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Le gaspillage alimentaire, facteur oublié du réchauffement climatique

Olivia Lepropre
Olivia Lepropre Journaliste au Vif

Le gaspillage alimentaire est responsable de 8% des émissions annuelles de gaz à effet de serre, selon un rapport. Le consommateur, qui est loin d’être le seul acteur concerné par la problématique, peut néanmoins agir à son niveau.

Lorsqu’on pense aux causes du changement climatique, on pointe du doigt les transports, les secteurs de l’industrie et de l’énergie, les différentes sources de pollution de l’air, la production de plastiques… Si on parle moins du gaspillage alimentaire, ce dernier y contribue pourtant largement, durant toutes les étapes de la chaine alimentaire, allant de la production à la consommation.

Méthane

Jeter les restes non consommés peut sembler anodin, tellement le geste est rapide et souvent familier. Mais un rapport du World Resources Institute (WRI), un think tank américain, indique que le gaspillage alimentaire est responsable de 8% des émissions annuelles de gaz à effet de serre. Une quantité importante d’eau et de terres sont utilisées pour produire des aliments qui ne sont finalement pas consommés. Si on le compare à un pays, selon WRI, le gaspillage et la perte de nourriture libéreraient plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère que tout autre pays, à l’exception des États-Unis et de la Chine.

En outre, lorsque les aliments pourrissent dans les sites d’enfouissement, ils produisent également du méthane, l’un des gaz à effet de serre qui contribuent le plus au réchauffement climatique. La perte d’aliments parfaitement bons contribue également à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle, car les aliments frais et sains sont généralement ceux qui sont le plus gaspillés, laissant au consommateur le choix, plus facile, de produits transformés non périssables.

Pourtant, réduire le gaspillage alimentaire pourrait aider l’environnement de plusieurs manières. Cela permettrait d’économiser les ressources et l’énergie nécessaires à la production d’aliments inutiles, et ce à toutes les étapes de la chaîne.

1,3 milliard de tonnes

Le nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) souligne lui aussi l’importance de réduire le gaspillage alimentaire. Selon le Giec, c’est notre système alimentaire qui est en cause. Les habitudes alimentaires ont aussi évolué au cours du demi-siècle écoulé: l’approvisionnement en viande par habitant a plus que doublé en moyenne depuis 1961, alors même que 820 millions de personnes souffrent de la faim. Dans le même temps, deux milliards d’adultes sont en surpoids ou obèses et « 25 à 30% de la production totale de nourriture est gaspillée ». En d’autres termes : environ 1,3 milliard de tonnes de nourriture produite annuellement pour la consommation humaine sont perdues ou gaspillées. Ce chiffre est en hausse de 40% depuis 1970. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), cette perte coûte près de 1.000 milliards de dollars chaque année.

Ce phénomène de grande ampleur concerne aussi bien les pays pauvres que les pays développés. Mais le gâchis n’est pas le même partout, compte tenu des disparités entre les systèmes de production dans les différents pays. Ainsi, on estime que les consommateurs des pays riches mettent à la poubelle chaque année 222 millions de tonnes de nourriture au total, soit presque l’équivalent de la production de l’Afrique subsaharienne (230 millions de tonnes).

Six conseils pour réduire le gaspillage alimentaire

1,3 milliard de tonnes de nourriture sont jetées chaque année dans le monde.
1,3 milliard de tonnes de nourriture sont jetées chaque année dans le monde.© GETTY IMAGES

Les entreprises, l’agriculture et autres producteurs d’aliments, les restaurants et les supermarchés jouent tous un rôle important dans la réduction des déchets. Si le gaspillage alimentaire est loin de ne concerner que le consommateur, ce dernier – qui est quand même un contributeur important – peut agir à son niveau. Voici quelques conseils.

Acheter uniquement le nécessaire. L’idéal est de faire une liste de courses et de s’y tenir, afin d’éviter les achats impulsifs ou de se laisser tenter par une promo « 2+1 » dont vous ne saurez que faire.

Congeler ou transformer. Si vos produits arrivent à échéance, congelez-les ou incorporez-les dans une préparation (soupe, sauce…). Acheter en vrac est aussi une astuce pour prendre le strict minimum.

Apprendre à bien lire les étiquettes. Il existe une différence entre les différents labels de dates de consommation. « À consommer jusqu’au… » concerne les produits périssables à court terme (produits laitiers, viande…). Les produits étiquetés « à consommer de préférence avant » (pâtes, café, riz…) peuvent encore être consommés. Ils ne présentent pas de danger pour la santé, même si leur qualité et leurs apports nutritionnels peuvent diminuer.

Une bonne organisation. Un peu de rangement peut s’avérer utile pour repérer facilement dans son frigo ou son garde-manger les produits à consommer en premier.

Les fruits et légumes « moches ». Les fruits et légumes qui ne correspondent pas au calibre habituel ne sont pas moins bons, mais sont la source de déchets dans la grande distribution, car ils sont souvent boudés par les consommateurs.

Donner au lieu de jeter. Si, malgré vos efforts, vous avez toujours des restes, mieux vaut les donner plutôt que de les mettre à la poubelle.

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