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Les premiers médicaments contre le Covid arrivent: un espoir… limité

Muriel Lefevre

L’avenir de la lutte contre le Covid pourrait passer non pas par un vaccin, mais bien par des traitements antiviraux qui bloquent la multiplication du virus et qui empêchent de tomber gravement malade. Ils devraient être disponibles en Belgique dès ce mois de janvier.

Malgré Omicron et les possibles autres variants à venir, l’espoir pourrait venir de nouveaux traitements antiviraux. L’idée est qu’en ingérant un simple cachet, il soit possible de bloquer le virus et ainsi l’empêcher de rendre les personnes malades. Des médicaments qui n’éradiqueraient donc pas forcément le virus, mais qui le rendraient beaucoup plus inoffensif en le contrôlant le temps qu’il soit éliminé du corps et en rendant les personnes contaminées moins contagieuses. Concrètement, de tels traitements permettraient surtout de faire chuter les hospitalisations et les décès, même chez les personnes non vaccinées.

Où en est la recherche ?

On peut constater les miracles que produit ce genre de traitement avec, par exemple, le virus du VIH. Il n’existe, à l’heure d’écrire ces lignes, toujours pas de vaccins contre cette maladie, mais celle-ci a radicalement changé de visage grâce à un traitement antirétroviral composé de plusieurs molécules. Depuis que ce dernier existe, les personnes atteint de cette maladie, et qui prennent leur traitement toute leur vie, ont une espérance et une qualité quasi normale et ne risque pratiquement plus de transmettre le virus. Cette piste est d’autant plus encourageante que, contrairement au virus du sida, celui du Covid (le SARS-CoV-2) n’est pas intégré au génome cellulaire (le matériel génétique d’un organisme). Ce qui rend ce virus beaucoup plus facile à traiter par antiviraux. Il pourrait même être totalement éliminé du corps en quelques jours.

Depuis le début de la pandémie du Covid-19, et en parallèle des vaccins, les chercheurs et les entreprises pharmaceutiques cherchent parmi les milliers de molécules existantes celles (ou une combinaison d’entre elles), qui pourraient bloquer le virus en l’empêchant de se multiplier. Pour faciliter le traitement et le démocratiser, la recherche s’est penchée depuis le début de la pandémie sur des antiviraux disponibles en cachet à prendre chez soi.

Ainsi deux d’entre eux, le Molnupiravir (aussi appelé Lagevrio) de Merck et le Paxlovid (PF-07321332) de Pfizer, sont déjà en voie de commercialisation. Pris en début d’infection, soit maximum 5 jours après l’apparition des symptômes, ils réduisent tous deux le risque d’hospitalisation et écartent le risque de décès. Ils auraient aussi l’avantage de bloquer tous les variants, car ils agissent à la base du virus (le matériel génétique du virus) et non sur sa surface (la fameuse protéine spike).

La molécule produite par Pfizer permettrait de réduire le risque d’hospitalisation et de décès de 90% et le molnupiravir aux alentours de 30 %. Ces chiffres se basent néanmoins sur des cas d’études relativement restreints et doivent être pris avec des pincettes. Le premier a été créé spécialement contre le Covid, le second (le molnupiravir) a été initialement conçu contre le virus de la grippe.

L’Agence européenne des médicaments (EMA) a donné une autorisation provisoire pour l’utilisation de ces pilules, ce qui signifie qu’elles peuvent être utilisées en cas d’urgence. L’approbation finale doit encore être obtenue, mais Dirk Ramaekers, de la taskforce vaccination, espère que leur utilisation sera possible dès ce mois-ci en Belgique. On notera tout de même que la pilule anti-Covid de Pfizer aurait aussi quelques effets secondaires comme une perte du goût, la diarrhée et les vomissements selon De Morgen. Il ne peut pas non plus être associé à un certain nombre d’autres médicaments ni être pris en cas de grossesse.

Les deux médicaments sont cependant encore onéreux. Ainsi le Molnupiravir coûte en moyenne 603 euros par patients et pour une cure, et le Paxlovid s’élève lui à 470 euros. Avec de tels tarifs, ce traitement ne peut être généralisé à chacun. Van Ranst préconise donc d’être sélectifs dans notre façon de l’administrer. « Si la Belgique entend introduire ces médicaments, leur remboursement pourrait être lié à la vaccination. Dans ce cas, les personnes vaccinées paieraient le prix fort pour un traitement. La vaccination reste la chose la plus importante » dit-il dans le Knack à ce sujet.

La Belgique en mode attentiste

Si la Belgique vient tout de même de commander près de 10.000 de ces pilules (chez Merck, mais l’Etat est aussi en phase finale de négociation avec Pfizer), elle n’en reste pas moins prudente. Et non sans raison, car notre pays a déjà acheté deux fois un médicament antiviral en masse, le fameux oseltamivir (nom de marque Tamiflu) de la compagnie Roche. Une première fois en 2004 (contre la grippe aviaire) et en 2009 (contre la grippe porcine).

Dans les deux cas, cela s’est révélé inutile, car l’épidémie a pu être évitée et il n’y a pas eu de surmortalité en Belgique. « Dans le monde entier, plus de 6 milliards d’euros ont été dépensés pour stocker l’oseltamivir », déclare Patrik Vankrunkelsven, directeur du Centre Belge pour l’Evidence-Based Medicine (Cebam). La Belgique y a consacré 31 millions d’euros.

