Opinion

Pierre Havaux

Vent du Nord de Pierre Havaux: parole de coronasceptiques à l’honneur (chronique)

Pierre Havaux Journaliste au Vif

Un triomphe, assurément. Une fausse note, manifestement. Un gros malaise, indéniablement.

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Les Ultimas, c’est la «grand-messe annuelle du secteur culturel» dont se félicite Jan Jambon (N-VA), actuel chef d’un gouvernement flamand sous le haut patronage duquel se remettent, depuis 2017, ces prix de la culture flamande. Décision avait été prise de pimenter la cuvée 2022 programmée en ce joli mois de mai d’un nouveau «prix du public» dédié, grosso modo, aux «sans-grade», organisations, événements, expos et autres créateurs qui peuvent difficilement prétendre concourir dans les catégories reines de la musique, du cinéma, de la littérature ou de l’architecture, là où des jurys font la loi.

S’en remettre à la vox populi est une manière toujours sympathique de «créer du lien», de rompre avec une culture de l’entre-soi, de démocratiser un concours. Et le succès fut au rendez-vous avec quelque 134 candidats en lice parmi lesquels a émergé haut la main le documentaire Tegenwind (Vent contraire) plébiscité par plus de 12 000 voix sur 33 800 votes exprimés en ligne.

Un triomphe, assurément. Une fausse note, manifestement. Un gros malaise, indéniablement.

C’est que Tegenwind porte bien son nom pour une tribune offerte par deux journalistes aux coronasceptiques, où la parole est longuement et uniquement donnée à six figures académiques liées au monde universitaire flamand ou néerlandais, au regard plus que critique sur la gestion de la crise sanitaire. On y minimise l’ampleur de la pandémie, on y doute franchement de l’utilité du vaccin et, donc, de la raison d’être d’une mégacampagne d’inoculation, quand ce n’est pas l’opportunité de porter le masque qui pose lourdement question. Bref, on y discourt sur le climat de «pensée unique» qui a régné en ces temps troublés, quitte à flirter, dit-on, avec l’une ou l’autre théorie du complot en vogue ou à véhiculer l’une ou l’autre infox avérée.

Faut croire que le public a adoré. Faut dire, surtout, que le documentaire a été porté par une campagne intensive de soutien organisée sur les réseaux sociaux tout au long de la période des votes.

Un triomphe, assurément. Une fausse note, manifestement. Un gros malaise, indéniablement.

Pour un coup d’essai du département flamand de la Culture, organisateur des Ultimas, il fut surtout ressenti comme un coup bas porté à l’engagement de celles et ceux qui se sont battus corps et âme, jour après jour, pour empêcher le satané virus de mettre des milliers de vies en danger de mort. Marc Van Ranst, l’hypermédiatique virologue, a salué à sa manière par un tweet «ce vrai encouragement aux scientifiques: trimez donc, les prix seront en fin de compte attribués à des antiscientifiques». Il n’est pas la seule voix à avoir peu goûté à la remise d’un prix doté de 10 000 euros d’argent public. L’un ou l’autre politique, l’une ou l’autre association, ont vivement déploré cette récompense à «la désinformation, à la propagande antivax» subsidiée par les autorités flamandes.

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Le cabinet du ministre-président par ailleurs en charge de la Culture, Jan Jambon, s’étonne un peu que l’on puisse ainsi s’étonner. Il a fait savoir que même si la pilule peut être difficile à avaler, «il n’appartient pas au ministre de déterminer qui peut gagner ni au politique de s’immiscer dans le contenu de la culture. Nous ne sommes pas en Russie.» Juste dans un pays où le public a conquis le droit d’avoir toujours raison.

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