Etienne Dujardin
Etienne Dujardin
Juriste et Chroniqueur
Opinion

27/03/16 à 11:51 - Mise à jour à 11:51

"Arrêtons le déni et passons à l'action !"

J'espère qu'il y aura un avant et un après 22 mars 2016. Nous ne pouvons plus - comme trop souvent - nous mobiliser pendant quelques semaines et puis passer à autre chose, pressés par l'activité médiatique.

"Arrêtons le déni et passons à l'action !"

© Belga

Après Charlie Hebdo, nous avons entendu: "Plus jamais ça". Après les attentats de Paris, nous déclarions: "Il faut rester debout, ne pas céder". Nous avions déjà été prévenus par le 11 septembre 2001, par les attentats de Madrid, de Londres, du musée juif. À chaque fois les mêmes déclarations tonitruantes, mais qui se consument très vite, comme un feu de paille.

Nous avons vécu trop longtemps dans le déni. Nous ne pouvions dénoncer ni les déficits béants de l'intégration, ni le communautarisme dans certains quartiers, ni la fuite de la classe moyenne et la création de zones délaissées dans une partie importante de Bruxelles. Certains devraient demander pardon pour leurs lâchetés, pour leurs inconsciences qui laissent aujourd'hui aux générations nouvelles un monde bien moins attrayant que celui qu'ils ont reçu.

Nous savions depuis longtemps que notre société devait prendre des mesures fortes. Le 13 novembre 2010, l'association laïque "La Pensée et les Hommes" organisait à l'ULB un colloque intitulé "Une majorité musulmane à Bruxelles en 2030 : comment nous préparer à mieux "vivre ensemble" ?" Ce colloque posait déjà les bonnes questions. Comment intégrer des personnes de la 4e génération, comment briser les ghettos dans des quartiers en proie au radicalisme, comment faire face à la démographie ou au regroupement familial, comment faire baisser le taux de chômage dans certains quartiers, comment proposer un enseignement de qualité... L'ensemble de la classe politique connaissait le problème, mais n'a pas voulu l'affronter, soit par électoralisme, soit par confort ou manque de vision, soit par peur de se faire marginaliser par une police de la pensée qui écartait tout discours critique ou dénonçant les problèmes d'intégration. Le premier policier issu de l'immigration, le courageux Hamid Bénichou, a déclaré vendredi: "Nos responsables politiques, avertis par mes cris et mes colères, n'ont pas réagi".

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Lançons un plan Marshall sur les questions de terrorisme, d'immigration et d'intégration

Aujourd'hui, il y a non seulement des cris, mais aussi des morts. Alors mobilisons-nous pour qu'enfin des mesures soient prises. Lançons un plan Marshall sur les questions de terrorisme, d'immigration et d'intégration. Comme le dit le député, Malek Boutih : "ça suffit les minutes de silence comme simple bilan politique. En face, on a des gens qui essaient de nous détruire. Il est temps de comprendre qu'on est dans une autre dimension". Il faut par ailleurs saluer le travail remarquable des forces de sécurité. Elles n'ont pas toujours été écoutées et leurs budgets étaient toujours insuffisants. Le discours dominant était que la répression était un vilain mot et que seule la prévention comptait. Certains trouvaient indécent de mettre des caméras pour surveiller l'espace public alors qu'on voit aujourd'hui combien cela est indispensable. D'autres encore préféraient des policiers non armés par peur de briser le dialogue éducatif. On ne voyait pas d'inconvénients à libérer rapidement des délinquants multirécidivistes. On a opposé sécurité et protection des libertés individuelles, alors qu'il n'y a aucune liberté sans sécurité, surtout dans les quartiers les plus populaires.

Il serait temps d'avoir un plan d'action à court et moyen terme, de se poser des questions fondamentales et d'en répondre devant l'électeur. Sommes-nous par exemple encore capables d'accueillir des migrants économiques alors que nous n'arrivons plus à intégrer les personnes nées dans notre pays ? Ne serait-il pas nécessaire de rétablir de vrais contrôles aux frontières ? Peut-on accepter que des personnes sans titre de séjour restent sur le territoire ? Est-ce normal que des communes soient incapables de savoir quelles personnes habitent réellement sur leur territoire ?

Outre ces différents aspects, il serait plus que temps d'imposer un parcours d'intégration obligatoire avec des sanctions en cas de non-adhésion au projet proposé. Il est quand même hallucinant qu'en 2016, cela ne soit toujours pas un passage obligé pour tout nouvel arrivant. Il est aussi urgent de revoir notre enseignement. Au lieu d'imposer un décret inscription qui n'a rien arrangé, on aurait dû mieux aider les élèves en difficulté par un suivi performant et que les écoles les plus prisées accueillent toutes des étudiants performants afin de les aider à aller plus loin.

Pour la députée française Rachida Dati : "Le multiculturalisme a démontré ses limites dans tous les pays européens qui en ont fait l'expérience. Des communautés qui vivent les unes à côté des autres, ce n'est pas la définition de notre République". Nous avons la même situation en Belgique et nous nous sommes pourtant payés le luxe de parler de communautaire depuis 20 ans et de la langue des convocations électorales. Nous ne pouvons plus refaire les mêmes erreurs dans les 10 ans à venir. Il n'est plus moins une, il est l'heure, c'est aujourd'hui et maintenant que nous devons défendre notre pays, nos citoyens, nos libertés et notre civilisation.

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