Belgique : un laboratoire en surchauffe

10/05/10 à 09:56 - Mise à jour à 09:56

Source: Le Vif

Chercheur à l'UCL, le Français Vincent Laborderie consacre sa thèse à la reconnaissance des nouvelles entités en cas d'éclatement de l'Etat belge. Un scénario auquel il ne croit guère.

Belgique : un laboratoire en surchauffe

© Belga

"Aujourd'hui, explique Vincent Laborderie, le risque n'est pas la scission du pays mais la paralysie du pouvoir." De toute façon, "certains Etats européens ne veulent pas entendre parler de scission, car cela pourrait créer un précédent pour les minorités en leur sein. Ils feront pression sur le nouvel Etat, en l'occurrence la Flandre, pour le prévenir qu'ils ne le reconnaîtront pas. Ou alors, ils exigeront la tenue d'un référendum". Or, déclare-t-il, "un tel exercice ne donnerait pas de majorité en faveur de l'indépendance".

Le principe qui régit les relations entre majorité et minorité a-t-il été mis à mal, comme le pense Yves Leterme ? "Les Flamands ont tenté le passage en force, mais les francophones ont refusé le dialogue au départ, analyse le chercheur. Ensuite, ceux-ci ont utilisé toutes les procédures pour empêcher la scission de BHV, ce qui a énervé les Flamands. Et si c'était la vraie différence : le temps mis à prendre des décisions ? Beaucoup plus court dans la politique flamande, davantage marquée par la culture d'entreprise." Selon le politologue, la volonté de vivre ensemble existe : "A la RTBF, une Flamande disait : "Je ne parle pas français, je ne connais personne en Wallonie, je n'ai aucun ami francophone, mais si la Belgique devait cesser d'exister, ce serait une partie de moi-même qui s'en irait". Tout est dit !"

Au passage, il décoche des flèches sur ses compatriotes qui considèrent la Belgique comme "un accident de l'histoire" qui ne peut que s'effacer. "En France, on est éduqué dans le concept de la république une et indivisible. L'existence de deux langues et la complexité belge amènent beaucoup d'Hexagonaux à conclure que cet Etat est une aberration. Or la majorité des pays dans le monde ont plusieurs cultures." D'où sa motivation à entrer dans le mouvement BPlus "pour une Belgique fédérale rénovée" ? "Votre pays a des dizaines d'années d'avance sur ses partenaires. C'est un laboratoire. Un peu en surchauffe, certes, mais s'il devait exploser, ce serait sûrement un coup d'arrêt à la construction européenne."

FRANCOIS JANNE D'OTHEE

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