© Getty

Qu’attendre de la prochaine saison de la grippe ? « Les tendances ne sont pas très rassurantes »

Trui Engels

Pour déterminer si la saison de la grippe en Belgique sera difficile ou non, l’activité grippale dans l’hémisphère sud donne généralement une indication. Et celle-ci ne semble pas rassurante.

Alors qu’en Belgique l’été touche à sa fin, en Australie l’hiver vient de s’achever avec un pic alarmant de cas de Covid-19 et de grippe. Le pays a même connu sa pire saison de grippe depuis cinq ans.

Au même moment, le nombre de cas de covid-19 a explosé. Un double choc viral dangereux, que les experts de la santé qualifient de « twindémie« .

Ces tendances font craindre que la Belgique soit également confrontée à une double épidémie cet hiver, avec une nouvelle vague de Covid coïncidant avec une saison de grippe émergente. Comme il y a eu peu d’infections au cours des saisons grippales précédentes, notre système immunitaire a été très peu exposé à la grippe. « Il est impossible de prévoir exactement quand la prochaine saison de la grippe commencera, quelle souche virale dominera et quelle sera la gravité de l’épidémie », déclare Marc Van Ranst, professeur de virologie et d’épidémiologie à la KU Leuven. « Les données sur l’activité grippale dans l’hémisphère sud ne sont pas très rassurantes car, pour la première fois depuis le début de la pandémie, non seulement la grippe est revenue, mais la saison grippale en Australie a été particulièrement virulente. De plus, le nombre de cas de Covid a augmenté, ce qui fait qu’une ‘twindémie’ de grippe et de coronavirus, et une possible double infection, constituent un risque potentiel ».

Quel est le danger d’une double infection grippe – coronavirus ?

Le risque de co-infection par le coronavirus et la grippe est réel. C’est ce que révèle une étude menée à Wuhan en 2020, où 12 % d’un nombre sélectionné de patients Covid étaient également infectés par la grippe. Il est possible de contracter une co-infection par la grippe et un autre virus, une bactérie, un champignon ou une levure, car les muqueuses sont touchées et donc plus sensibles. On ignore si cette double infection augmente le risque de décès ou d’hospitalisation. Néanmoins, les infections par le coronavirus et la grippe peuvent être séquentielles plutôt que simultanées, un patient présentant d’abord une infection et l’autre quelques semaines plus tard. Nous ne savons pas quel en est l’effet. Il se peut que la première infection mette le système immunitaire à rude épreuve, de sorte que le second virus n’a aucune chance. En effet, l’infection par un virus respiratoire déclenche la libération par les cellules infectées d’interférons qui bloquent le processus de multiplication de tous les virus respiratoires, entraînant ainsi la perte des autres agents pathogènes.

Quel est le danger de la grippe ?

Dans la plupart des cas, la grippe est une affection bénigne, mais elle peut entraîner des complications dangereuses, surtout parmi les personnes âgées, les femmes enceintes et les malades. Le Dr Aurore Girard, vice-présidente de la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG) : « La grippe fait plus de dégâts qu’on ne le pense. Elle peut entraîner de graves complications, augmentant le risque de crise cardiaque et de pneumonie, même si la personne en question est en bonne santé. Elle fait peser une lourde charge sur le système de santé pendant la saison hivernale. Après deux ans de pandémie et de mesures sanitaires, l’immunité de la population est affaiblie, en particulier celle des plus de 65 ans. Et compte tenu du risque de double infection, une vaccination annuelle contre la grippe est le meilleur moyen de se protéger à la fois de la maladie et de ses éventuelles complications. Bien que le vaccin contre le Covid semble toujours une priorité, il est crucial d’avoir également une politique de prévention claire contre la grippe afin de s’assurer que les personnes âgées de 65 ans et plus sont bien protégées chaque année ».

Que faire pour lutter contre la grippe ?

Le Conseil supérieur de la santé recommande de vacciner les personnes à risque ou susceptibles de contracter la grippe à partir de la mi-octobre, car le vaccin offre une protection optimale après 10 à 15 jours. En Belgique, 59% en moyenne des personnes âgées de 65 ans et plus sont vaccinées contre la grippe, alors qu’il faut un taux de vaccination de 75% pour une protection optimale. En outre, les règles d’or sont de se laver les mains, de porter un masque, de ne pas se rendre au travail lorsqu’on est malade et de garder ses distances. Les mesures contre le covid, en d’autres termes. Celles-ci ont d’ailleurs largement contribué à endiguer la grippe durant l’hiver 2020-2021. Elles ont même éliminé B/Yamagata, l’une des quatre souches de grippe en circulation. « Par conséquent, nous savons ce qu’il faut faire pour contenir la grippe, mais personne ne veut plus de ces mesures en raison de leur coût social élevé« , affirme le virologue.

Un vaccin, en d’autres termes. Mais n’y a-t-il pas une lassitude à l’égard des vaccins ?

Durant l’hiver 2020, la volonté de se faire vacciner contre la grippe était grande. « Tout le monde avait peur du coronavirus, mais aussi du virus de la grippe », explique Marc Van Ranst. « Mais l’année suivante, nous avons déjà constaté que les chiffres se stabilisaient, voire diminuaient », ajoute-t-il. Pour l’expert, la fatigue liée à la vaccination joue un rôle. Il reste à voir si la volonté de se faire vacciner sera forte cette année.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content