Computer illustration of a Demodex sp. mite on the skin of its host. These mites feed on dead skin cells and oils. They usually cause no harm or benefit to the host but in large quantities they can cause reactions and skin problems.

Les Demodex, ces parasites méconnus qui prolifèrent sur nos visages

Stagiaire Le Vif

Ils vivent dans les pores de la peau, pourraient provoquer certaines maladies et sont pourtant encore peu connus. Focus sur les demodex avec le Dr Fabienne Forton, spécialiste de ce petit parasite.

Observé pour la première fois en 1841, le Demodex est un acarien qui mesure environ un tiers de millimètre et vit dans les pores de la peau, le long des poils et dans les glandes sébacées. Il peut y en avoir partout sur le corps humain. Mais étant donné que les follicules pileux sont plus concentrés sur le visage, c’est là qu’il prolifère le plus.

Un bébé ne naît pas avec des Demodex sur lui, mais ils lui sont transmis par d’autres humains (très probablement ses parents en premier) par contact direct de peau à peau. C’est ainsi qu’une personne en échange avec les autres humains tout au long de sa vie. Une fois installés, iIs prolifèrent lentement et sont ainsi généralement de plus en plus nombreux avec l’âge.

Vision microscopique de plusieurs demodex en mouvement, extraits d’un seul follicule pileux. © Fabienne Forton

Peut-il provoquer des maladies chez l’homme ?

Il existe des Demodex différents pour chaque espèce animale (il n’y a pas de transmission inter-espèces). Les démodécies (maladies provoquées par les Demodex) sont d’ailleurs bien connues et établies chez certains animaux. Pour les chiens par exemple, la forme la plus grave de la maladie peut entraîner la mort. En revanche, chez l’humain, il y a débat quant à l’attribution de maladies au Demodex. Notamment parce que les Demodex sont présents chez tous les adultes sans forcément causer de problème. Parmi les potentielles démodécies, la plus connue est la rosacée. Il s’agit d’une maladie chronique qui se traduit par des rougeurs, des picotements au visage et parfois des boutons.

Fabienne Forton est dermatologue à Bruxelles. Elle a publié tout au long de sa carrière des articles sur le Demodex, interpellée au départ par le manque d’intérêt à l’égard de ce parasite : à son époque, on n’en parlait même pas aux étudiants en médecine. L’année dernière, elle a finalisé une thèse de doctorat soutenant que la rosacée papulopustuleuse (rosacée avec des boutons) était provoquée par ce parasite. « Les démodécies chez l’humain commencent à être reconnues, mais pas encore suffisamment. Il y a trente ans, quasi personne n’y croyait », assure-t-elle.

« En se nourrissant de nos cellules, il agresse l’épithélium à l’intérieur des follicules (le tissu qui tapisse l’intérieur des pores, NDLR). Il peut même parfois passer à travers. S’il y a un ou deux Demodex par cm² de peau, il n’y a pas de souci. Mais parfois, il peut y en avoir 15, 50, 100 ou même 1500 par cm². Alors, c’est problématique. »

Outre la rosacée, le Demodex peut aussi provoquer d’autres démodécies, dont la folliculite : une inflammation des follicules pileux qui forment alors des petits points blancs. « La plupart du temps, la folliculite est d’origine bactérienne, tempère le Dr Forton. Ce qui est chose connue, mais s’il y a trop de Demodex, des globules blancs peuvent être envoyés dans les follicules pour tuer les Demodex. Ce qui se traduit par la présence de pus au sein des follicules, autrement dit une folliculite. La folliculite démodécique est une entité relativement fréquente, mais beaucoup moins connue (et reconnue) que la folliculite bactérienne. »

Faut-il s’en débarrasser, et comment ?

Tout le monde a des Demodex sur soi. Nul besoin de les exterminer tant qu’ils ne provoquent pas de dégât. S’il le faut cependant, se laver à l’eau ne servira pas à grand-chose. Le Dr Forton a longtemps employé un traitement à base de benzoate de benzyle, qui peut parfois être irritant. Aujourd’hui, il existe une crème à base d’ivermectine qui est très efficace sans irriter la peau, mais qui coûte assez cher.

Certaines rumeurs sont fausses

Il arrive que certains fassent courir des rumeurs à leur sujet. Par exemple, à la télévision française, un biologiste a récemment assuré que les Demodex « nous rotent au visage ». Un raccourci qui a fait tressaillir le Dr Forton. « C’est une formule amusante mais tout à fait fantaisiste. Après avoir percé les cellules, le Demodex sécrète non pas du gaz mais des enzymes qui digèrent le contenu de nos cellules, puis il aspire ce contenu prédigéré. Sur sa queue, le Demodex (uniquement la femelle) a une petite invagination qui, on suppose, facilite des échanges gazeux. Mais là encore, ce sont des suppositions ! Donc dire qu’il nous rote au visage… C’est faux. »

Une autre particularité du Demodex est qu’il ne possède pas d’anus. En conséquence, certains avancent qu’en accumulant ses déchets, le parasite gonfle et finit par « exploser », libérant des bactéries sur la peau. Ce qui, selon certains, provoquerait la rosacée. D’après la spécialiste, ceci doit être nuancé : le parasite ne gonfle pas, il n’explose pas, mais il meurt et se désagrège progressivement. L’accumulation des déchets n’est qu’une hypothèse pour expliquer la fin de vie du parasite. Par ailleurs, quand il se désagrège, il libère tout le contenu de son corps dans le follicule, non seulement des bactéries, mais aussi d’autres constituants, qui pourraient tous déclencher une réaction immunitaire de l’hôte. Et c’est cette réaction immunitaire défensive de l’hôte qui devient visible sous forme des boutons de la rosacée.

Comment expliquer ce manque de connaissances autour du Demodex ? « Par l’orgueil humain », assène la dermatologue. « L’à priori des leaders d’opinion (comme quoi ce parasite ne causait pas de maladie, NDLR) a été répété et répété depuis des générations. » Pourtant, plusieurs dermatologues avaient déjà mis en évidence son rôle pathogène dans le passé. Mais leurs observations ont été négligées par le monde dermatologique : « Les scientifiques sont des humains, si ce n’est pas eux qui ont découvert un phénomène, ils ont tendance à le mépriser, voire à s’y opposer, jusqu’à ce qu’il devienne évident. Et aujourd’hui, c’est ce qui est en train de se passer : enfin, on parle de plus en plus du Demodex et des équipes universitaires commencent à faire des recherches là-dessus. La connaissance autour de ce parasite va donc faire de grands progrès, les leaders d’opinion devront quitter les à priori ancestraux et se plier aux évidences scientifiques, et les autres suivront. »

Victor Broisson

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