Benoît Lutgen : "Un débat médiatique apporte rarement une solution"

28/02/13 à 10:33 - Mise à jour à 10:33

Source: Le Vif

Dix-huit mois après avoir pris la présidence du CDH, Benoît Lutgen est confronté à des mauvais sondages et à des critiques internes, lui reprochant sa trop grande discrétion. "Je n'ai jamais cru que la quantité médiatique était une bonne chose", réplique-t-il.

Benoît Lutgen : "Un débat médiatique apporte rarement une solution"

© Frédéric Pauwels

Trop discret, Benoît Lutgen ? Depuis son arrivée à la tête du Centre démocrate humaniste (CDH), en septembre 2011, l'ex-ministre wallon de l'Agriculture a presque disparu du radar. Peu de débats télé, pas de déclarations fracassantes, aucune incursion dans les pages people des magazines. Par rapport à l'hyper-communication qui prévalait rue des Deux Eglises de 1999 à 2011 sous la présidence de Joëlle Milquet, la rupture est spectaculaire. Sous l'ère Lutgen, le parti centriste se caractérise par deux maîtres-mots : prudence et discrétion. Une stratégie du profil bas qui commence tout doucement à inquiéter certains élus CDH. Et qui suscite les sarcasmes de ses adversaires. "Lutgen ? Le champion de l'interview insignifiante", raille un socialiste.
Les sondages, mi-figue mi-raisin, ne sont pas de nature à rassurer les militants. Le dernier baromètre RTBF-La Libre crédite Benoît Lutgen d'une position honorable : 7e personnalité politique la plus populaire en Wallonie, 11e à Bruxelles. Mais dix-huit mois après son entrée en fonction, le Bastognard reste loin derrière Joëlle Milquet, 3e en Wallonie et à Bruxelles. Mais face à ses rivaux directs, Benoît Lutgen ne s'en tire pas trop mal. Depuis un an, dans tous les sondages, il devance Charles Michel (MR), Olivier Maingain (FDF), Olivier Deleuze, Emily Hoyos (Ecolo) et Thierry Giet (PS). Seule l'arrivée de Paul Magnette à la tête du PS l'a privé de son statut de leader dans le match inter-présidentiel.

Les intentions de vote pour le CDH, en revanche, atteignent des seuils historiquement bas. En Wallonie, le parti n'est désormais plus crédité que de 12,3 %. "Notre principal défi, cela reste de convaincre que le CDH représente une plus-value en termes d'offre politique", reconnaît Benoît Lutgen dans une interview accordée au Vif/L'Express de cette semaine. L'homme, fidèle à son tempérament ardennais, veut progresser étape par étape. Peu après son arrivée rue des Deux Eglises, il a affecté des moyens considérables au centre d'études du parti, le Cepess. Budget annuel : 385 000 euros. Ordre de mission : définir une horizon idéologique pour les dix années à venir.

Mais plusieurs chefs de file du CDH pressent Lutgen de hausser le ton, de mettre en oeuvre une stratégie offensive et de se déployer sur les réseaux sociaux,. Le président répond par l'esquive. Il ne possède de compte ni sur Twitter ni sur Facebook. Il est le seul président de parti à ne pas disposer de chauffeur, alors qu'il retourne tous les soirs à Bastogne. Et il délègue, autant que possible, les apparitions médiatiques à ses lieutenants. "Je revendique ma singularité, martèle-t-il. J'ai une façon de fonctionner qui n'est pas la même que les autres présidents. A la différence de Charles Michel, qui essaye de faire un maximum de débats télé, je refuse presque toujours d'y participer. J'ai rarement vu qu'un débat le dimanche midi apportait une quelconque solution. Et je n'ai jamais cru que la quantité médiatique était une bonne chose. Je déteste surfer sur la vague médiatique. Cette idée qu'il faut réagir dans les cinq minutes à un problème, sous peine d'être rejeté aux marges de l'actualité, ça me laisse dubitatif. A Mouscron, à Verviers, à Charleroi, où le CDH a obtenu de bons scores, j'étais aux côtés des candidats, mais de façon discrète. Quand je me rendais sur place, pendant la campagne, c'était pour les aider, pas pour me montrer."

Aux ténors du CDH qui caressaient encore l'espoir de transformer leur président en puncheur médiatique, Benoît Lutgen a fait passer le message : on ne le changera pas.

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine.

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