Avenue du Port : Grouwels va droit dans les platanes

05/09/11 à 13:58 - Mise à jour à 13:58

Source: Le Vif

C'est ce lundi que doivent débuter les travaux de rénovation de l'avenue du Port à Bruxelles. Ces travaux de réaménagement comprennent notamment le bétonnage de l'avenue pavée par une couche de béton de 70 cm d'épaisseur, et l'abattage des 300 platanes qui définissent l'apparence du quartier. Une septantaine de manifestants sont réunis sur les lieux pour protester contre ces travaux.

Avenue du Port : Grouwels va droit dans les platanes

© Belga

Le projet de réaménagement de l'avenue du Port a été déposé en avril 2008 à l'enquête publique, dans le cadre du projet BILC (Brussels International Logistic Center) proposé par la société du Port.

Le projet prévoyait de transformer le site de Tour & Taxis en centre logistique multitransports dans le but notamment de soulager la circulation dans cette partie de la ville. La marchandise proviendrait de trains ou de bateaux et serait redistribuée dans Bruxelles à partir de ce centre via de petits camions. Le projet de réaménagement de l'avenue du Port prévoyait donc de bétonner la route pavée en y insérant des surlargeurs pour optimiser le passage des poids lourds en direction du centre logistique, ce qui signifie une réduction des trottoirs à 1,5 m et la disparition de tous les platanes du quartier parce qu'ils seront gênants pour la réalisation des travaux.

Les riverains protestent déjà depuis 2008 contre le BILC et le réaménagement de l'avenue ("Pas de camions chez nous !"). Le 14 janvier 2010, le projet BILC est abandonné, car les objectifs qu'il poursuivait ne sont pas atteints. Entre autres, la majorité des marchandises provenaient déjà de camions au centre de redistribution et cela n'avait pas l'effet de désengorgement voulu sur la circulation. Certains projets postérieurs prirent le dessus pour réaffecter Tour & Taxis, même si rien n'est encore décidé actuellement.

La Ministre des Travaux Publics, Brigitte Grouwels, perd alors le soutien du gouvernement sur le projet et se voit isolée dans sa décision. Elle lance tout de même un appel d'offres pour le projet de l'avenue du Port en Octobre 2010 et le fait passer au forcing juste avant l'expiration du permis de construire obtenu en 2008. Malgré les protestations des riverains, aucune remise en question n'est faite du bien fondé du projet alors que le BILC qui le justifiait a disparu du paysage. Marie Nagy, députée Ecolo, a posé la question à la Ministre qui a démenti en mars 2010 que le plan du réaménagement ait été lié au BILC, malgré la mention explicite qu'en font les plans.

On ne peut que s'étonner du silence de la Ministre, qui maintient son projet tel quel alors que la raison d'être en a disparu. De plus, sur trois ans, les comités de quartiers, de défense du patrimoine et d'autres associations impliquées dans la sauvegarde des platanes et pavés de l'avenue du Port, ont tour à tour fait entendre leur voix et proposé des solutions alternatives auxquelles il n'a pas été fait écho.


Le plan alternatif proposé par les habitants est trois fois moins cher (4 millions d'euros au lieu de 12), et respecte à la fois les platanes et les pavés tout en intégrant une piste cyclable. Une pétition a été signée plus de 10.000 fois contre le bétonnage de l'avenue du Port sans que cela ait aucun impact.

La Ministre Grouwels a finalement réagi en publiant le 29 aout 2011 une note dans laquelle elle explique que l'abandon d'un projet pareil couterait 5 millions d'euros, alors que la loi sur les marchés publics stipule qu'en cas de non exécution du marché les indemnités sont plafonnées à 10%. Elle soutient aussi que relancer la discussion sur le projet, comme le réclament les manifestants, retarderait l'exécution du projet de trois ans.

À l'inverse, Emir Kir (secrétaire d'état à l'urbanisme et la propreté publique de Bruxelles Capitale), lui, affirme que réexaminer le projet et demander de nouveaux permis de construire pourrait se faire dans un délai réduit, qu'il estime être autour de 6 mois.

Les riverains se sont fait beaucoup d'alliés durant leurs protestations.

Plusieurs personnalités ont publiquement déclaré leur soutien à la cause de l'avenue du Port. Michel Desvignes notamment, paysagiste français de renom qui va réaménager les espaces verts de Tour & Taxis, a appelé à la sauvegarde des platanes pour ne pas défigurer le quartier dont c'est un point fort. Les sections locales de Bruxelles du PS et du CdH ont exprimé leur soutien aux habitants, ainsi que les députés Ecolo Christos Doulkeridis et Evelyne Huytebroeck.

Ce lundi, Wim Didelez, membre du comité Action Patrimoine Pavés et Platanes, qui manifeste avenue du Port depuis 5 h du matin, a déclaré que le projet de réaménagement ne satisfaisait qu'un seul des 5 critères de la "grille Grouwels". La Ministre avait défini que tout projet devait "être bons pour Bruxelles et les Bruxellois, être un exemple d'une bonne gestion financière, être portés par la société, être durables et tenir compte des besoins des piétons, cyclistes, usagers des transports en commun et ensuite seulement des utilisateurs des transports privés", développe M. Didelez. Seul le dernier critère est rempli.

La dernière possibilité pour les protestataires : lancer un recours en suspension au tribunal. Cela avait fonctionné en 2007 à Charleroi, pour les riverains qui avaient fait annuler le permis d'urbanisme du stade de Charleroi par le conseil d'Etat.

Les travaux devaient donc théoriquement commencer ce lundi, même si les mobilisés affirment que pour le moment aucune machine n'est à l'oeuvre et qu'ils comptent dormir sur place, car les travaux devraient véritablement débuter demain.

Les 300 platanes de l'avenue du port sont devenus un véritable emblème dans une affaire ou ce qui est en jeu n'est pas uniquement la destruction d'arbres qui définissent l'apparence du quartier, mais aussi l'absence de réponse des pouvoirs publics aux riverains, qualifiée par certains comme un manque de démocratie participative.

levif.be

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