Malgré un été brûlant, l’Europe ne fait pas grand-chose contre le réchauffement climatique

Le Vif

Forêts en feu, rivières asséchées, cultures en berne, températures sahariennes… Il est désormais impossible d’ignorer l’impact du réchauffement climatique après l’été 2022, l’un des plus chauds de l’histoire en Europe occidentale. Mais la réponse à ce défi majeur reste limitée.

En Espagne, les incendies ont dévasté plus de 290.000 hectares de forêts, près de cinq fois la moyenne des quinze dernières années (67.000 ha). Alors que les réservoirs d’eau sont au plus bas, un « tourisme de sécheresse » s’est organisé pour redécouvrir ici une église du XIe siècle, là un complexe mégalithique, ailleurs un camp romain, habituellement engloutis.

La menace de désertification pèse sur 75% du pays. Un bateau de ravitaillement a même dû être organisé pour abreuver des communes du Pays basque (Nord). Le gouvernement espagnol a donc pris son bâton de pèlerin pour tenter de changer les comportements de sa population. « L’urgence climatique est une réalité« , a martelé le chef du gouvernement Pedro Sanchez. « Face au négationnisme, nous devons assumer la responsabilité de lutter contre le plus grand défi de notre génération », a tweeté le ministère de la Transition écologique.

Le 25 août, les députés ont validé le plan d’économies d’énergies du gouvernement, pris il est vrai en premier lieu dans le but de réduire les importations de gaz russe, dans le cadre d’un plan européen, et entrées en vigueur deux semaines plus tôt.  Entre autres mesures: la climatisation doit être limitée à 27 degrés dans les commerces et de nombreux lieux publics espagnols, où le chauffage ne pourra dépasser 19 degrés cet hiver. Les magasins ont obligation d’éteindre leurs lumières après 22H00.

« Abondance »

En France, où les forêts ont brûlé même dans le nord du pays, ou la pénurie d’eau y est généralement bien moindre que dans le Sud, Emmanuel Macron a appelé à l’unité face à « la fin de l’abondance » et de « l’insouciance ». Entre l’inflation liée à la crise en Ukraine et la sécheresse estivale, entrecoupée de tempêtes sur l’île méditerranéenne de Corse, où les vents ont dépassé les 220 km/h, faisant cinq morts, « nos compatriotes peuvent réagir avec beaucoup d’anxiété », a remarqué le président français.

Les discussions sur le réchauffement climatique ont de fait résonné dans nombre de familles françaises ces derniers mois. Notamment lorsqu’une députée écologiste a qualifié le barbecue estival de « symbole de virilité », assurant que les hommes mangeaient plus de viande rouge, à l’impact environnemental négatif, que les femmes. Une fronde s’est aussi levée dans le pourtour méditerranéen contre les bateaux de croisière, très polluants. Pour les mêmes raisons, l’interdiction des jets privés a été brandie par le parti écologiste.

En Allemagne, la prise de conscience était intervenue l’été dernier, quand des pluies diluviennes avaient fait 185 morts. La sécheresse, accompagnée d’une forte baisse du niveau du Rhin, devenu difficilement navigable, a fait office de piqûre de rappel.

 « Profiter du soleil »

En Italie, l’effondrement en juillet d’une partie du glacier de la Marmolada, qui a tué 11 grimpeurs, était « sans aucun doute » lié au réchauffement climatique, a estimé l’ex-Premier ministre Mario Draghi. Le Nord italien a également connu son plus grand épisode de sécheresse depuis 70 ans, menaçant la production agricole.

Mais dans un pays où l’écologie politique est absente, la lutte contre le changement climatique n’occupe qu’une place marginale dans la campagne pour les législatives à venir. Plus précisément… la 12e place sur les 15 points du programme de la coalition de droite et d’extrême droite, largement favorite. Si l’Angleterre a également enregistré son été le plus chaud, avec des températures dépassant pour la première fois les 40 degrés, le gouvernement britannique a été accusé de ne pas prendre l’évènement au sérieux, le vice-Premier ministre du gouvernement sortant Dominic Raab appelant ses concitoyens à « profiter du soleil ».

Faute de leaders suffisamment motivés, capables de donner l’exemple, de politiques volontaristes et assumées sur le sujet, le salut pourrait venir des citoyens, désireux d’agir d’eux-mêmes. Mais le résultat paraît tout sauf garanti. Des enquêtes de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), parues en juin et menées dans 20 pays, pour la plupart riches, montrent que 60 à 90% des personnes interrogées comprennent bien que le changement climatique est causé par l’activité humaine. Rares semblent pourtant prêtes à sacrifier leur confort. « Les personnes interrogées ne sont généralement pas disposées à réduire de manière significative leur consommation de boeuf ou de viande, pointe l’étude. Peu d’entre elles sont prêtes à limiter considérablement leur conduite automobile, le chauffage ou la climatisation de leur maison ».

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