Chronique

Pierre Havaux

Vent du Nord de Pierre Havaux: et vogue la galère «Jambon I» (chronique)

Pierre Havaux Journaliste au Vif
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Y’a du tangage, y’a du roulis, y’a des coups d’chien, y’a des tempêtes mais captain Jambon n’a rien d’une mauviette et assure tenir bon la barre. Sans doute son fameux trois-mâts gouvernemental (N-VA – Open VLD – CD&V) est-il occupé à traverser une passe fort délicate, soumis à des courants contraires. La vie à bord vient même d’être troublée par la perte d’un de ses marins les plus aguerris, à ce point désespéré qu’il a demandé à être débarqué à la première escale. Exit et bon vent, Wouter Beke (CD&V).

Depuis le rivage, l’opposition parlementaire (Vooruit – Groen – PVDA – Vlaams Belang) guette d’autres signes plus nets d’un bateau à la dérive, cerné d’écueils qu’il peine de plus en plus à éviter. Ici, des seniors en attente d’une prise en charge digne de ce nom ; là, le monde des crèches en quête d’une amélioration de leur condition ; sur cet autre récif, une monumentale pollution du sol aux PFOS qu’il faut à tout prix juguler sous peine de faire sombrer le mégachantier anversois de l’Oosterweel ; ailleurs encore, la pose d’une ligne à haute tension nommée «Ventilus» dans un climat électrique.

Ce qui menace dans l’immédiat le «Jambon I» dans son odyssée, c’est le «stikstofakkoord» signé fin février par l’équipage tout entier et jalousement conservé dans la cabine du capitaine. Il y est acté la résolution de réduire de moitié, d’ici à 2030, les émissions excessives d’azote dégagées par l’agriculture afin de renouer avec une Flandre où il fera bon vivre, en harmonie avec sa nature.

Ce qui menace dans l’immédiat le «Jambon I» dans son odyssée, c’est le «stikstofakkoord».

Mais voilà qu’il y a de la mutinerie dans l’air. A bord, tout le monde ne semble plus vraiment enclin à exécuter l’accord sur l’un de ses points forts: la liste «rouge» de 41 exploitations forcées, d’ici à 2025, à fermer boutique, parmi lesquelles la ferme de la vénérable abbaye d’Averbode dont le sort émeut particulièrement. Ce qui rend le CD&V et l’Open VLD d’humeur frondeuse, c’est la manière dont la charrette des condamnés a été garnie et qu’ils ne s’expliquent pas. Au rapport dans le carré des officiers: Zuhal Demir (N-VA), préposée à l’Environnement.

La nervosité gagne le bateau tout entier alors qu’empire la santé d’une des composantes de l’équipage, le CD&V, frappé d’un mal lancinant qui paraît incurable. La coque du bâtiment émet de sinistres craquements sous les coups assenés de l’intérieur mais pas encore de franche voie d’eau à signaler qui justifierait de stopper les machines et plus encore d’évacuer le navire. Fort du soutien apparent de ses N-VA, Captain Jambon affirme que le cap sera maintenu, contre vents et marées. Que toute révision du pacte est exclue, à moins de plonger la Flandre dans un chaos juridico-environnemental. Pour l’heure, le pacha déclare conserver sa confiance à sa seconde, Zuhal Demir, laquelle ne fait pas mine de vouloir transiger sur le respect des règles convenues.

Restés à quai, les experts en météo politique scrutent le ciel, hument le vent du large, recensent les nuages qui s’amoncellent et évaluent les chances du rafiot d’arriver à bon port, mission accomplie. En quasi 32 mois de navigation parfois à vue, ce n’est pas la première fois que le «Jambon I» est donné pour perdu. Qui donc, à bord, se sentirait la force de passer au sabordage?

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