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Comment prendre soin de ses reins?

Ludivine Ponciau
Ludivine Ponciau Journaliste au Vif

Nos organes en charge de la filtration du sang et de la production d’urine sont incroyablement efficaces mais pas infatigables. Sensibles aux excès, ils peuvent rapidement se dégrader sans que nous nous en rendions compte.

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Au même titre que le cerveau ou le cœur, les reins font partie des «organes nobles», ceux dont la fonction est essentielle à la vie autonome et qui sont dépourvus d’une possibilité de se régénérer totalement. Tels des moulins à eau, ils turbinent en permanence pour filtrer quotidiennement 120 litres de sang.

150

Nos reins pèsent en moyenne entre 120 et 150 grammes. Des revues d’urologie ont cependant déjà fait état de reins jusqu’à neuf kilos, généralement chez des patients atteints d’une maladie autosomique dominante du rein polykystique.

Chaque rein contient environ un million de néphrons, ces unités productrices de l’«urine primitive», un liquide contenant de l’eau, du potassium, du sodium, du glucose, des acides aminés ainsi que de l’urée et de l’acide urique. Obtenu au cours de la filtration dite «glomérulaire», ce fluide est ensuite modifié de façon très élaborée et énergivore dans le tubule rénal – l’autre partie du néphron – pour finir en «urine définitive». Ce n’est qu’à travers ce processus que nous pouvons éliminer les déchets produits par notre métabolisme, réguler notre quantité d’eau et de sels minéraux ainsi que notre tension artérielle.

Nos reins ont un point commun avec le foie: ils ne provoquent pas forcément de symptômes ou de douleurs particulières lorsqu’ils sont en mauvaise santé. «La grande majorité des patients atteints d’insuffisance rénale ne se rendent pas compte que leurs reins ne fonctionnent pas correctement. Une douleur peut être perceptible lors d’infections aiguës mais une maladie chronique est généralement indolore. Ce qui rend l’annonce du diagnostic d’autant plus difficile pour les patients, car ils ne s’y attendent pas du tout», exposent le professeur Alain Le Moine, chef du service de néphrologie à l’hôpital Erasme, et sa collègue Camille Kieckens, diététicienne spécialisée en néphrologie, en charge du service de dialyse.

L’indicateur couleur

Se pose dès lors la question de la nécessité de se faire dépister si aucun symptôme ne nous alerte. Les patients souffrant de maladies cardiovasculaires (excès de cholestérol, hypertension, insuffisance cardiaque), qui sont en surpoids ou en obésité, sont plus à risque. C’est aussi le cas des personnes âgées, des diabétiques et prédiabétiques ou de celles qui souffrent d’infections urinaires fréquentes ou ayant des antécédents familiaux de maladies rénales ou des prédispositions génétiques. Pour toutes ces populations, un dépistage annuel par simple prise de sang et analyse d’urine est vivement conseillé.

Ceux qui ne sont pas à risque ne doivent néanmoins pas négliger l’impact des mauvaises habitudes. On ne le répétera jamais assez: nos reins ont besoin d’eau. Au moins un litre et demi par jour. En dessous de ce seuil, le débit de filtration est insuffisant pour assurer une bonne élimination des déchets. Pour savoir si votre organisme est suffisamment hydraté, il suffit de vérifier chaque jour la couleur de vos urines. Elles sont troubles ou foncées? C’est mauvais signe. Encore plus fiables, les bandelettes urinaires (en vente en pharmacie) permettent de détecter la protéinurie, soit une présence anormale de protéines dans l’urine et le sang. Les deux pouvant être le signe d’une maladie rénale.

Les aides à la gonflette

La découverte : moins de rejets

Des chercheurs de la KULeuven ont récemment découvert un mécanisme pouvant jouer un rôle important dans le rejet d’un rein après une transplantation. Basé sur le principe du «missing self», ce mécanisme ne recherche pas ce qui est étranger dans le corps, le traitement immunosuppresseur classique reposant sur l’idée que le système immunitaire s’attaque aux cellules étrangères à l’organisme, mais bien l’absence du type de tissu «propre». Au cours de ce processus, les cellules tueuses naturelles recherchent donc des protéines propres au nouvel organe. Des résultats encourageants alors que 15 à 20% des personnes transplantées présentent des symptômes de rejet.

Protéger ses reins, c’est aussi prendre ses distances avec ses ennemis jurés. Dans le viseur: le sel, que le Belge consomme en moyenne deux fois plus que la quantité recommandée. L’idéal à atteindre: se passer complètement de la salière à la cuisson et à table et réduire au minimum sa consommation de plats préparés et de produits transformés. Mais aussi les protéines, surtout d’origine animale. On recommande de consommer quotidiennement de 100 à 125 grammes de viande au repas principal mais aussi de varier les sources de protéines: poisson, volaille, œufs, légumineuses, produits laitiers. Le tableau noir est complété par les petites «crasses» habituelles dont on a du mal à se passer: les aliments trop gras, trop sucrés, les sodas, les jus de fruits, les boissons énergisantes…

Il y a donc les ennemis jurés, ceux qui nous tentent à l’ouverture du frigo, mais aussi les ennemis cachés, ceux dont on se méfie moins. C’est le cas des anti-inflammatoires non stéroïdiens et des préparations consommées dans le cadre de régimes hyperprotéinés: les protéines en poudre, les produits enrichis en protéines (boissons lactées, barres de céréales, biscuits, etc.), les shakes. «Ces produits sont très populaires auprès des jeunes qui souhaitent perdre du poids et prendre de la masse musculaire, déplore Camille Kieckens. Le danger, c’est qu’ils sont en vente libre et qu’ils ne sont pas contrôlés en quantité, voire même en qualité lorsqu’ils sont vendus sur Internet, et pas forcément associés à la pratique d’une activité physique. Cela se traduira par un excès de protéines qui se transformeront en déchets que vos reins se fatigueront à éliminer

Pour aller plus loin

C’est votre rein qui vous parle

Il s’appelle Valentin et il vous dit tout ce qu’il fait pour votre corps, les secrets de son fonctionnement et comment le garder en bonne santé. Après un premier ouvrage, Choisissez votre destin génétique (Fayard, 2018), Gilbert Deray, professeur de médecine et chef du service de néphrologie à la Pitié-Salpêtrière, a publié en 2019 Les Pouvoirs extraordinaires du rein, chez le même éditeur.

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