© belgaimage

Plus d’un infirmier en soins intensifs sur 2 souhaite quitter son boulot

Thierry Denoël
Thierry Denoël Journaliste au Vif/L'Express

C’est un vrai cri d’alarme que pousse le KCE (Centre fédéral d’expertise des soins de santé) en publiant une étude sur les infirmiers de soins intensifs et leur état de santé. La pénurie dans ce secteur de soins spécifiques, fort sollicité durant le covid, risque d’atteindre un niveau très critique.

Infirmière dans une unité de soins intensifs d’un grand hôpital bruxellois, Adeline, 26 ans, vient de donner démission. Cela fait des mois qu’elle y songe et remet sa décision à plus tard, accumulant çà et là les congés pour épuisement. Elle est sortie de la crise sanitaire, comme ses collègues, à bout de force et d’énergie mentale. Elle démissionne, quitte l’USI et même la profession pour s’envoler dans le nord de la Norvège. Elle n’y a ni pied-à-terre ni boulot en vue. Juste l’énorme envie de changer d’air. Elle se débrouillera sur place…

Son cas est loin d’être unique. Tous ne partent pas en Norvège. Certains se lancent dans la permaculture, d’autres dans la réflexologie ou migrent vers un service de soins palliatifs… Une chose est sûre : les départs de soins intensifs se multiplient depuis le Covid, de manière inquiétante. Et cela pourrait s’aggraver dans les mois qui viennent, comme le confirme la dernière étude du KCE qui a interrogé les infirmiers de soins intensifs dans tous le pays : la moitié d’entre eux ont répondu, ce qui est énorme et « montre à quel point ils souhaitaient faire entendre leur voix », note le KCE.

Si ces intentions se concrétisent, notre système de soins ira droit dans le mur

Résultat : 44 % des infirmiers USI ont l’intention de quitter leur job dans les mois qui viennent. C’est surtout vrai dans les hôpitaux francophones du pays (55 % en Wallonie et 53 % à Bruxelles), moins en Flandre (35 %). Plus de 26 % ont même l’intention de quitter la profession infirmière, également avec une proportion qui va du simple au double entre institutions flamandes et francophones. Si ces intentions se concrétisent, notre système de soins ira droit dans le mur. Le KCE nuance toutefois ces résultats en faisant remarquer que le risque de burn-out est 2,4 fois plus élevé dans les hôpitaux où l’environnement de travail est le plus mauvais par rapport à ceux où l’environnement de travail est le meilleur.

Cela montre qu’il est urgent que le gouvernement se penche sur la condition du métier d’infirmier, en l’occurrence en USI. Le fonds blouse blanche, adopté pendant le Covid, est loin d’être suffisant. Le KCE rappelle que le ratio légal maximum de 3 patients pour un infirmier de soins intensifs n’est pas respecté dans tous les hôpitaux et certaines unités exigent une présence infirmière plus soutenue et qu’il faut donc adapter ce ratio à la charge de travail réelle.

Le Centre fédéral d’expertise revient aussi sur le niveau de formation des infirmiers USI : « Il n’est pas exagéré de dire qu’il s’agit d’un personnel hautement qualifié, soumis à un niveau élevé de responsabilité », souligne le KCE. Or 75 % des infirmiers se disent insatisfaits de leur salaire, surtout depuis la réforme des barèmes en 2018 qui n’a pas tenu compte de leur niveau de formation.

Le personnel de santé est l’épine dorsale et l’atout le plus précieux de notre système de santé, mais il en est aussi le talon d’Achille

KCE

Bref, le KCE lance un véritable appel aux responsables politiques  en concluant : « Le personnel de santé est l’épine dorsale et l’atout le plus précieux de notre système de santé, mais il en est aussi le talon d’Achille. Le personnel des unités de soins intensifs – et en particulier les infirmiers – s’est avéré être le principal goulot d’étranglement pour assurer la capacité hospitalière nécessaire à faire face à la pandémie. Même si des solutions ont été « bricolées » pendant la pandémie, par exemple en faisant appel à des infirmiers provenant d’autres unités, à la retraite ou encore étudiants, ce serait une grave erreur de jugement de considérer ces stratagèmes comme des solutions à long terme. » Et d’exhorter les autorités à mettre rapidement en plan global pour attirer des infirmiers vers les soins infirmiers en général et vers les USI en particulier. Un ministre averti…

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content