Esther Ingabire
Esther Ingabire
Co-présidente d'écolo j
Opinion

08/03/16 à 17:31 - Mise à jour à 17:30

Désillusion d'une trentenaire féministe

Il est très intéressant d'entendre tous les partis se vanter de défendre l'égalité et la parité. Pourtant, lorsqu'il s'agit de former les gouvernements, peu de femmes y sont représentées.

Désillusion d'une trentenaire féministe

© Belga

L'autre jour je regardais le film Spotlight. Ce film raconte la révélation des affaires de prêtres pédophiles par un quotidien de Boston. Il s'agit d'un excellent film, mais deux choses m'ont interpellée. L'équipe de rédaction est constituée d'une quinzaine de journalistes, dont seulement deux femmes. De plus, la journaliste qui avait d'abord couvert l'affaire sous forme d'une petite chronique se retrouve reléguée au troisième plan une fois que le rédacteur en chef décide d'en faire une affaire d'investigation. Pourtant, le film se passe en 2001. 15 ans plus tard, la situation a-t-elle vraiment évolué ?

En tant que future trentenaire, j'ai été (et sûrement que je le serai de nouveau), à la recherche d'un emploi. Force est de constater que lors de la recherche d'un emploi, il ne fait pas bon d'être une femme de moins de trente ans, d'être célibataire et sans enfants. Si on y ajoute en plus la discrimination basée sur l'origine et/ou la religion, les chances de trouver un emploi pour notre génération sont très faibles. Quelle n'a pas été ma surprise de me voir une fois demander en entretien si j'étais en couple et comptais avoir des enfants dans un futur proche. Ma réponse sur l'illégalité de la question a sûrement diminué mes chances de décrocher ce poste.

En tant qu'écologistes, nous luttons depuis toujours pour la parité, l'égalité des chances, mais surtout une meilleure représentation des femmes dans l'espace public et privé. Il est très intéressant d'entendre tous les partis se vanter de défendre l'égalité et la parité. Pourtant, lorsqu'il s'agit de former les gouvernements, peu de femmes y sont représentées. Et ce, que ce soit au niveau fédéral ou des régions. La palme revenant sans aucun doute aux différents gouvernements wallons (qui mise à part sous Van Cauw II, n'a jamais eu plus de deux femmes ministres) !

Tout comme l'écologie politique, la parité doit être une lutte globale. Il ne suffit pas d'arriver avec nos leçons de morale pour les pays du Sud si la situation n'est pas plus enviable chez nous. Un des exemples les plus parlants est de savoir que le Soudan et la France ont quasiment le même pourcentage de femmes au Parlement (24.6% et 26.6%). Pourtant, la situation de la femme n'y est pas similaire, mais à quoi servent nos leçons de morale dans ce sens-là si nous sommes incapables de faire mieux que les autres.

110 ans après que la Finlande ait été le premier pays à accorder le droit de vote, d'éligibilité et le suffrage universel aux femmes, on arrive encore à se réjouir que l'Arabie Saoudite accorde "enfin" le droit de vote aux femmes en 2015. Quel train avons-nous raté ? Donner sans cesse des leçons de morale aux pays dits "plus faibles", mais incapables de lever le petit doigt quand il s'agit de "puissances économiques exportatrices de pétrole et acheteuses d'armes" ? Toutes ces années de luttes féministes pour nous voir courber l'échine devant si peu ? Pourquoi ? Parce que ça ne se passe pas chez nous, mais là-bas au loin, là où ça ne nous regarde pas ? Les luttes féministes sont un peu au final comme toutes les luttes.

Elles sont toutes au final concentrées entre les mains des mêmes personnes, sous la houlette du patriarcat qui au final ne laissera émerger ces luttes que si ces dernières ne vont pas à l'encontre de leurs projets. Parfois, j'ai envie de me dire que nous avons perdu la partie. Que nous sommes en pleine régression par rapport aux luttes féministes. Quand, après toutes ces années, en France, les Droits de la Femme sont de nouveau rattachés à la Famille et à l'Enfance, je me dis que c'est peine perdue. Moi, célibataire, 30 ans, écologiste et sans enfants, j'ai l'impression qu'on m'enlève le droit d'exister en tant que femme, car je n'ai pas d'enfants. Tant pis, pour mes droits, je repasserai.

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