Dante Vanzeir va vivre son rêve américain: « Il a déjà le statut de star »

C’est l’un des transferts les plus marquants du mercato d’hiver. Dante Vanzeir quitte à son tour le Parc Duden pour tenter sa chance aux New York Red Bulls. L’équipe de MLS a battu son record de dépense pour un transfert entrant en réussissant à persuader l’attaquant de l’Union de s’engager jusqu’en 2027. Thijs Vloebergh, expert MLS chez Eleven Sports, revient sur ce départ et évoque le nouvel environnement de l’ancienne vedette des vice-champions de Belgique.

Dante Vanzeir va quitter Bruxelles pour New York. Un choix de vie que beaucoup de Belges aimeraient faire si elles en avaient l’occasion. Peut-être moins pour y poursuivre une carrière footballistique dans un pays où le ballon est plus populaire quand il est orange ou oval. Selon certains observateurs, il ne s’agit pas d’un pas en avant, mais plutôt d’un pas de côté. Vanzeir a fait le choix, à seulement 24 ans, d’une aventure différente, mais peut-être pas forcément la meilleure.

Qu’est-ce qui a tant attiré Dante Vanzeir chez les New York Red Bulls pour qu’il fasse ce transfert si jeune ?

Thijs Vloebergh : « Tout d’abord, notre perception du niveau de la MLS est en grande partie fausse. Il y a longtemps que ce n’est plus une compétition à la Mickey Mouse comme beaucoup le pensent. De nombreux joueurs de haut niveau y évoluent et la ligue se développe très rapidement. Leur vision du football est peut-être différente de la nôtre, mais elle n’en est pas moins intéressante. Deuxièmement, il faut bien sûr considérer la situation dans son ensemble. Vanzeir s’installe à New York, une ville qui fait rêver. Il aura également l’occasion de visiter de nombreux autres endroits magnifiques à travers les Etats-Unis. »

« De plus, c’est sans doute un championnat qui convient bien à ses caractéristiques de jeu. La Jupiler Pro League est connue pour être un peu plus fermée, avec beaucoup d’équipes assez organisées. C’est complètement différent en MLS où les espaces sont plus nombreux, ce qui devrait plaire à Vanzeir. Le football du New York Red Bulls est aussi très vertical. C’est toujours un avantage pour un attaquant aussi véloce. »

New York ne se bat pas spécialement pour le titre ces dernières années. N’était-il pas étrange de choisir cette équipe plutôt qu’une autre dans le même championnat ?

Vloebergh : « Il est vrai que leur vitrine à trophées est encore assez vide, mais c’est une équipe très stable. Ils se qualifient presque toujours pour les play-offs et sont généralement très forts au cours de la saison régulière. C’est à ce stade de la compétition qu’ils éprouvent plus de difficultés à passer un pallier. Cela s’explique principalement par le fait qu’ils n’ont pas su dénicher un buteur efficace ces dernières années. C’est ce vide qu’ils espèrent désormais combler avec la venue de Dante Vanzeir. »

« L’équipe est également en ordre sur le plan financier. Il s’agit plutôt d’un club de tradition, avec une base importante de supporters. D’ailleurs, le club est aussi un des membres fondateurs de la ligue nord-américaine. Sans compter ce lien avec l’école Red Bull. Cela démontre bien qu’il existe un certain professionnalisme. »

En parlant de professionnalisme, Vanzeir entre-t-il aussi dans une autre culture du football ?

Vloebergh : « Il est certain que c’est un environnement différent de la Jupiler Pro League. Avec certaines équipes, la culture est vraiment complètement différente. Lorsque Hernán Losada est arrivé à DC United, il n’était même pas habituel d’être au club dès le matin d’un jour de match. C’est évidemment impensable chez nous. Cette culture différente signifie également que les joueurs ont souvent besoin d’une très longue période d’adaptation, parfois même de plus d’un an. »

Les NY Red Bulls n’ont pas un gros palmarès mais ils participent très régulièrement aux Playoffs pour attribuer le titre. (Photo by Ira L. Black – Corbis/Getty Images)

Vanzeir est parti dès l’hiver alors que l’Union est encore engagé sur trois fronts et peut encore remporter un ou deux titres. Pourquoi ce timing ?

