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Pourquoi la complaisance peut être une bonne chose

Stefanie Van den Broeck Journaliste Knack

De plus en plus de gens utilisent le terme à tort et à travers : le pleaser, c’est quelqu’un qui aime plaire. Si cela s’applique à vous, nous pouvons vous rassurer : vous pouvez vous guérir vous-même.

« Je suis un énorme pleaser. Quand je travaillais pour la radio et la télévision, j’allais très loin. Si quelqu’un voulait que je mette des lunettes roses, je le faisais. Si après ils me disaient: « Le rose ne te va pas, prends les bleues », je prenais les bleues. Je me suis tellement laissée mener par le bout du nez que je ne savais absolument plus qui j’étais. » Dans une récente interview accordée à Humo, Eva Daeleman – une ancienne présentatrice radio flamande – évoque sa grande faiblesse. Elle semble le prototype du pleaser qu’Andrea Mathews décrit dans son nouveau livre Stop met pleasen. La psychothérapeute américaine offre une issue aux nombreuses personnes qui, comme Daeleman, veulent toujours faire ce que les autres attendent d’eux, sans écouter leurs propres désirs.

Mais qu’est-ce qui fait de quelqu’un un pleaser? Selon Mathews, ce sont des gens qui se demandent pour tout ce qu’ils font : est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Leur réponse est basée sur la culpabilité plutôt que sur une boussole morale intérieure. Si le collègue d’un pleaser lui demande de reprendre quelques dossiers, il répondra presque automatiquement « oui », car il a appris qu’il est bon d’aider les autres. En refusant, il se sentirait immédiatement coupable. Tout au fond de lui, il est profondément frustré: c’est toujours lui qui doit reprendre les dossiers. Et quand il demande un retour, ses collègues n’ont pas le temps. Au fond, il maudit ces collègues, ce dont il se sent à nouveau coupable.

Les pleasers ont souvent  » une vie très insatisfaisante, asservie et dévouée », résume Mathews. Selon l’auteur, ce trait de caractère trouve son origine dans l’enfance. Selon elle, de nombreux parents choisissent un bouc émissaire parmi leur progéniture – habituellement le plus empathique de la bande – qui sert d’exutoire à leur frustration. Ces enfants font tout ce qui est en leur pouvoir pour entrer dans les bonnes grâces de leur(s) parent(s) et prolongent ce comportement plus tard dans leur vie. Et voilà : le pleaser est né.

Faites ce dont vous avez envie

Selon Mathews, ceux qui se reconnaissent dans ce schéma n’ont rien à craindre : la solution est proche. Au lieu d’avoir tendance à culpabiliser, elle estime qu’il est préférable de rechercher son « moi authentique ». Vivez selon vos propres principes, intuitions et désirs. Par exemple, la psychothérapeute demande à ses patients de passer de deux à six heures chaque samedi à faire ce qu’ils veulent. Cependant, le pleaser ultime a un problème : il ne fait que ce que les autres attendent de lui depuis si longtemps qu’il ne sait plus ce qu’il veut. Et donc, le dimanche, il va prendre le café chez sa voisine solitaire, car là au moins il fait une bonne action. Mathews conseille à ces cas désespérés de commencer petit : consacrez trois fois cinq minutes par jour à vous. Et pas forcément une activité fantastique: boire un café tranquillement, c’est déjà beaucoup pour certains pleasers.

C’est évidemment vrai que nous devons prendre soin de nous-mêmes, déclare Filip De Fruyt, professeur de psychologie de la personnalité (Université de Gand). « Mais toute cette personnalité de pleaser me semble surtout un terme à la mode. En psychologie, on parle de Big Five : les cinq dimensions de la personnalité. L’une d’entre elles est « l’agréabilité ». Quelqu’un qui a des scores élevés pour cette dimension est plus accommodant et altruiste. De telles personnes pourraient être considérées comme des pleasers, mais la question est de savoir si c’est un problème. Grâce à ces personnes, notre société est agréable – si tout le monde était constamment à la recherche de conflits, cela ferait des étincelles. C’est aussi une forme de comportement adaptatif : il faut souvent être un peu accommodant pour survivre. Prenez le débat sur le climat : en tant que politicien, mais aussi en tant que citoyen, il est maintenant assez « dangereux » de s’opposer aux mesures vertes dans le débat public. Mais dans l’isoloir, chacun fait ce dont il a envie. Ce que l’on appelle le comportement agréable ne devient problématique que dans sa forme extrême. Il s’agit alors d’un trouble de la personnalité dépendante : des personnes qui ne peuvent plus prendre de décisions par elles-mêmes. Mais elles ne représentent qu’environ 1 à 2% de la population au plus. La plupart des gens pensent à eux-mêmes. »

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