25/02/17 à 20:01 - Mise à jour à 20:03

Alerte à la délation !

Les psychologues, comme les assistants sociaux des CPAS, sont menacés dans l'un des fondements de leur métier: le secret professionnel. Si le vote concernant les assistants sociaux, prévu le 16 février dernier, a été reporté au parlement suite à la mobilisation de nombreuses associations, rien n'est encore gagné. En effet, le gouvernement prévoit de commencer à débattre en mars des questions de secret professionnel de manière beaucoup plus large. Et inquiétante.

Alerte à la délation !

© Getty Images/iStockphoto

Dès 2014, le ministre des Classes moyennes Willy Borsus avait introduit des modifications dans le Code de déontologie des psychologues. Ces "corrections" contrevenaient déjà au Code pénal en permettant d'y faire exception "dans tous les cas et situations où une législation contraint à révéler des informations" (1).

Alain Destexhe, dans une récente carte de blanche au Vif (2), se plaignait du "flou" qui règnerait au niveau législatif. Il justifiait de la sorte "l'exception" que le gouvernement tente d'imposer aux assistants sociaux des CPAS et qui permettrait aux professionnels de rompre le secret professionnel en matière de terrorisme. Nous nous étonnons de cette étrange insistance à vouloir ignorer l'article 458 du Code pénal sur le secret professionnel ! Il couvre en effet la question de tout délit dont un soignant pourrait avoir connaissance dans un cadre professionnel. Ce dernier est tenu de rompre le secret "lorsque la vie d'autrui est en danger". Voilà bien un "flou" d'une limpidité confondante. Mr Destexhe tente bel et bien une infamante campagne politique sur le dos de notre démocratie.

La question de fond est aujourd'hui la suivante : quel homme politique peut promettre qu'une exception au secret professionnel n'en amènera pas une autre? Qui sera le prochain? Le médecin, le professeur, le journaliste ? Les citoyens n'ont pas à jouer le rôle des policiers. Donner le pouvoir à certains citoyens d'en surveiller d'autres - pire : les y contraindre! -, est évidemment inacceptable.

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La question de fond est aujourd'hui la suivante : quel homme politique peut promettre qu'une exception au secret professionnel n'en amènera pas une autre? Qui sera le prochain?

En plus de tenter d'enlever aux professionnels de l'aide leur outil de travail,à savoir la relation de confiance, le législateur pousse notre société à la violence et à la haine. Cela risque de se payer cher. Car nous ne sommes pas loin de la délation. En privant les professionnels du secret, tel que l'encadre le Code, nous allons assurément au-devant de dérives graves. Les professionnels vont avoir peur, ils auront peur d'être punis. C'est cela aussi le terrorisme. Certains céderont et dénonceront car la peur est une arme puissante.

La réaction d'Alain Destexhe à la lettre ouverte du recteur de l'ULB, Yvon Englert (3), est scandaleuse. Elle installe un climat où toute possibilité de penser notre société est annihilée. Il y aura toujours de "bonnes raisons" de lever le secret professionnel. C'est d'ailleurs à ce genre de choses précieuses que le terrorisme s'attaque. Certains politiques cèdent à un vent qui sent mauvais, très mauvais pour nos libertés. C'est encore plus choquant de faire passer les propos d'Yvon Englert pour de l'idéologisme. Toute forme de pensée est-elle devenue de l'idéologisme? Et l'expression d'une idée différente n'est plus l'occasion d'un débat?

N'y a-t-il pas une manière plus digne de traiter la question du terrorisme? Quelle absurdité de sacrifier sur l'autel du sécuritaire ce que vise précisément les esprits fondamentalistes: tuer la possibilité de s'exprimer, d'avoir des opinions et des espaces d'expressions intimes et protégés, des lieux pour se penser et penser ses relations aux autres. Le droit au secret est essentiel dans une société démocratique. Il garantit un espace hors contrôle du social, un espace de liberté.

Que l'on s'entende bien: cet espace de liberté, nous ne devons pas le revendiquer pour nous sentir libres de contrevenir à la loi, ni même pour une question de pur principe. Nous devons le revendiquer sous peine de basculer lentement mais sûrement dans un monde où le contrôle et l'évaluation permanente pèseront sur chaque individu, corps et âme compris.

Hélène Coppens, psychologue

Nathalie Crame, psychologue

Céline Danloy, psychologue

Nathalise Plisnier, psychologue

Valérie Loiseau, enseignante

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