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Plus petit, plus collectif: comment l’habitat doit évoluer pour moins polluer

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif

Production, numérique, alimentation… La sobriété s’invite partout. Dans l’habitat, l’efficacité énergétique est un défi majeur.

Tout bâtiment a un coût environnemental, ne fût-ce que par l’énergie qu’il nécessite pour fonctionner. Pourquoi, dès lors, ne pas opter pour des lieux de vie aux dimensions plus modestes? En Belgique, la taille moyenne des maisons a déjà diminué de 15% entre 2010 et 2020, passant de 146 m2 à 125 m2 en moyenne, selon le SPF Economie. Idem pour la taille des appartements, qui a glissé de 80 à 63 m2 au cours de la même période. Dans le même esprit, les pouvoirs publics pourraient limiter la part des maisons individuelles dans les constructions neuves, au profit de logements plus petits, collectifs et, si possible, intergénérationnels: un tel choix politique permettrait notamment de lutter contre l’artificialisation des sols.

Au sein des immeubles collectifs, les autorités pourraient imposer la mise en commun de gros appareils électroménagers comme les machines à laver. La Suisse le fait et en Suède ou en Allemagne, les buanderies collectives sont très fréquentes. En France, l’entreprise Les Biens en commun installe, dans les parties communes des habitats collectifs, des casiers connectés, remplis d’outils de bricolage, aspirateurs et autres appareils à raclette à emprunter à faible coût…

L’efficacité énergétique est évidemment un défi majeur. Une moindre consommation d’énergie, pour se chauffer et s’éclairer, ne pourra passer que par une très lourde phase de rénovation des logements, responsables de 40% des émissions de CO2 du pays. En Wallonie, un tiers des bâtiments affichent le plus mauvais score du certificat PEB, qui en mesure les performances énergétiques. Un million de logements wallons devraient être rénovés en profondeur d’ici à 2050, à la vitesse de 3% par an. Dont coût: 63 milliards d’euros, avec, à la clé, de très nombreuses créations de postes dans la construction et la rénovation.

L’efficacité énergétique est un défi majeur. Elle impose une très lourde phase de rénovation des logements responsables de 40% des émissions de CO2 dans le pays.

Comment financer?

Mais rénover coûte cher et tous ne sont pas en mesure de financer de tels travaux. Des primes régionales existent. Elles restent toutefois insuffisantes pour ceux qui disposent des plus faibles revenus. Les pouvoirs publics pourraient dès lors soutenir l’idée du tiers financement ou du tiers investisseur. Dans le premier cas, un organisme tiers, public ou privé, se charge de penser et organiser tous les travaux de rénovation, de décrocher les aides publiques disponibles et de financer ce qu’il faut, selon les ressources du propriétaire. Il se porte garant de l’amélioration énergétique ainsi apportée et se rétribue ensuite grâce à un loyer.

Dans la région Ile-de-France, la société d’économie mixte Energies Posit’If fonctionne sur ce modèle. La formule du tiers investissement permet, elle, à un prêteur de financer des travaux de rénovation énergétique et de récupérer sa mise par le biais des économies réalisées grâce à ces travaux. Dans tous les cas, les citoyens devraient être assurés que leur revenu cadastral ne sera pas revu à la hausse à la suite de ces travaux. Les responsables politiques soutiendraient aussi la rénovation du parc de logements en accordant une réduction des droits d’enregistrement ou une exonération temporaire de précompte immobilier en cas de construction ou de rénovation d’un bâtiment énergétiquement performant. Ils pourraient également attribuer des chèques-habitat à condition que des travaux d’efficacité énergé- tique soient réalisés dans un délai de cinq ans. Les chèques-habitat wallons actuels, forme de crédit d’impôt, ne prévoient pas cette condition.

Un certificat PEB pourrait d’office être associé à chaque bâtiment de Wallonie. Actuellement, ce n’est le cas que s’il est mis en vente ou proposé à la location. Les habitants seraient ainsi sensibilisés à la question et les pouvoirs publics auraient une idée plus précise de la situation générale. Des structures supplémentaires d’accompagnement et de conseil pour les candidats aux travaux énergétiques seraient bienvenues. Comme un soutien accru à la recherche et au développement dans ce domaine.

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