Caroline Lallemand
Caroline Lallemand
Journaliste
Opinion

09/09/14 à 11:50 - Mise à jour à 10/09/14 à 09:00

Des "safaris urbains" pour les fonctionnaires flamands qui ont peur de Bruxelles

En 2018, environ 2000 fonctionnaires vont devoir déménager de la gare du Nord au site de Tours & Taxis, un quartier "à risque" qui leur fait peur. Des "safaris urbains" sont organisés par l'administration flamande pour les rassurer sur leur nouveau lieu de travail. Une situation à la fois drôle et pathétique.

Des "safaris urbains" pour les fonctionnaires flamands qui ont peur de Bruxelles

Le reportage satirique de la VIER sur le déménagement des fonctionnaires. © DR

Quelque 2000 fonctionnaires de l'administration flamande seront bientôt contraints de quitter leur bureau situé à un jet de pierre de la gare du Nord pour aller s'installer dans un nouveau bâtiment qui sera construit sur le site de Tours & Taxis, "de l'autre côté du Canal". "Bientôt" est en fait un bien grand mot, car les nouveaux bureaux ne seront réellement prêts qu'en 2018. Mais ce déménagement attise d'ores et déjà la grogne d'une partie de ces fonctionnaires soutenus par les syndicats. La raison invoquée: une fois sortis du train, les navetteurs vont devoir parcourir tous les jours 1,5 km (!) pour rejoindre leur nouveau lieu de travail.

C'est moins la distance qui les irrite que le quartier qu'ils devront traverser, considéré comme une "zone à risques", dont un parc décrit comme "hostile". Des termes sulfureux que la police tente, de son côté, de relativiser tant bien que mal. Si dans l'inconscient collectif, le concept bruxellois de "l'autre côté du Canal" résonne pour la plupart des navetteurs flamands et wallons comme le "bronx bruxellois", zone dangereuse où la criminalité fait rage, il serait de bon ton de redonner une image un peu plus reluisante à cette partie de Bruxelles en pleine mutation qui attire de plus en plus de sociétés. Non seulement à ce quartier spécifique mais à notre capitale dans son entiereté, souvent vue de l'extérieur comme une ville sale, mal gérée et où règne l'insécurité.

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Les "safaris" urbains pour fonctionnaires "timorés" : drôle et pathétique à la fois

Dans ce contexte, et pour apaiser les tensions, l'administration flamande a décidé d'organiser des "promenades guidées" d'une heure et demi afin de rassurer ses ouailles et de leur permettre de découvrir ce quartier qu'ils devront traverser au quotidien pour rejoindre leur nouveau siège. Ces "balades" confiées à des guides locaux suscitent un grand engouement. Quinze étaient initialement prévues, il y en a déjà 24 de planifiées à l'heure actuelle. Au nombre de trois par jour, dont une planifiée sur les heures de travail, elles ont affiché complet en un temps record, selon les informations fournies par Ben Nauwelaers, le porte-parole de l'Agentschap Facilitair Management qui espère toucher de cette manière environ 600 employés.

L'initiative est louable. Cependant, dans cette histoire bien belge, le fonctionnaire flamand renvoie encore l'image - apparemment pas si éculée - d'un employé embourbé dans ses petites habitudes et d'une administration dont on imaginait l'immobilisme révolu. On n'échappe pas non plus au cliché trop facile du personnel étatique qui profite de ses heures de bureau pour aller prendre l'air, et qui a besoin de 4 ans (!) pour se faire à l'idée d'un (petit) déménagement qu'il devrait plutôt envisager comme une belle opportunité de changement.

L'organisation de ce genre de "safaris" urbains pour fonctionnaires "timorés" pousse malheureusement à ce genre de vision à la fois drôle et pathétique. Le programme satirique à succès de la chaine flamande VIER "De Ideale Wereld" ("Le Monde Idéal") en a d'ailleurs fait ses choux gras en réalisant dernièrement une petite séquence pleine d'autodérision qui met en scène une poignée de fonctionnaires flamands pris par la main comme lors d'une dangereuse excursion dans la jungle urbaine à la découverte de leurs nouveaux bureaux : cordée, escalade d'obstacles, traversée fébrile du redouté Canal, embuscade derrière des fourrés lors du passage d'un fourgon de police et, enfin, arrivée exaltée devant le bâtiment tant décrié...Et dans ce cas-là, mieux vaut en rire.

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