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Pourquoi l’obligation vaccinale n’est pas une bonne idée: « La comparaison avec la polio ne tient pas la route »

Selon un avis de l’OMS, les pays qui envisagent une vaccination obligatoire doivent respecter six conditions. La Belgique remplit-elle ces conditions ?

Les nouvelles études de Sciensano ne laissent aucun doute : la vaccination divise par huit le risque de décès dus au covid, tout en limitant les hospitalisations. Sans vaccin, les hôpitaux seraient aujourd’hui encore plus surchargés de patients atteints de covid, tandis que les autres soins seraient désespérément compromis. Maintenant que le personnel de santé doit être vacciné pour le 1er avril 2022, le ministre Frank Vandenbroucke (Vooruit) ne semble plus exclure une obligation de vaccination généralisée pour tous les adultes.

En avril 2021, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déjà formulé des conditions pour les pays envisageant une vaccination obligatoire. Il s’agit notamment de six recommandations sur la nécessité (quel est l’impact du covid sur la santé publique et l’économie de votre pays ?), la sécurité des vaccins, leur efficacité, la disponibilité de doses, l’impact sur la confiance dans la science et le gouvernement, et la transparence dans la communication aux populations faiblement alphabétisées.

Trois types

La question est donc la suivante : la Belgique peut-elle, compte tenu de ces conditions, rendre la vaccination largement obligatoire ? « Nous ne pensons pas que rendre la vaccination obligatoire soit le bon moyen d’atteindre le taux de vaccination le plus élevé possible« , déclare Sam Proesmans, médecin-interniste et conseiller coronavirus du Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD). Rendre la vaccination obligatoire pour tous les adultes n’est pas efficace ».

Selon Proesmans, neuf adultes sur dix qui souhaitaient être vaccinés contre le covid ont reçu leur vaccin. Les personnes qui n’ont pas encore été vaccinées peuvent être divisées en trois catégories. Un : les réfractaires au vaccin, que vous ne convaincrez pas avec une obligation. Deux : les personnes qui doutent de l’utilité de la vaccination, telles que les personnes jeunes et en bonne santé qui courent peu de risques de contracter une infection grave. Certaines de ces personnes pourraient être persuadées, mais il est possible d’obtenir le même résultat avec le Covid Safe Ticket pour les événements et l’horeca. Et troisièmement : les personnes qui n’ont tout simplement pas eu le temps de se rendre dans un centre de vaccination, qui ne savent pas que c’est gratuit ou qui, par exemple, ne veulent pas fermer leur magasin pour se faire vacciner de peur de perdre leur revenu. Il y a moyen d’atteindre ce dernier groupe par d’autres moyens. »

Mesure temporaire

On entend souvent que l’obligation générale de vacciner s’applique déjà au vaccin contre la polio. « Pas aux réfractaires au vaccin », rétorque l’épidémiologie Pierre Van Damme. « Lorsque les parents refusent le vaccin contre la polio pour leur enfant, ils paient une amende, mais l’enfant reste non vacciné. »

Le vaccin pour la polio est le vaccin obligatoire pour l’ensemble de la population en Belgique, mais il y a quelques années, l’Italie et la France ont instauré la vaccination obligatoire des enfants pour une douzaine de vaccins. « Les deux pays considèrent qu’il s’agit d’une mesure temporaire », déclare Van Damme.

Lui aussi pense que la vaccination contre le coronavirus obligatoire pour tous les adultes n’est pas une bonne idée. « Il est très important que les gens comprennent pourquoi ils se font vacciner et qu’ils aient foi en la science », dit-il. « Si vous le rendez obligatoire, vous prenez le risque que les gens pensent moins à l’importance de la vaccination en tant qu’acte préventif. Non seulement cela réduit la confiance dans la science, mais cela risque également de compromettre les futures mesures préventives.

« Dans le cas d’une vaccination obligatoire, il faut indiquer très clairement quelles sont les vaccinations qui seront rendues obligatoires. Le vaccin de base, le rappel, les éventuels vaccins suivants ? Ce n’est pas faisable« , conclut Van Damme.

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