A qui un succès d'Ecolo ferait-il peur?

05/09/12 à 10:47 - Mise à jour à 10:47

Source: Le Vif

Ecolo compte beaucoup sur cette campagne pour effacer le relatif échec des élections de 2006. Cette ambition suscite des crispations.

A qui un succès d'Ecolo ferait-il peur?

© Belga

Amay : l'ex-ministre-président wallon socialiste Robert Collignon (69 ans) sort de sa retraite pour tenter de reprendre le maïorat à l'Ecolo Jean-Michel Javaux. Floreffe : tous, ou presque, s'allient pour contrer Ecolo et ses deux échevins. Huy : l'accord PS-CDH éjecte Ecolo du collège. Malmedy : la motion de méfiance renvoie Ecolo dans l'opposition. Sombreffe : changement de majorité, au détriment d'Ecolo. Ecolo serait-il l'adversaire à abattre ? Fait-il de l'ombre à certains élus ? Inquiète-t-il les partis traditionnels ?

Rééquilibrage en vue ?

Aux élections communales de 2006, Ecolo arrive en tête à Amay, avec un score de 43,5 %, un succès à attribuer à la personnalité de Jean-Michel Javaux, coprésident du parti depuis 2003, qui s'empare du maïorat. Le contraste est d'autant plus saisissant que, de façon générale, Ecolo est en recul significatif par rapport à ses résultats de 2000. Le mouvement s'était déjà amorcé aux élections régionales de 2004 où Ecolo avait chuté à 8,5 % (- 9,7) en Wallonie et à 9,7 % (- 11,6) en Région bruxelloise. Mais depuis, Ecolo a repris du poil de la bête et, aux régionales de 2009, est repassé à 18,5 % en Wallonie et à 20,2 % à Bruxelles.

Un rééquilibrage s'opérera-t-il de la même façon au niveau des communes. Ecolo ne dispose pas du même ancrage local que les autres partis, qui sont aux manettes depuis des dizaines d'années, mais, selon Jean-Michel Javaux, Ecolo compte un peu partout des élus qui sont dans l'opposition depuis 6, 12, voire 18 ans, qui connaissent bien les dossiers. Cette année, les verts ont donc décidé de présenter des listes dans au moins 226 des 281 communes de Wallonie et de Bruxelles (184 en 2006). Ils comptent faire mieux que participer, comme aujourd'hui, à 6 majorités sur 19 à Bruxelles (10 échevins et 3 présidents de CPAS) et 25 majorités sur 262 en Wallonie (2 bourgmestres, 37 échevins et 8 présidents de CPAS). Des listes nouvelles apparaissent ici et là, notamment dans les communes voisines de celles où l'implantation Ecolo est forte et ancienne. Autour d'Amay par exemple, à Burdinne, Donceel, Geer, Hannut, Lincent, Marchin, Nandrin...

"Le PS, le MR et le CDH sont ensemble au fédéral, ça crée des liens. Et dans les provinces wallonnes, le PS et le MR participent chacun à quatre majorités sur cinq, explique Jean-Michel Javaux (qui semble oublier les gouvernements régionaux). De plus en plus de personnes pensent que leur vote ne sert à rien, que tout est arrangé avant l'élection. Ces gens veulent un grand changement. A Amay, 30 % de l'électorat socialiste est venu vers nous."

La conquête d'Amay

En 1994, Ecolo s'est présenté pour la première fois à Amay, où depuis septante ans le PS gouvernait en majorité absolue, avec parfois de 70 à 75 % des voix. Il conquiert deux sièges (18 au PS) et, en 2000, quatre (15 au PS). En 2006, le PS perd sa majorité absolue et 4 sièges. Ecolo en gagne 7. Les voilà à jeu égal avec chacun 11 sièges, tandis que le MR, avec un élu, peut jouer l'arbitre. Ecolo signe avec lui. "Nous montrons à la vallée de la Meuse qu'une alternative est possible", explique le nouveau bourgmestre Ecolo. Cruelle déception côté socialiste où le patriarche Robert Collignon avait ni plus ni moins demandé aux Amaytois de confier les clés de son hôtel de ville à son fils Christophe. Lequel, un peu plus tard, traversera la Meuse pour s'en aller prendre les commandes du CPAS de Huy, et - qui sait ? - la succession d'Anne-Marie Lizin.

