Bart De Wever doit se méfier de ne pas devenir une caricature de lui-même

01/04/15 à 10:41 - Mise à jour à 10:53

Source: Knack

"L'homme qui hait les Wallons, qui insulte les chômeurs et qui met les immigrés dans un sac plein de Berbères". Il serait injuste de résumer la pensée de la N-VA et du nationalisme flamand démocratique à cette seule phrase.

Bart De Wever doit se méfier de ne pas devenir une caricature de lui-même

Bart De Wever © Carl Meersman

La scène s'est déroulée au début de l'année, lors d'une réunion du collège des échevins anversois. Un collaborateur du bourgmestre analyse toutes les demandes de visites à l'hôtel de ville. Bart De Wever désire le dernier mot sur les personnes qui sont accueillies ou non. Ce jour-là, il y a un point d'exclamation à côté de la visite planifiée d'un club inconnu : Equal is not enough. Le bourgmestre lève les yeux au ciel. Equal is not enough? Dans son hôtel de ville ? Fâché: "Ils sont plus extrêmes que le PTB. Apparemment, l'égalité ne suffit plus. Il y a moyen d'être encore pire". Sa conclusion: cette visite ne peut avoir lieu. Les échevins du CD&V protestent : on ne peut annuler une visite déjà acceptée. Ce n'est pas une façon de traiter les habitants. Très sec, le bourgmestre a répondu : "Vous n'avez qu'à les accueillir".

Avec des pieds de plomb, les chrétiens-démocrates ont vérifié le degré d'extrémisme d'Equal is not enough. Il s'avère que ce n'est pas une communauté néo trotskiste, mais une conférence internationale organisée pour la troisième fois par un consortium académique des universités d'Anvers, de Hasselt, de Gand, de Bruxelles et de Louvain. Les orateurs sont des experts internationaux, de la Hebrew University à Jérusalem à l'institut répété Max Planck en Allemagne. Cette fois, c'était l'université d'Anvers qui recevait.

Cette histoire illustre bien le comportement de Bart De Wever. Pour le politique le plus important du pays, le monde se compose de "nous" et d'"eux". Inutile d'apporter beaucoup de nuance: il voit toutes les lignes de fracture sociale comme des ruptures. Seul le nom Equal is not enough l'irrite déjà.

Théorie du complot

La semaine dernière, beaucoup d'encre a coulé sur la dernière intervention dans les médias de Bart De Wever. Sa comparaison entre le caractère criminel des Berbères et des Asiatiques n'était pas prévue, mais un dérapage d'un discours tenu pour l'occasion. Il n'y avait aucune raison sérieuse de s'en prendre aux Berbères, Marocains ou compatriotes issus de l'immigration. Et pourtant Bart De Wever l'a fait. C'est plus fort que lui: il aime la controverse et il sait qu'il peut tirer un bénéfice électoral de l'exploitation de tels conflits.

Ces derniers jours, De Wever ne semble plus capable - ou prêt - à réagir de façon détendue à ce qu'il n'apprécie pas. La semaine passée, les membres de la FGTB se sont vu imposer des conditions particulières pour leur manifestation: "On ne peut porter des slogans ou des pancartes". Et: "L'organisateur convient clairement quels slogans sont scandés et quel est le message communiqué (celui-ci ne peut être ni provoquant ni passible d'une peine).

Si un bourgmestre ou un ministre de l'Intérieur avait imposé les mêmes restrictions dans le passé au comité du pèlerinage de l'Yser, la "Zangfeest" flamande ou le Taal Aktie Komitee: il aurait été honni pour le restant de ses jours.

Causer du tort à la N-VA

Et quand Bart De Wever commet de telles erreurs, ses militants ne disent rien. Même son entourage immédiat ne semble pas capable de le corriger. À terme c'est mauvais pour De Wever et néfaste pour la N-VA. En cas de nécessité, tout politique doit être protégé contre lui-même.

Sinon, Bart De Wever risque de jouer le même rôle funeste pour la N-VA que Wilfried Martens à l'époque pour le CVP, Guy Verhofstadt pour le VLD et Steve Stevaert pour le sp.a. Tous les trois, ils étaient la lumière de leur parti, la vedette de leur époque.

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Bart De Wever doit se méfier de ne pas devenir une caricature de lui-même.

Bart De Wever doit également se méfier de ne pas devenir une caricature de lui-même et de son parti. "L'homme qui hait les Wallons, qui insulte les chômeurs et qui met les immigrés dans un sac plein de Berbères".

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