Di Rupo va-t-il tuer le PS ?

20/11/14 à 14:25 - Mise à jour à 14:25

Source: Le Vif/l'express

Après quinze ans de dirupisme, place à... quatre ans de dirupisme. Cette hégémonie longue durée suscite étonnamment peu de vagues au PS. Preuve d'un parti apaisé, réconcilié, cohérent ? Ou signe d'un débat interne anesthésié ?

Di Rupo va-t-il tuer le PS ?

© Belga

En quinze ans de présidence, Elio Di Rupo a imprimé un style fort, d'une efficacité redoutable. Bon an, mal an, alors que les tuiles tombaient en rafale, son parti a continué à séduire un électeur sur trois en Belgique francophone. La performance tient presque de l'anomalie si l'on considère le contexte international. Pendant que le PS caracolait en tête, la gauche sociale-démocrate s'effondrait partout ailleurs en Europe.

Or voilà qu'après un quart de siècle au pouvoir, le PS vient de basculer dans l'opposition au fédéral. Dans ce nouveau schéma, l'ex-locataire du 16, rue de la Loi sera-t-il encore l'homme de la situation ? La question ne sera pas posée : Elio Di Rupo est le seul candidat à l'élection présidentielle qui se tiendra ces 21 et 22 novembre. L'ampleur du plébiscite sera toutefois intéressante à observer. Car ici et là, des réticences se font jour. "Depuis 1999, j'ai à chaque fois voté pour Di Rupo, confie cet influent élu de la province de Liège. Il a rénové le parti de fond en comble. Mais là, c'est le mandat de trop, je voterai contre, peu importe qu'il soit seul candidat." Un jeune mandataire abonde : "Elio a figé le parti, comme son visage. Pendant la présidence intérimaire de Paul Magnette, on a senti un vent de dynamisme. Je regrette qu'il n'ait pas engagé un bras de fer pour garder la présidence." Ces voix sont isolées, et aucun fou ne se hasarderait à exprimer publiquement ses doutes.

Relégué dans l'opposition au fédéral, contraint d'assainir les finances publiques régionales, le PS jouera gros dans les mois à venir. "Mon analyse, avance cet intellectuel socialiste, c'est qu'on a été longtemps surcotés. Alors que les idées de droite progressaient dans la société, le génie d'Elio Di Rupo a été de maintenir malgré tout le PS à un niveau très haut. Mais on pourrait maintenant subir un effet de rattrapage. Je n'exclus pas qu'on soit au début d'une longue phase de déclin." Pour éviter le scénario du pire, un travail de repositionnement idéologique paraît inévitable. "Il va falloir d'une certaine manière reconstituer le PS, affirme l'ancien bourgmestre de Bruxelles, Freddy Thielemans. L'opposition fait qu'on augmente la dimension idéologique du parti. A trop mettre en avant les individualités, on a peut-être affaibli l'identité générale, ce qui fait la consistance d'un parti." Avec d'autres mots, Kenza Yacoubi, conseillère CPAS à Molenbeek, défend un raisonnement semblable. "Quel discours va-t-on porter dans l'opposition ? On ne va pas pouvoir se contenter de calculs électoraux pour plaire à la fois à l'aile gauche et aux centristes. Car si le gouvernement tombe et qu'on revient au pouvoir, on sera rattrapés par nos contradictions. Il y a un choix à faire en termes de positionnement idéologique. Et cette fois-ci, il ne peut pas en ressortir que du bla-bla."

Di Rupo sera-t-il à même de mener ce travail de réflexion, lui qui, à la différence d'un Magnette, a toujours fui les grands questionnements idéologiques ? "En 2007, on a perdu les élections, rappelle Marc Bolland, bourgmestre de Blegny et ex-député. Malgré la défaite, Elio est resté président, et je ne le soutenais pas. Mais j'ai vu que cet homme-là a été capable de modifier complètement son entourage et de revoir tout le fonctionnement du parti. Dans la situation actuelle, on a besoin de quelqu'un comme lui, qui a de l'expérience tout en n'ayant plus rien à démontrer. Le PS doit rompre avec une certaine bureaucratie interne ronronnante. Vu que c'est sans doute son dernier mandat, Elio pourra se montrer audacieux."

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine. Avec :

  • Le diagnostic d'Edouard Delruelle : "Le risque est que le débat se trouve bloqué"
  • "Le style Di Rupo est un style de pouvoir. Or, le voilà dans l'opposition"
  • "Si le gouvernement craque dans dix-huit mois, alors cette stratégie s'avèrera payante"
  • L'éditorial : Dieu n'est qu'un chef de clan
  • Vincent Laborderie : "Si vous n'êtes pas d'accord avec le PS, vous êtes un collabo..."

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