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Faut-il taxer les voyageurs low cost ?

Ludivine Ponciau
Ludivine Ponciau Journaliste au Vif

Pour Philippe Moati, professeur d’économie à l’université Paris Cité et cofondateur de l’Observatoire société et consommation (ObSoCo), le low cost n’a pas dit son dernier mot dans un contexte de tensions autour du pouvoir d’achat et de désir inextinguible d’explorer le monde.

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Des billets si chers qu’ils nous couperont l’envie de prendre l’avion, c’est bien ce qui nous attend?

Le transport aérien est un cas intéressant, car il révèle les contradictions devant lesquelles nous nous trouvons. D’un côté, un pouvoir d’achat qui est sous tension et qui risque de l’être encore un certain temps. De l’autre côté, un modèle low cost qui est une manière de répondre à cette tension. On fait d’ailleurs le même constat hors du transport aérien puisque le modèle s’est décliné sous différentes formes et dans plusieurs secteurs de l’économie, comme celui de la consommation où les enseignes de type Action cartonnent. Cela permet à la population de continuer à consommer malgré une situation budgétaire qui se dégrade. On peut donc clairement affirmer que la conjoncture du pouvoir d’achat est favorable au low cost dont la fonction sociale est de continuer à rendre accessibles des choses qui pourraient ne plus l’être si la pression budgétaire se renforçait. Pour le transport aérien, c’est exactement la même chose: brader des sièges d’avion pousse à la consommation et contribue, en même temps, à dégrader la situation. Ce qui fait qu’aujourd’hui, nous sommes confrontés à un dilemme: soutenir le pouvoir d’achat ou freiner la consommation.

Et personne ne veut toucher aux sacro-saintes vacances…

Au cœur de la crise sanitaire, nombre d’experts galonnés ont soutenu qu’il y aurait un avant et un après Covid en matière de tourisme, qu’on rentrerait dans un nouveau cycle. Ils se sont très clairement trompés. Il existe une énorme demande, notamment de la part des jeunes, de découvrir le monde et de prendre l’avion pour des destinations lointaines. On peut aussi apprécier le tourisme de proximité, ce n’est pas antinomique, mais quand on regarde les données relatives aux déplacements, on se rend compte qu’on n’a pas tourné la page. Pour le compte d’une ONG, nous avons réalisé une étude sur les jeunes et l’avion et nous avons vraiment senti cette tension: les jeunes éduqués qui avaient développé une conscience environnementale étaient également avides de moments forts. Ils sont moins dans l’accumulation de biens matériels mais davantage dans une consommation expérientielle et le voyage, y compris le citytrip, fait partie des sensations qu’ils recherchent. Là encore, on est face à un vrai paradoxe. La seule manière d’en sortir, si on souhaite vraiment réduire le trafic aérien, c’est de faire en sorte que la fiscalité soit le reflet des enjeux climatiques. Si on veut réduire le trafic aérien, il faut le rendre plus coûteux en taxant le kérosène et, plus généralement, en faisant en sorte que le billet d’avion coûte très cher. Evidemment, ça pose un problème de démocratisation du voyage.

Les quotas de CO2 et de kilomètres en avion sont une piste sur laquelle nous serons sans doute amenés à travailler.

Quelle serait l’alternative aux taxes?

Les quotas de CO2 et de kilomètres en avion que chaque voyageur pourrait dépenser comme il l’entend. C’est une piste sur laquelle nous serons sans doute amenés à travailler. Le low cost continuerait à être présent sur le marché, mais on ne pourrait pas l’utiliser de manière illimitée.

C’est en tout cas une solution plus égalitaire…

Personnellement, je préfère le quota à la taxation. C’est certainement plus compliqué à mettre en place mais systématiser la réponse aux enjeux climatiques par une fiscalité punitive, c’est antisocial. On l’a vu avec les gilets jaunes en France: on a l’impression que la lutte contre le réchauffement climatique induit une forme d’injustice qui est difficilement supportable, surtout pour un poste comme celui des déplacements. Dans une autre de nos enquêtes, nous avons demandé aux sondés ce qu’ils feraient avec une rentrée budgétaire inattendue. La réponse énoncée en premier lieu est rembourser tous les crédits puis, juste derrière, voyager et, en troisième position, réaliser des travaux dans la maison. Si nous voulons arriver à réduire nos déplacements, il faudra le faire avec beaucoup de doigté, sans quoi nous nous heurterons à un profond mécontentement.

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