase de recherche nous avions lu des textes de savants du Moyen-Orient qui affirmaient que la musique vient du diable. Et donc nous nous sommes débarrassé de tous nos CD.

En fait, vous étiez en train de vous radicaliser.

Gandoul: On peut dire ça. Et c'était la conséquence de ce que la société ne nous acceptait pas. Nous avons reçu le signal que nous ne faisions pas partie de la société. Et que se passe-t-il quand on démolit l'identité de quelqu'un ? Il se construit une identité pour lui-même, au besoin faite de rancoeur. À cette époque, mes lectures ne portaient que sur l'islam. Et j'allais à la mosquée presque tous les jours.

Y avait-il un combattant syrien potentiel qui se cachait en vous?

Gandoul: Non. J'étais simplement à la recherche d'une identité. Et je suis toujours resté critique. C'est ce que mon père m'a appris: que je devais toujours garder mon esprit ouvert.

Connaissiez-vous la Ligue arabe européenne à cette époque ?

Gandoul: Dyab Abou Jahjah était mon adversaire absolu. Il était un nationaliste arabe et je lisais des livres du fondateur des Frères musulmans, que Dyab qualifierait aujourd'hui de "fascistes". Nous n'étions pas du tout sur la même longueur d'onde. J'avais choisi une interprétation politique de l'islam, à laquelle il était radicalement opposé. Cependant, Dyab était extrêmement intelligent et brillait dans les débats. Il a sauvé les jeunes qui étaient en train de se radicaliser.

Abou Jahjah les a remis sur le bon chemin ?

Gandoul: Dyab a détourné la radicalisation qui menaçait les jeunes de la VUB. Il a pu réfuter nos histoires sur l'islam. Les jeunes l'admiraient. Si les politiques et les médias n'avaient pas criminalisé et ridiculisé Abou Jahjah et la Ligue arabe européenne, Sharia4Belgium n'aurait jamais existé.

Que conseillez-vous aux parents dont les enfants sont attaqués par leurs enseignants?

Gandoul: Ils doivent immédiatement envoyer une lettre recommandée à l'école. J'ai déjà aidé un certain nombre de personnes. Nous ne pouvons pas repousser les jeunes, car alors ils apprendront à haïr cette société".

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