Eddy Eerdekens
Opinion

07/05/14 à 09:29 - Mise à jour à 09:29

Comment forme-t-on un gouvernement avec des sangliers d'Asie ?

On n'a pas d'ami en politique. En même temps, ce n'est pas une nécessité. Sauf que l'animosité qui règne entre les politiciens d'aujourd'hui et le fait qu'ils l'étalent en public rendra encore plus difficiles les négociations de l'après 25 mai.

Comment forme-t-on un gouvernement avec des sangliers d'Asie ?

© Thinkstock

Celui qui suit un tant soit peu ce qui se passe rue de la Loi sait que ce n'est pas la franche camaraderie qui règne entre les ténors de la politique. Jamais une génération d'hommes politiques ne se sera trouvée si antipathique, n'aura étalé aussi ouvertement le peu de cas qu'il faisait de ses collègues et montré une aversion presque physique pour ses confrères.

C'est ce qui ressort de la série documentaire "Schild en Vriend", diffusée sur Vier et RTL-TVI, dans laquelle le président du CD&V Wouter Beke ne cache pas qu'il n'a pas la moindre confiance en Bart De Wever. Alexander De Croo de l'Open-VLd fait lui aussi peu de cas du peu d'estime qu'il a pour le président de la N-VA. "Je n'ai même pas son numéro de GSM". Ce dernier rétorque que de toute façon, il ne fait pas non plus confiance à De Croo et que d'un point de vue humain "il ne l'apprécie guère".

Mais il y a pire : Ben Weyts (N-VA) souhaitait selon le réalisateur du programme repris par de Humo appeler ses deux sangliers d'Asie Laurette et Joëlle. Mais lorsque les deux animaux broutent l'herbe, Weyts s'exclame : "regarde avec quelle ardeur ! Ils ne peuvent pas être du PS".

Que les hommes politiques s'envoient des piques devant les caméras n'est pas seulement étrange, c'est aussi puéril. Plus grave, ce manque de confiance, de respect et de sympathie ne semble pas être une exception, mais plutôt la règle.

Au-delà des partis, la génération Di Rupo ne rate pas une occasion de moucher un collègue. Un succès personnel au détriment des autres, et ce devant un comité restreint ou à la face du monde, est devenu plus stimulant qu'une victoire politique.

Des politiques de la génération Martens, Dehaene ou Leterme n'ont jamais, ou presque, laissé entendre qu'ils n'appréciaient pas untel ou untel devant les caméras. Ce n'était pas relevant à l'époque et cela devrait encore être le cas. Lorsque dans les années nonante, on a appris que Wilfried Martens avait un jour traité Leo Tindemans "du pire homme sur Terre", on ne l'a su que dix ans plus tard et encore c'était par le biais d'une indiscrétion commise par l'un de ses proches.

La vie privée reste privée

Il y a toujours eu de gros clashs dans les débats politiques, mais les invectives étaient d'ordre politique et pas personnel. Et elles étaient surtout matinées d'une attitude qui restait civilisée. Les louanges que s'échangeaient Jean-Luc Dehaene et Louis Tobback restent à cet égard légendaires.

C'est surtout les négociations qui ont abouti au dernier gouvernement qui ont laissé des traces. Après 2010, un négociateur anonyme va jusqu'à dénoncer "qu'il a un dégoût presque physique de certains membres du PS". Par ailleurs, cette génération compte dans ces rangs de nombreux élus et candidats qui n'ont que peu d'expérience.

Celui qui n'a pas d'expérience arrive moins facilement à un compromis. Celui qui opte pour un mode de fonctionnement basé sur le conflit est toujours persuadé de son bon droit et ne voit pas la nécessité d'avoir des alliés. Pas besoin d'avoir des amis pour former un gouvernement après le 25 mai. Il n'est donc pas utile que Bart, Wouter et Alexander s'envoient des fleurs.

Si bien qu'avant même que les cartes soient jouées, on ne fait même pas l'effort de feindre de cacher une certaine antipathie personnelle à des gens à qui on devra pourtant probablement demander de partager sa vision et son programme. Alors que dire si on les compare à des sangliers. Une attitude qui va encore compliquer des négociations qui n'en demandaient pas tant. En effet, peu importe les résultats des urnes, elles seront déjà bien assez difficiles comme ça.

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