Ce n'est pas la fin des remous pour la Suédoise

06/08/15 à 13:49 - Mise à jour à 13:49

Source: Le Vif/l'express

Malgré le tax-shift, Charles Michel n'est pas au bout de ses peines... Quinze jours après l'accord fiscal, le CD&V est au bord de la rupture.

Ce n'est pas la fin des remous pour la Suédoise

© Belga

La promesse a été tenue, oui. Mais l'édifice reste fragile. Le gouvernement Michel a bouclé le 23 juillet dernier un ambitieux tax-shift, d'une hauteur de 7,2 milliards. "De par son envergure, ce n'est pas une opération classique se félicitait Charles Michel au lendemain de l'exercice. Je n'en ai vu aucune d'une telle ampleur à la Chambre ces dernières années." Rideau. Depuis, le Premier ministre profite de vacances bien méritées - il a mis le cap sur le sud de la France, dans la maison familiale, avant une escapade en moto.

Sans doute se doutait-il que deux semaines après l'accord, la perception changerait, surtout au nord du pays. "Au moment de la communication du tax-shift, tout le monde était euphorique au sujet de l'efficacité du gouvernement Michel, reconnaît Carl Devos, politologue à l'université de Gand. Mais aujourd'hui, on s'aperçoit que l'accord fragilise fortement le CD&V, ce qui est une très mauvaise chose pour la coalition." L'histoire agitée de la Suédoise n'est donc pas finie, même si l'équipe Michel a déjà initié la plupart de se réformes structurelles et impopulaires.

Un tax-shift ambitieux ? C'est pourtant ce que le CD&V réclamait depuis des semaines. "On avait demandé une solution avant les vacances, ce qui a été le cas", se félicitait d'ailleurs son vice-Premier ministre Kris Peeters. Depuis, le constat est unanime. "Le parti qui a le plus insisté pour un tax-shift est celui qui a le moins pesé sur le résultat", analyse Dave Sinardet, politologue à la VUB. "Le parti pivot des coalitions est seul responsable de la situation infernale dans laquelle il se trouve, prolonge Pascal Delwit (ULB). Bien sûr, au CD&V on a le sens du sacrifice. Donc, on boira le calice jusqu'à la lie." "Le CD&V est ultra-dominé dans un gouvernement à consonance très libérale, acquiesce leur collègue gantois Carl Devos. Avec l'Open VLD, le MR et la N-VA, c'est du trois contre un ! Le CD&V avait fait de nouvelles promesses sociales très ambitieuses après la formation du gouvernement, mais elles sont impossibles à tenir. Le tax-shift devait être pour lui la compensation des mesures antisociales comme le saut d'index ou la réformes des pensions, mais c'est loin d'être le cas."

Les messages se multiplient pour atomiser les chrétiens-démocrates au sein de ses piliers et jusque dans ses propres rangs. "C'est un glissement fiscal dans le porte-monnaie des gens, les capitaux échappent une nouvelle fois à la danse", grince Patrick Develtere, président de Beweging.net, nouveau nom de l'ACW (Mouvement ouvrier chrétien), en référence à l'augmentation minime du précompte immobilier et à la création aléatoire d'une taxe sur la spéculation." "Avec moins de moyens, nous ne pourrons pas faire davantage", râle Luc Van Gorp, le nouveau patron des Mutualités chrétiennes : le CD&V avait promis que l'on ne toucherait plus aux dépenses sociales, mais les mutualités doivent contribuer à l'effort global à hauteur de 100 millions d'euros. "Nous restons sur notre faim au vu des résultats de la négociation", soupire Wim Soons, président des jeunes du CD&V, en regrettant la contribution minime du capital, mais aussi l'annonce d'une nouvelle régularisation fiscale.

Olivier Mouton

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