Un gaspillage de deniers publics d’autant plus gênant que des études ont démontré qu’il n’y avait aucune preuve que cette pilule réduirait « le nombre d’hospitalisations dues à la pneumonie et réduirait l’infectiosité », selon Vankrunkelsven. Un couac qui pousserait aujourd’hui les autorités à la prudence. Pour Johan Neyts, virologue et chef du laboratoire de virologie à l’Institut Rega de Louvain, ne pense pas que cette attitude soit totalement justifiée. « Les pilules anti-covid fonctionnent de manière totalement différente de l’oseltamivir, qui n’est pas un antiviral puissant. Et Pfizer n’a pas dû partir de zéro. En 2003, les scientifiques de l’entreprise développaient déjà un antiviral contre un autre coronavirus à l’origine du SRAS. Le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) est une grave maladie pulmonaire apparue en Chine en 2003 et qui a fait 8 000 victimes dans le monde. La maladie a disparu, et Pfizer a cessé de la développer. Pour la nouvelle pilule, la société a juste repris là où elle s’était arrêtée. »

D’autres pilules dans le pipeline

Neyts précise d’ailleurs « qu’il y a d’autres antiviraux dans le pipeline ». En 2016, la société biopharmaceutique Gilead Sciences a mis au point le remdesivir, un médicament antiviral contre Ebola qui s’administre par voie intraveineuse. Il a également été utilisé pour traiter le Covid-19 sévère chez les patients hospitalisés, mais sans grand effet. En attendant, nous savons que c’est parce que le traitement a été commencé trop tard ». Gilead a pu montrer que le traitement par le remdesivir, lorsqu’il est entrepris dans les cinq jours suivants l’apparition des symptômes, réduit le risque d’hospitalisation de 87 %. C’est le cas du traitement de l’ancien président américain Donald Trump : immédiatement après avoir été infecté par le covid-19, début octobre 2020, on lui a administré du remdesivir. Gilead travaille également sur le remdesivir sous forme de pilule.

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Le quatrième nouveau venu est le favipiravir, un inhibiteur du virus de la grippe japonaise qui, comme l’a démontré le laboratoire de Neyts, semble également fonctionner contre le coronavirus chez les hamsters. Dans un certain nombre de pays, dont l’Inde, il est déjà utilisé pour le traitement du covid-19. Neyts :  » Le favipiravir n’est pas très puissant, mais lorsque nous l’associons au molnupiravir, nous constatons une efficacité puissante dans le modèle hamster ». En effet, lorsque des médicaments antiviraux tels que le molnupiravir et le favipiravir sont combinés, ils peuvent potentiellement renforcer leur action respective », explique M. Neyts. De plus, cela permet d’empêcher que le virus devienne résistant. Or, ce risque est encore plus grand lorsqu’ils sont utilisés en masse, comme dans le cas d’une pandémie. C’est aussi pourquoi ces médicaments ne devraient pas être administrés de manière préventive. Une fois approuvées pour de bon par l’Agence européenne des médicaments, ces pilules anti-covid seront probablement d’abord réservées aux personnes à haut risque malgré la vaccination, ou aux personnes qui n’ont pas pu être vaccinées pour des raisons médicales ou qui ont une immunité réduite en raison d’autres maladies.

Et les anticorps monoclonaux (aussi parfois appelé anticorps de synthèse) ?

Une autre manière de bloquer le virus est de l’empêcher de rentrer dans les cellules pour qu’il ne puisse plus les infecter. Cette technique se base sur les anticorps monoclonaux. Ceux-ci sont, par la magie des biotechnologies, fabriqués aujourd’hui de manière industrielle et donc de façon presque illimitée. Ils sont déjà utilisés dans le traitement de certains cancers et maladies auto-immunes. Ils sont dits monoclonaux, car ils ne dirigent leur action que contre une seule cible. Néanmoins, si le principe semble assez simple, créer l’anticorps monoclonal spécifique au covid est par contre beaucoup plus complexe, délicat et donc couteux. Le traitement doit être administré à l’hôpital par intraveineuse et une simple dose peut ainsi facilement coûter plus de 1700 euros. Par ailleurs, rien ne garantit non plus leur efficacité face à d’éventuels variants comme l’omicron puisqu’ils se concentrent surtout sur la protéine Spike (soit là où se concentrent les mutations des variants). Cette option semble donc, ces derniers temps, soulever moins d’enthousiasme que les pilules.

Conclusion

S’il a fallu près de 15 ans pour développer un traitement bien toléré et en seule pilule pour le Sida, cela semble avoir pris nettement moins de temps pour le Covid. Mais ce ne sont là que les premières moutures. La pilule anti-Covid ultime sera plus que probablement composée de plusieurs molécules pour éviter que le virus ne développe une résistance. Ils pourraient même être efficaces contre la grippe ou d’autres infections par des virus à ARN si l’on parvient à trouver des inhibiteurs qui sont efficaces contre tous les coronavirus, par exemple.

Mais pour être révolutionnaire au niveau mondial, cette pilule devra aussi et surtout être produite à moindres coûts et ne pas nécessairement dépendre d’un dépistage ultra précoce. Si ces médicaments sont sans aucun doute une aide précieuse, ils complètent avant tout les gestes barrières et les vaccins. Ces derniers restent la meilleure arme pour lutter contre le covid.

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