Le traitement PRP ne nécessite la production d'aucun médicament, une petite quantité du sang du patient suffit. © GETTY IMAGES

Retrouver l’odorat après le Covid grâce à son plasma

Ludivine Ponciau
Ludivine Ponciau Journaliste au Vif

Les troubles de l’odorat sont susceptibles de s’installer durablement chez un patient Covid sur dix. Un traitement à base de plasma sanguin pourrait aider bien des malades à retrouver leur sens.

C’est l’un des symptômes les plus spécifiques et les plus déroutants de la maladie: le dysfonctionnement olfactif toucherait entre 50 et 85% des patients infectés par le coronavirus. Une atteinte sensorielle pouvant être associée à plusieurs autres infections respiratoires virales – par exemple, la grippe – mais dans une proportion nettement moins large.

Ce trouble de l’olfaction peut s’exprimer de différentes façons: anosmie (perte totale d’odorat), hyposmie (perte partielle), parosmie (confusion des odeurs) et fantosmie (hallucination olfactive). On ne compte plus les témoignages de malades relatant leur expérience troublante et s’inquiétant de ne jamais retrouver l’usage de leur sens. D’autant que le trouble olfactif peut être associé à une altération de goût (dysgueusie) qui amplifie l’inconfort.

Des inquiétudes qui ne sont pas irrationnelles: si la majorité des patients récupère rapidement, certaines études estiment que dans 1 à 10% des cas, ceux ayant contracté la Covid-19 développent une dysfonction olfactive chronique plus ou moins handicapante et qui peut durer au moins six mois, souvent plus. Bien que l’odorat soit un sens doté d’une certaine capacité de régénération naturelle, il est probable que, dans certains cas, le patient ne retrouve jamais sa pleine capacité sensorielle.

Restaurer les cellules

A l’heure actuelle, seul un entraînement olfactif régulier est recommandé aux patients Covid souffrant d’anosmie ou d’hyposmie. Mais une nouvelle étude sur un traitement expérimental à base de plasma sanguin riche en plaquettes (PRP), en cours de validation auprès d’une revue scientifique majeure, permet d’espérer améliorer la fonction olfactive des patients.

Le plasma riche en plaquettes a en effet la propriété de stimuler la régénération cellulaire. Or, des chercheurs de l’institut Pasteur, du CNRS et de l’Inserm ont découvert que le Sars-CoV-2 infecte les neurones sensoriels et provoque une inflammation persistante de l’épithélium et du système nerveux olfactif. Chez les patients porteurs de manifestations cliniques persistantes, l’anosmie est associée à une inflammation prolongée de l’épithélium et du système nerveux olfactif et à la présence durable du virus dans l’épithélium olfactif.

L’étude a été menée par plusieurs médecins ORL belges, dont le Dr Younes Steffens et le Dr Serge Le Bon du CHU Saint-Pierre de Bruxelles, Jérôme Lechien et Sven Saussez, médecins au centre hospitalier EpiCura et chercheurs à l’UMons, tous deux très impliqués dans la recherche sur l’anosmie depuis le début de la pandémie. L’expérience, réalisée sur soixante-huit patients atteints de troubles persistants depuis plus de six mois, montre des résultats encourageants. « Chez la majorité des patients à qui on a injecté le plasma enrichi en plaquettes, on a constaté une amélioration significative de la capacité à reconnaître des odeurs lors de tests d’odorat, alors qu’il n’y en a pas eu dans le groupe témoin. La majorité des personnes qui ont récupéré l’odorat disent avoir senti un changement après un mois. Bien sûr, tout n’est pas revenu comme par magie. L’odorat revient, puis repart, puis revient… Dans un premier temps, il y a un effet on/off », décrit le Dr Younes Steffens, investigateur principal de cette étude. Les progrès ont été mesurés au moyen d’un test de seuil de détection des odeurs permettant d’objectiver les améliorations ressenties.

La majoritu0026#xE9; des patients u0026#xE0; qui on a injectu0026#xE9; le plasma enrichi en plaquettes ont senti un changement apru0026#xE8;s un mois.

L’enthousiasme est donc permis, d’autant que ce traitement ne nécessite la production d’aucun médicament puisqu’une petite quantité de sang du patient suffit à fabriquer le sérum. « On prélève un tube de sang que l’on place dans une centrifugeuse. Le sang est séparé du plasma, lequel sera recentrifugé une deuxième fois pour récupérer les plaquettes et les leucocytes. On obtient deux seringues de un millilitre. » L’injection de PRP se fait dans chaque narine. Au préalable, le médecin ORL s’assurera qu’il n’existe aucune contre- indication au traitement en réalisant une fibroscopie nasale. L’injection se fait sous anesthésie locale, ce qui la rend le plus souvent indolore. « On introduit une caméra dans la fosse nasale du patient, qui est couché. Après une anesthésie locale de dix minutes, si tout va bien, on procède à l’injection de part et d’autre. » L’étude menée par les chercheurs s’est limitée à une seule injection, l’objectif étant de d’abord s’assurer que le traitement donne de bons résultats sur un nombre suffisant de patients. Une première étude pilote, menée par des médecins américains et publiée en février 2020 dans la revue Laryngoscope Investigative Otolaryngology, avait déjà livré des résultats similaires sur des patients atteints d’une perte d’odorat non liée à la Covid-19. Mais les tests n’avaient été effectués que sur une très petite cohorte – sept patients – et sans groupe témoin, ce qui la rendait peu probante.

Plusieurs injections

Jusqu’ici, le plasma riche en plaquettes n’avait donc jamais été utilisé pour traiter des patients Covid. Son usage était réservé à la médecine du sport et en chirurgie maxillofaciale pour favoriser la régénération des cellules. « En médecine du sport, il est habituel d’effectuer trois injections par mois. Sans doute en faudrait-il aussi plusieurs pour les patients Covid », précise le médecin de Saint-Pierre. Un traitement prolongé permettra peut-être aussi de répondre à une question restée en suspens: le PRP donne-t-il des résultats en cas de parosmie et de fantosmie? « La majorité des patients testés pour l’étude sont des hyposmiques. Ils souffraient donc d’une perte partielle d’odorat. L’étude ne montre pas d’amélioration significative sur les patients parosmiques ou fantosmiques, du moins pas sur une période d’un mois ; il est possible, cependant, que l’effet soit plus favorable à long terme, mais à l’heure actuelle, nous n’avons pas de données scientifiques sur le sujet. » L’hôpital EpiCura vient d’emboîter le pas à Saint-Pierre et a commencé à tester la méthode PRP sur des patients ayant perdu l’odorat pour cause de Covid-19.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content