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Hausse des cancers de la peau : « La crème solaire n’est pas la mesure la plus efficace »

Beaucoup de cancers de la peau peuvent être évités par une protection adéquate contre les rayons UV. Pourtant, en Belgique, trop de gens prennent encore des coups de soleil, tant les adultes que les enfants. Qu’est-ce qui ne va pas?

Le cancer de la peau est le cancer le plus répandu dans le monde. Les principaux risques sont le vieillissement de la population, l’amincissement de la couche d’ozone et, surtout, l’exposition non protégée au soleil en raison de la popularité croissante des vacances au soleil bon marché et de l’utilisation des bancs solaires dans les années 1990.

Lieve Brochez, professeure en dermatologie à l’UZ Gand, qualifie même les chiffres pour la Belgique de « choquants » : « Environ 40 % de tous les cancers découverts dans notre pays aujourd’hui sont un type de cancer de la peau. Au niveau international, cela nous place à la sixième place du classement. Une personne sur cinq sera confrontée à un cancer de la peau avant l’âge de 75 ans. Et comme l’espérance de vie ne cesse d’augmenter, nous sommes confrontés au grand défi d’une augmentation de patients âgés de 80 ans et plus. »

Ce qui est encore plus alarmant, c’est que le cancer de la peau est le seul cancer qui a augmenté de manière significative en Belgique au cours des deux dernières décennies et qui continue à augmenter. Le nombre de diagnostics double presque tous les dix ans et d’ici 2030, on s’attend à une augmentation de 77 % pour tous les types de cancer de la peau par rapport à 2019. « Ces patients doivent tous être suivis à vie, ce qui représente un coût énorme pour la société« , déclare Brochez. « En 2014, le coût du traitement du cancer de la peau pour l’économie belge était de plus de 100 millions, en 2034 il grimpera à 150 millions par an, ce qui représente un coût cumulé de 3,5 milliards d’euros« .

La Fondation contre le cancer parle d’une véritable pandémie de cancer de la peau et appelle le gouvernement à unir ses forces dans un plan d’action national qui inclut la prévention, la détection et le traitement afin d’être préparé à ces chiffres croissants. « Il n’est plus possible d’empêcher la hausse actuelle, mais il est possible de la ralentir. Moins il y a de cancers de la peau, moins les coûts humains et financiers seront élevés« , indique le rapport.

Qu’est-ce qui ne va pas en Belgique?

Les taux de survie au cancer de la peau ont fortement augmenté ces dernières années, grâce à des traitements toujours plus performants et à une détection précoce, mais cette dernière est mise à mal. Les listes d’attente pour une consultation chez un dermatologue s’allongent, ce qui augmente le risque d’un diagnostic plus tardif. C’est pourquoi la Fondation contre le cancer insiste sur la distinction entre les patients à faible risque et ceux à haut risque. 40% de la population belge se soumet à un contrôle annuel, mais il y a encore trop de personnes à faible risque parmi elles.

Il y a aussi beaucoup à gagner de la prévention. Mais ne savons-nous toujours pas qu’il est important de se protéger correctement contre les rayons UV du soleil et des bancs solaires ? « Les mesures de prévention sont généralement bien connues de la population belge, mais cela ne signifie pas qu’elles sont appliquées », explique Brigitte Boonen, spécialiste des UV à la Fondation contre le cancer.

La connaissance ne conduit pas toujours au comportement souhaité. Pensez au tabagisme, dont nous savons également qu’il est extrêmement nocif. Pourtant, 20 % de la population fume encore. Le nombre de coups de soleil est un indicateur important du risque de cancer de la peau. On constate qu’une proportion alarmante de personnes continuent à attraper des coups de soleil. Près de 10 % des Belges admettent avoir pris un coup de soleil au cours des 12 derniers mois. Même les enfants brûlent encore bien trop souvent, alors que les coups de soleil répétés pendant l’enfance ont un impact majeur sur le risque de cancer de la peau plus tard dans la vie. Le récent contrôle des UV, que nous effectuons tous les deux ans auprès d’un échantillon représentatif, montre qu’un quart des enfants ont attrapé un coup de soleil léger l’année dernière et que 19 % ont pris un coup de soleil important. Trop peu de gens réalisent que même un léger coup de soleil peut endommager la peau de façon permanente« .