Vloebergh : « En MLS, le calendrier est très différent. En arrivant maintenant à New York, il a trois semaines devant lui pour se préparer en vue de la reprise du championnat qui se déroulera le 25 février. Pour New York, il était dès lors beaucoup plus logique de réaliser le transfert maintenant, simplement parce que la saison ne va reprendre que maintenant. Attendre l’été n’était pas vraiment une option, car ils auraient dû jouer la première moitié de la saison sans un véritable attaquant ainsi qu’un nouveau joueur désigné (système similaire à ce qui se fait en NBA). Ce dernier est un joueur qui est autorisé à avoir un salaire plus élevé que ce que le plafond salarial de la MLS impose ».

Ce statut de joueur désigné crée-t-il une pression supplémentaire ?

Vloebergh : « La pression qu’il va ressentir viendra principalement du fait qu’il est un attaquant. En MLS, ce rôle est encore plus important que dans les autres compétitions. La plupart des équipes ici se soucient beaucoup moins de la qualité de leur milieu de terrain ou de leur défense. C’est l’homme qui doit apporter les buts importants. Mais Vanzeir n’est pas le seul joueur désigné, ce qui enlève aussi un peu de pression sur ses épaules. Il a déjà montré les années précédentes qu’il pouvait porter son équipe dans les moments importants, donc je ne pense pas que cela fera une différence pour lui. »

« La culture du football en MLS fait aussi en sorte qu’il y ait moins de pression. Il obtient une sorte de statut de héros, où les supporters l’applaudissent très rapidement. En Amérique, ils sont plutôt prompts à faire plaisir, car, par exemple, un pré-passage est également considéré comme une statistique importante là-bas. Il n’est donc pas si compliqué de jouer en faveur du public ».

Harrison où est basé le stade des Red Bulls n’est pas très grand mais moderne et convivial. (Photo by Mike Stobe/Getty Images for New York Red Bulls)

Vanzeir a joué avec l’équipe nationale l’année dernière. Quelle est la probabilité qu’il joue pour les Diables Rouges après son transfert ?

Vloebergh : « Cela dépendra du temps que le nouveau sélectionneur national voudra consacrer au visionnage des joutes de MLS. En raison du décalage horaire, ces rencontres se jouent toujours après minuit pour nous, ce qui ne facilitera pas les choses. Vanzeir peut disparaître un peu des radars, mais ce n’est pas pour cela que ses qualités changeront. Permettez-moi de dire ceci : qu’il soit resté ou pas à l’Union, ses chances d’être encore sélectionné n’ont pas nécessairement diminué. »

« Il ne faut pas non plus oublier qu’un joueur comme Thiago Almada de Atlanta United est devenu champion du monde avec l’Argentine l’année dernière. C’est sûrement le signe qu’en tant que joueur de MLS, on peut encore évoluer à un niveau suffisamment élevé que pour encore briller pour sa sélection nationale. »

Enfin, les New York Red Bulls ont annoncé que Vanzeir était « Soulier d’or », une récompense qu’il n’a jamais remportée ? Ils l’ont probablement confondu avec le Gouden Croc qu’il a gagné sur le podcast MIDMID ?

Vloebergh : « Oui, ça doit être une erreur. Mais cela fait un peu partie de la façon dont le football est vécu là-bas. Il a déjà un statut de star et c’est pourquoi son transfert est encore plus mis en avant dans leur communication. C’est le transfert entrant le plus cher de leur histoire et ils voulaient en profiter. Apparemment, ils sont juste un peu trop enthousiastes. »

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