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Comment gérer l »hypersensibilité, cette richesse potentielle

Qu’on ne s’y trompe pas : l’hypersensibilité n’est pas une maladie ! Bien gérée, elle peut même constituer un atout dans la vie !

« L’hypersensibilité a de multiples facettes. Elle ne se manifeste pas d’une seule manière, et on observe le plus souvent des dominantes chez tel ou tel enfant. Certains enfants hypersensibles seront extravertis et réagiront avec excès aux diverses stimulations émotionnelles. D’autres vont dramatiser les événements qu’ils vivent, ou bien s’agiter dans une certaine angoisse. À l’opposé, sur un versant introverti de l’hypersensibilité, on rencontre des enfants inhibés plutôt anxieux, qui restent en retrait et peuvent avoir tendance à somatiser. Mais, dans tous les cas, l’hypersensibilité témoigne d’une fragilité, d’une vulnérabilité qu’il faut absolument reconnaître et prendre en compte pour accompagner l’enfant au mieux. D’autant qu’une hypersensibilité apprivoisée peut devenir un précieux atout pour l’existence… « , pose d’emblée Emmanuelle Rigon, psychothérapeute française, auteure de l’ouvrage Les enfants hypersensibles .

Des événements de vie

Il n’est pas encore possible de déterminer si cette caractéristique est innée ou acquise, si elle est là en fond et peut surgir après des événements marquants de la vie : adoption, deuil, séparation des parents, maladie durant la toute petite enfance, hospitalisations répétées, douleurs physiques, naissance prématurée, lien difficile avec la mère, le père dès la naissance, vulnérabilité des parents (dépression…), maltraitance… Des événements familiaux importants pourraient donc être à l’origine de l’hypersensibilité des enfants :  » Certains comportements de l’entourage déterminent des ressentis et des certitudes qui les amènent à se situer face au monde dans une position excessivement sensible. Il n’est pas ici question de culpabiliser les parents en les accusant d’avoir provoqué l’hypersensibilité de leur enfant. En effet, cette spécificité de personnalité, cette manière de réagir sont le résultat d’une alchimie complexe. Mais elle implique, entre autres, certaines attitudes familiales, qu’il convient de reconnaître afin de limiter leur impact. »

L’enfant peut sinon développer des failles dans un sentiment de sécurité essentiel à sa construction psychique, une mauvaise estime de soi…

Différentes sortes d’hypersensibles

En fonction du caractère de l’enfant, de son historique familial, de ses événements de vie, il peut donc développer une hypersensibilité, qui peut revêtir différentes formes. « Il y a une base commune dans l’hypersensibilité, mais chacune de ses formes varie selon l’ancienneté ou l’aspect progressif ou traumatique de son origine. Les tendances psychologiques de l’enfant, son ancrage psychique, et tous ses autres traits de caractère, ainsi que les difficultés qu’il rencontre, vont conditionner la forme que prendra son hypersensibilité. » Formes qui peuvent se combiner chez un même enfant, et déterminer d’ailleurs les manifestations et les difficultés qui peuvent en découler.

Cela étant dit, la psychothérapeute se pose la question de la manière de les aider à vivre avec leur hypersensibilité, à l’utiliser à bon escient. Non pas les guérir, elle insiste bien : « Il ne s’agit pas de dénaturer la manière d’être et de vivre de l’enfant hypersensible, ni de le faire correspondre à une norme de sensibilité dite acceptable. Cependant, si on peut apporter une part de nuance et diminuer la réactivité émotive, il ne peut s’en trouver que mieux ! »

Comment aider son enfant hypersensible ?

Pour aider son enfant, la première étape est de l’observer et de comprendre son fonctionnement. Ensuite, plusieurs pistes peuvent être adoptées par les parents. On peut amener l’enfant à relativiser par rapport aux événements de la vie, aux faits du quotidien qui stimulent cette sensibilité à fleur de peau, en se montrant rassurant, constructif et en l’aidant à voir ce qui est important. Par la suite, il est bon de lui apprendre à temporiser avant de réagir, d’apaiser sa susceptibilité s’il manque de confiance en lui, par exemple en listant ses qualités et les points positifs de sa vie par rapport aux autres enfants. Et comme ce sont des enfants qui ont besoin d’être sécurisés, il faut se montrer d’autant plus bienveillant, attentif, l’entourer avec la distance qui lui convient mais aussi le valoriser en tenant compte de son opinion, son point de vue, ses besoins… Mais surtout, il faut l’aider à apprivoiser ses émotions : lorsqu’elles se manifestent, s’arrêter et mettre calmement des mots sur son ressenti pour désamorcer la situation et apaiser ses émotions par de la relaxation, des attitudes plus constructives qu’instinctives, etc.

La consultation d’un psy n’est pas nécessaire, sauf si l’enfant est en souffrance ou que les manifestations somatiques sont trop envahissantes. Comme l’explique Emmanuelle Rigon : « L’hypersensibilité est aussi une chance à saisir. » Elle s’accompagne d’atouts, comme une justesse de vue et un esprit critique acéré, de la créativité et de l’imagination, de l’intuition, de l’altruisme, une vie intérieure riche, un rapport intense avec la vie, une grande imagination et des associations mentales riches. « Pour se réaliser pleinement sur le plan intellectuel, ces hypersensibles doivent se dégager de ce qui inhibe leur personnalité ou la rend trop explosive par susceptibilité.  »

Par Carine Maillard

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