Les 16-24 ans, en particulier, semblent moins conscients des mesures de prévention. Il s’agit d’une évolution potentiellement inquiétante, car le nombre de jeunes de ce groupe ayant subi un coup de soleil grave au cours de l’année écoulée a considérablement augmenté.

Perturbateurs endocriniens

À la Fondation contre le cancer, on s’interroge d’ailleurs de plus en plus sur la présence éventuelle de perturbateurs endocriniens dans les crèmes solaires. « En Belgique, contrairement aux États-Unis par exemple, ces questions sont très bien contrôlées et nos crèmes solaires sont sûres« , rassure Boonen. « Vous pouvez toujours utiliser des crèmes minérales, mais elles ne s’étalent pas aussi facilement. Le danger est que les préoccupations des gens concernant les perturbateurs endocriniens les amènent à négliger la protection solaire, ce qui n’est pas du tout une bonne idée. Le professeur Brochez confirme: « À ce jour, rien ne prouve que les crèmes solaires ont des effets nocifs, elles présentent bel et bien des avantages en termes de prévention du cancer de la peau. »

Néanmoins, nous ne devrions pas nous fier à 100 % aux crèmes solaires pour la protection contre les UV, car elles donnent parfois un faux sentiment de sécurité, poursuit Boonen. « Les gens n’appliquent pas toujours la crème solaire correctement et certaines idées fausses persistent. Les plus importantes sont que le pré-bronzage sous banc solaire vous permet de brûler moins vite et que les crèmes solaires à indice de protection élevé permettent de rester plus longtemps au soleil. Les gens pensent également qu’un SPF de 50 est le véritable facteur de protection, alors qu’en pratique ils n’appliquent qu’un tiers de ce qui est réellement nécessaire. Par conséquent, en réalité, le SPF n’est que de 10. »

Moins efficace

« Au fond, la crème solaire est l’une des mesures les moins efficaces contre le cancer de la peau, bien que ce conseil soit le plus connu », note Boonen. « Il vaut mieux éviter le soleil aux heures où il est le plus fort, c’est-à-dire 2 heures avant et 2 heures après midi, porter un chapeau et des lunettes de soleil, des vêtements résistant aux UV et faire porter un T-shirt aux enfants lorsqu’ils se baignent. La protection solaire est plutôt un complément à toutes ces mesures. Mais les mesures d’évitement ont été encore moins appliquées en 2021 qu’en 2019. »

Il y a également un travail à faire sur les connaissances de l’indice UV. Cet indice indique la force du soleil, la quantité de rayonnement ultraviolet (UV) de la lumière solaire qui atteint la Terre. La Fondation contre le Cancer recommande de prendre des mesures préventives à partir d’un indice UV de 3 ou plus. En Belgique, cette période s’étend approximativement d’avril à octobre. Mais seuls 64 % des Belges tiennent compte de cet indice UV lorsqu’ils protègent leur peau contre le soleil.

Cependant, l’indice UV n’est pas sacré. « La protection solaire est quelque chose de très individuel. Les personnes à la peau claire attrapent un coup de soleil après seulement 15 minutes d’exposition au soleil à un indice UV de 3, mais les types de peau plus foncés peuvent supporter un indice UV plus élevé. Ces derniers courent même le risque d’une carence en vitamine D s’ils prennent trop rapidement des mesures de protection contre les UV », déclare le professeur Brochez, qui prévient toutefois qu’un supplément de vitamine D en cas de carence éventuelle n’est pas la panacée. « La vitamine D fait aujourd’hui l’objet d’un vaste débat, mais de plus en plus d’informations et d’études indiquent qu’une carence ne nécessite pas nécessairement la prise de suppléments. C’est toutefois évidemment le cas des personnes qui ne sortent pas du tout, comme les résidents des maisons de retraite. »

Afin de continuer à informer la population sur les dangers du cancer de la peau, la Fondation contre le cancer lance une nouvelle campagne nationale le 9 mai. Elle s’accompagne également du lancement d’une application qui permet aux utilisateurs de vérifier l’indice UV à tout moment de la journée, partout dans le monde, et ainsi de connaître les mesures recommandées.

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