L'A110, un modèle culte entré dans l'inconscient collectif et aujourd'hui décliné en version 2.0. © RENAULT

Le come-back de l’Alpine

La mythique A110 imaginée par le constructeur Jean Rédélé en 1962, passée sous la bannière de Renault dans les années 70, revient en force dans une nouvelle version encore plus sportive et davantage haut de gamme.

Il y a des logos qui se passent de tout commentaire, d’autres qui en suscitent. Prenez celui de l’Alpine, la fameuse marque de coupés sport qui fait son grand retour. Un  » A  » majuscule barré d’une flèche. Un blason qui symbolise la vitesse, cela va de soi, mais rappelle – pourquoi pas ? – la figure de Robin des Bois. Oui, le valeureux archer de la forêt de Sherwood, seul contre tous, comme le fut son génial concepteur, Jean Rédélé (1922-2007), autodidacte et véritable franc-tireur de l’industrie automobile qui mit au point, dans son garage, l’une des plus formidables voitures de la seconde moitié du xxe siècle. Au cas où vous l’ignoriez, l’Alpine est un mythe à part entière. Les baby-boomers lui vouent un culte éternel, une dévotion cryogénisée sur laquelle le temps n’a pas de prise. En dehors des fans, on avait pourtant pris l’habitude de parler d’elle au passé. Le constructeur français, qui fut racheté par Renault en 1973, avait cessé ses activités depuis belle lurette. Le dernier signe de vie datait de 1995, après le flop de l’A610.

Les 2 000 premiers exemplaires de la nouvelle supercar française ont été écoulés en 48 heures chrono.

La nouvelle Alpine qui s’apprête à débarquer d’ici quelques semaines chez les concessionnaires est un remake de l’A110, le modèle le plus emblématique de l’entreprise, produit à 7 000 exemplaires entre 1962 et 1977, celui-là même qui est entré dans l’inconscient collectif. Le come-back n’est pas passé inaperçu. Les 2 000 premiers exemplaires de la supercar française, vendue 58 500 euros et équipée de 250 chevaux (contre 125 dans le passé), ont été écoulés en décembre dernier en 48 heures chrono. Ceux qui sont arrivés trop tard peuvent encore passer commande en ligne en espérant que la firme au losange les livrera en 2018.

Au jeu des comparaisons entre l’illustre ancêtre et le petit jeune, on pointe d’évidentes similitudes comme le capot avant nervuré et les quatre phares tout ronds de rallye qui caractérisaient l’A110 des débuts. Sans parler de la couleur officielle, ce bleu électrique, lié à tout jamais à la berlinette des sixties et qui, un demi-siècle après son heure de gloire, a été choisie, apprend-on, par 75 % des nouveaux propriétaires. Pas de doute, la filiation est là, même si la silhouette originelle a été étirée pour la rapprocher des canons de beauté actuels. Davantage positionnée vers le très haut de gamme que son aïeule, la version 2017 espère concurrencer les bolides allemands.

Une petite bombe

Ces heureuses retrouvailles ne doivent rien au hasard. Elles ont été savamment préparées par Carlos Ghosn, le big boss de Renault, et Carlos Tavares, ex-numéro deux. Pour raviver la flamme, la firme au losange a commencé en 2012 par mettre au point l’A110-50, un concept car de compétition pour fêter les 50 ans de la sportive, avant de dévoiler en 2015 l’Alpine Célébration, un prototype de circuit, puis, en 2016, l’Alpine Vision, une GT survitaminée qui préfigure trait pour trait l’actuel A110 de série.

L'A110, un modèle culte entré dans l'inconscient collectif et aujourd'hui décliné en version 2.0.
L’A110, un modèle culte entré dans l’inconscient collectif et aujourd’hui décliné en version 2.0.© RENAULT

Derrière ce projet qui s’étale sur plusieurs années, on retrouve Antony Villain, jeune directeur design de la nouvelle mouture, qui ne compte plus ses allers-retours entre Paris et Dieppe, où est intégralement assemblée la sportive, sur le site même où l’A110 fut construite quand Renault prit le contrôle de la société. Car Alpine n’est devenue la propriété de la Régie qu’à partir de 1973. La griffe naît en 1955 sous l’impulsion de Jean Rédélé, un ancien de HEC amoureux de sports mécaniques. Son père, qui tient un garage dans la commune normande, lui a transmis la passion des voitures. A 24 ans, Jean devient concessionnaire pour Renault tout en consacrant ses heures perdues à concevoir des prototypes de son cru, assemblés à partir de mécaniques de la marque française, et en particulier de la 4CV dont il optimise les performances. Il convainc le styliste italien Giovanni Michelotti de l’aider à dessiner ses premiers coupés biplaces qui ne tardent pas à remporter des rallyes régionaux devant des constructeurs prestigieux comme… Jaguar.

En 1956, Rédélé, devenu entrepreneur, constructeur et pilote, sort l’Alpine 106 puis l’A108, la grande soeur de l’A110. Celle-ci est lancée au Salon de l’auto 1962. Avec sa ligne racée, son robuste moteur de R8 remanié mais aussi son extrême légèreté (600 kilos) obtenue grâce à une coque en résine polyester, elle séduit aussitôt les amateurs de sensations fortes. Choisie par les unités d’intervention de la gendarmerie française dans les années 60 pour courser les chauffards, cette petite bombe, haute de 113 cm à peine, colle à la route et dans les chemins escarpés. En 1973, elle devient championne du monde de rallye. La mode néo-rétro de ces dernières années a fini par rattraper la légende.

Par ANTOINE MORENO

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