Le maïorat de Jean-Michel Javaux se déroule dans un contexte personnel difficile, puisque le coprésident d'Ecolo sera très vite amené à prendre part aux négociations fédérales, jusqu'aux accords institutionnels sur la réforme de l'Etat de fin 2011 auxquels Ecolo apporte sa caution, et jusqu'à la formation du gouvernement Di Rupo, sans Ecolo. Il quitte la coprésidence au printemps 2012. "J'aurais voulu revenir à 100 % bien plus tôt, confie-t-il, mais je ne pouvais pas laisser tomber le pays. J'ai toujours dit que je voulais privilégier mon engagement à Amay, une commune disparate sociologiquement, où des gens se retrouvent le couteau sous la gorge pour des problèmes de coût de l'énergie ou de logement. Nous disposons d'un important parc de 600 logements sociaux, ce qui provoque un afflux de demandeurs. Nous avons dû faire face à des problèmes de police de proximité, à des problèmes de mobilité avec des cités qui n'étaient pas desservies par le TEC, à des routes qu'il fallait remettre en état, à des écoles à restaurer, à des logements qu'il fallait isoler... Nos finances sont sous tutelle, la construction du stade de foot, décidée avant nous, nous a privés de toute capacité d'emprunt. Trois ans à se serrer la ceinture et à devoir expliquer aux gens qu'on n'avait pas les moyens. Mais nous avons réussi à redresser la situation sans taxes nouvelles et nous présenterons en septembre un compte en boni."

Le "vivre ensemble"

Une expérience de terrain qui, explique Jean-Michel Javaux, a permis d'alimenter le programme Ecolo pour les communales, axé sur le "vivre ensemble", et "tourné non pas vers certaines politiques de prestige, mais vers les besoins des citoyens, avec des réponses concrètes". "Amay est un beau test pour Ecolo, conclut-il. Confirmer, démontrer qu'on est capable de gérer, dans un contexte de crise qui est plus difficile pour Ecolo, avec des adversaires qui continuent à répéter ici et là que si nous sommes aux commandes, on va devoir fermer des entreprises, avec le débat nucléaire et ses enjeux en termes d'emploi, ici, à côté de Tihange, avec Cockerill, avec l'usure du pouvoir..."

MICHEL DELWICHE

LE DUEL

"Je m'attendais au retour de Robert Collignon, dit Jean-Michel Javaux, mais pas en tête de liste. Je pense qu'il a fait des déçus. Il est peu présent pour le moment, mais j'imagine qu'il attend la dernière ligne droite, qu'il va chercher le duel. Ma relation avec Robert est faite de respect, mais dès qu'il a un public..."

En 2006, Robert Collignon, bourgmestre sortant d'Amay, avait confié la tête de la liste PS à son fils Christophe, ami de toujours de Jean- Michel Javaux, mais battu par ce dernier. Le père cherche-t-il une revanche ? "J'ai pris six années sabbatiques, et je reviens, c'est tout, rétorque-t-il. Je ne reviens pas pour le PS, je reviens parce que les gens me le demandent. Je ne me présente pas contre les Ecolos. Je ne les déteste pas, je les méprise. Ce sont des Belgicains, qui veulent à tout prix sauver la Belgique, c'est sans intérêt pour moi. Ce sont des bobos qui découvrent la politique et la commune, et moi, je les vis de l'intérieur. Je n'aime pas les donneurs de leçons, et je n'ai pas de leçons à recevoir."

En cas de victoire, Robert Collignon est toutefois prêt à composer. "Il faut la majorité la plus large possible, et je n'ai pas d'exclusive", précise-t-il. Sa fille Christine est bourgmestre PS de Villers-le-Bouillet, qu'elle gère en coalition avec Ecolo. Son fils Christophe pousse la liste PS à Huy, où Ecolo souhaite revenir dans la majorité.

M.D.

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