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Les bonnes questions à se poser pour optimiser sa psychothérapie

Vous envisagez une psychothérapie, mais vous avez peur de perdre votre temps ? Vous en avez entamé une, mais vous avez l’impression qu’elle ne vous mène nulle part ? Dans son dernier livre, Si votre psychothérapie n’avance pas,* le psychiatre français Alain Gérard vous explique comment éviter ou supprimer les blocages.

« Je ne peux pas parler de ‘ça’ à quelqu’un que je ne connais pas… « ,  » Mon thérapeute ne me soutient pas du tout « ,  » J’en ai marre, ça ne finira jamais, et il ne veut pas que j’arrête ! « ,  » Il n’ouvre jamais la bouche… et il ne m’aide pas à sortir de mon silence à moi « … Si les Belges sont de plus en plus nombreux à consulter un  » psy  » – parmi les personnes qui souffrent de dépression, par exemple, plus de 40 % affirment suivre ou avoir suivi une psychothérapie – le résultat n’est pas toujours à la hauteur de leurs espérances.  » En fait, trop de gens s’embarquent dans une psychothérapie sans y avoir vraiment réfléchi, constate Alain Gérard. Et ils y restent parce qu’ils ne veulent pas avoir fait ‘tout ça pour rien’, ou pour ne pas faire de la peine à leur thérapeute, ou pour ne pas susciter chez leur conjoint des réflexions désabusées… bref, pour toutes sortes de mauvaises raisons. Pour optimiser sa thérapie, il faut poser – et se poser – les bonnes questions.  »

Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?  » Sauf en cas de crise aiguë, cette phase d’autodiagnostic est indispensable, insiste Alain Gérard. Êtes-vous confronté à une souffrance passagère ou à un trouble de longue durée ? Avez-vous envie de vous débarrasser d’un symptôme précis – une phobie, par exemple – ou votre mal-être est-il plus général ? Si vous n’êtes pas vraiment décidé à vous remettre en cause et à aborder les sujets qui fâchent, vous passerez vos séances à raconter votre vie, mais, au bout de six mois, vous n’aurez toujours rien dit d’important !  »

Quelle thérapie choisir ?  » Trois grands courants de thérapie se partagent le ‘marché thérapeutique’, explique le Dr Gérard. La psychanalyse, qui postule l’existence d’un inconscient, le fait que les symptômes ont un sens et la nécessité de laisser parler le patient. Les thérapies comportementales et cognitives (TCC), qui se préoccupent moins d’analyser des causes que de modifier des comportements ou des systèmes de pensée. Et enfin une nouvelle vague de thérapies qui visent plus directement les émotions, en particulier les thérapies de pleine conscience.  » Vous vous sentez mal dans votre peau, en recherche de vous-même, et vous éprouvez un grand besoin d’en parler ? Optez pour un thérapeute d’obédience analytique. Vous aspirez à vous engager dans un processus de changement rapide ? Privilégiez les TCC. Vous voulez échapper à la tyrannie de vos pensées négatives pour mieux vivre le présent ? La pleine conscience est faite pour vous !

Et si je me trompe ?  » Dans ce cas, rien ne vous empêche d’explorer une autre voie. Mais beaucoup de patients préfèrent rester avec leur thérapeute, même s’il ne pratique pas la ‘bonne’ méthode, parce qu’humainement ça se passe bien entre eux… Et, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ils ne courent pas forcément à l’échec. Toutes les études réalisées depuis les années 1970 montrent en effet que la spécificité de la méthode psychothérapique n’intervient que pour 15 % dans l’efficacité d’une thérapie…  » C’est ce qu’on appelle l’effet Dodo, du nom de ce personnage d’Alice au pays des merveilles pour qui, dans une course, ‘Tout le monde a gagné et chacun doit recevoir un prix’.  » Un effet qui s’explique probablement par la porosité des méthodes, précise Daniel Gérard. Car les thérapeutes sont beaucoup moins puristes qu’ils ne le prétendent : les cognitivistes recourent à des références psychanalytiques, et les psychanalystes donnent des conseils de comportement…  »

Alors, quel thérapeute choisir ?  » De nombreux facteurs entrent en ligne de compte : proximité géographique, disponibilité aux heures où vous êtes libre, renommée, recommandation d’un médecin, d’un ami, d’un site, ‘vu à la télé’, ‘entendu à la radio’, tarifs pratiqués et possibilités de remboursement… À chacun de hiérarchiser ces valeurs en fonction de sa propre vie.  »

Comment savoir si c’est le bon ? Toute thérapie commence par des entretiens préliminaires (de 3 à 7), qui permettent au thérapeute et au patient de faire connaissance et de définir ensemble leur projet commun.  » Profitez de ces premières séances pour poser toutes les questions qui vous passent par la tête, même les plus terre-à-terre, insiste le Dr Gérard. Le prix proposé vous semble trop élevé pour vos revenus : des aménagements sont-ils possibles ? Votre profession vous impose souvent des rendez-vous de dernière minute : devrez-vous régler les séances manquées au prix fort ? Et puis, soyez attentif au ‘style’ du thérapeute. Certains vous accueillent avec un manque apparent d’humanité – pas de poignée de main, visage impassible… – qui ne traduit pas forcément une indifférence réelle. D’autres sont beaucoup plus chaleureux et disponibles… au point de devenir tyranniques. D’autres encore donnent l’impression de penser constamment à autre chose… N’hésitez pas à exprimer à votre thérapeute votre étonnement ou vos réserves et, si ses réponses ou ses réactions vous laissent perplexe, ne vous engagez pas !  »

Que faire pour que ça marche ?  » Le meilleur conseil que je puisse vous donner est de ne pas essayer de plaire à votre thérapeute : vous n’êtes pas là pour vous faire aimer, mais pour aller mieux. En voulant vous montrer sous votre meilleur jour, comme dans la vie courante, vous ne faites que jouer à cache-cache avec vous-même. Si importante que soit l’alliance thérapeutique entre thérapeute et patient, une séance de thérapie n’est pas un dialogue avec un ami. Le cabinet du thérapeute est ‘hors sol’, au sens de la société, des convenances et des idées reçues. C’est peut-être le seul endroit au monde où tout peut être dit, où il n’y a ni péché ni jugement, et où ce que l’autre peut penser de vous n’a aucune importance.  »

Puis-je arrêter quand je veux ?  » Surtout dans la dimension psychanalytique, le patient a souvent un objectif plus limité que le thérapeute, qui a de lui une vision globale et voudrait le soigner au-delà de l’amélioration de certains symptômes. Mais quoi que votre thérapeute en pense, vous avez évidemment le droit de vous arrêter dès que vous vous sentez mieux. Quitte à recommencer plus tard, si vous avez l’impression qu’il vous reste des portes à ouvrir…  »

* Dr Alain Gérard, avec la participation du Dr Brigitte Remy, Si votre psychothérapie n’avance pas… , Albin Michel, 2015.

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