Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Opinion

29/10/17 à 18:29 - Mise à jour à 18:28

Cher Charles Michel, qu'attendez-vous pour limoger Theo Francken ?

Si vous avez un peu de respect, pour vous et pour une majorité de vos concitoyens, limogez Theo Francken. Vite.

Cher Charles Michel, qu'attendez-vous pour limoger Theo Francken ?

Charles Michel et Theo Francken © Belga

A lire aussi: Francken provoque la colère de Madrid, Michel lui dit de ne pas "jeter d'huile sur le feu"

Monsieur le Premier ministre, il est rare, je pense, qu'un journaliste prenne la plume pour s'adresser à vous. Pas pour solliciter une interview. Pour vous demander si, finalement, vous avez le pouvoir d'agir en cohérence avec ce que vous avez toujours proclamé incarner et avec ce que vous avez toujours affirmé défendre: des valeurs démocratiques, qui exigent que chacun soit traité avec le même respect, que les populistes (un terme dont vous affublez volontiers vos adversaires) ne paradent pas au faîte du pouvoir, que les règles ne soient pas contournées, surtout lorsqu'elles sont censées protéger les plus faibles, que les pyromanes soient empêchés de nuire, que la politique retrouve ce qui fait sa noblesse, que ceux qui y exercent ne suscitent pas que, ou pas majoritairement, le malaise, l'indignation et, je pèse mes mots, la honte.

Avez-vous ce pouvoir, au sein de votre gouvernement, vis-à-vis de vos partenaires, ou ne l'avez-vous pas, en définitive?

Partager

Quelqu'un comme Theo Francken n'a pas sa place dans votre équipe, au sommet de notre pays

Si vous l'avez, j'ai la faiblesse de croire que, cette fois, il ne s'agit plus de recadrer votre secrétaire d'État à l'Asile et à l'Immigration. Il ne s'agit plus de lui demander de mesurer ses propos, de réfléchir à son humour, d'éviter de s'afficher, hilare bien sûr, avec des nostalgiques du IIIe Reich, j'en passe et des plus consternantes. Non, cette fois, il s'agit de lui signifier, à lui et à son président, que vous ne pouvez pas tout accepter. Que ça va faire la dixième fois, en trois ans de législature, qu'il tient des propos et pose des actes inacceptables pour vous, personnellement, pour votre parti et pour tous ceux, Flamands, Bruxellois et Wallons, qui ne mesurent pas la compétence d'une femme ou d'un homme politique aux chiffres qu'il peut afficher en termes d'humains dont il a nettoyé (un terme qui lui tient à coeur pour définir ses succès) les traces, qu'importe la manière, les motivations et l'attitude. Que quelqu'un qui enferme des enfants pour être certain qu'on pourra les renvoyer n'importe où, quelqu'un qui n'hésite pas à livrer des gens aux régimes qu'ils fuient, quelqu'un qui érigerait un mur, avec des barbelés, des miradors et des patrouilles avec chien, pourvu que personne sans valeur ajoutée (un terme que son président aime bien pour distinguer les communautés) n'entre encore sur nos terres, quelqu'un qui est en revanche prêt à ouvrir grand les bras et les portes à ceux qui, ailleurs, mènent le même combat autonomiste (par ailleurs tout à fait légitime) que le sien, parce que, argumente-t-il, il y a des risques de procès inéquitable qui leur pendent au nez, quelqu'un comme ça n'a définitivement pas sa place dans votre équipe, au sommet de notre pays.

Dites-nous que, vous et votre parti, et les ministres de votre famille politique, n'avez pas honte de le côtoyer, à cause de ses propos et de ses pratiques. Dites-nous que vous approuvez ce tri, sur le volet, des bons et des mauvais à qui accorder l'asile. Dites-nous que ce monsieur est seulement un peu trop spontané, mais que sinon vous êtes en phase avec son action, son comportement et ses discours. Dites-nous que vous en êtes fier. De son bilan aussi. Dites-nous que tous ceux dont le sang ne fait qu'un tour à chacune de ses saillies médiatiques et des révélations sur ses méthodes ne sont que des bien-pensants, des gauchistes, des jaloux, des pauvres d'esprit, des détails.

Si vous ne pouvez nous dire tout ceci, agissez. Prenez vos responsabilités. Et limogez Theo Francken. Et démontrez que le chef du gouvernement belge réside bel et bien au 16 rue de la Loi, pas à l'Hôtel de Ville d'Anvers. Je pense, sincèrement, que vous rendrez de la fierté à beaucoup plus de vos citoyens que vous n'en ferez monter aux barricades. Parce que vous prouverez que, dans votre pays, on ne se contente pas de communiquer son inquiétude devant la progression de la gangrène chez les voisins. On empêche qu'elle se propage chez nous aussi. Et donc, on n'accepte pas que ceux qui ressemblent furieusement à l'un de ses symptômes gouvernent, les mains et la langue complètement libres.

Si vous avez un peu de respect, pour vous et pour une majorité de vos concitoyens, limogez Theo Francken. Vite.

Nos partenaires