Claude Demelenne

Les socialistes français dévorés tout cru par le ‘loup’ Mélenchon ? (carte blanche)

Claude Demelenne essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

En France, le « mélenchonisme » est dominant, à gauche. Cela pourrait ne pas durer, estime l’essayiste Claude Demelenne. En difficulté, la social-démocratie n’a en effet pas dit son dernier mot.

C’est une vieille rengaine. A chaque repli électoral des socialistes, une belle brochette d’analystes politiques prédit la mort imminente de la social-démocratie. Celle-ci manquerait à peu près de tout : de muscles, d’élan, d’audace, d’idées novatrices. D’envie, tout simplement. Envie d’avoir envie de ‘casser la baraque’ sociale-libérale.

Finalement, la social-démocratie ne serait plus assez sexy. Certains s’acharnent sur la vieille dame. Elle serait molle. Pratiquement indigne. En France, les coups de menton et les coups de gueule de Jean-Luc Mélenchon ont rythmé les dernières campagnes électorales. Ils ont réveillé les croquemorts du gauchisme – ou du populisme – toujours prêts à donner le dernier coup de pelle pour expédier la social-démocratie au fond du trou.

Les sociaux-démocrates – les socialistes gestionnaires – sont-ils trop mous ? Cette affirmation est d’une évidente légèreté. Les sociaux-démocrates n’ont jamais prétendu qu’ils allaient installer le paradis sur terre. Tant mieux. Ceux qui ont essayé, à l’extrême gauche, se sont plantés. Ils ont, le plus souvent, construit l’enfer sur terre. Les sociaux-démocrates ont parfois été laborieux, besogneux, brouillons. Ils ont avalisé des compromis  difficiles. Mais ils n’ont jamais  été médiocres. Ni vulgaires. Tout le contraire de Mélenchon et de ses camarades, champions de l’invective.

Le mensonge est toujours vulgaire

Le soir du second tour des élections législatives, Mélenchon apprend la défaite de l’ancien ministre de l’Intérieur, le macroniste et ex PS, Christophe Castaner. « Bon débarras » sera son seul commentaire. La classe. Lorsque la députée de la France insoumise (LFI), Danielle Simonnet, monte à la tribune de l’Assemblée nationale, elle ‘oublie’ de saluer sa présidente, la macroniste Yaël Braun-Pivet. La classe, encore et toujours , lorsque les députés de LFI tentent de rendre inaudible chacune des prises de parole de la Première ministre devant l’Assemblée, Elisabeth Borne. La super-classe, quand Jean-Luc Mélenchon refuse de reconnaître sa défaite électorale.

A entendre l’insoumis en chef, Macron est illégitime, parce qu’il a perdu les élections législatives. Affirmation trumpiste que voilà ! le parti macroniste a perdu sa majorité absolue, mais devance toujours largement le parti mélenchoniste. Le mensonge à la mode Trump est toujours vulgaire.  Il atteint des sommets lorsque  la chef de file de LFI à l’Assemblée, Mathilde Panot, lance à Elisabeth Borne : « Vous êtes une anomalie démocratique ». Toujours mettre en doute la légitimité de son adversaire politique, obligatoirement un ripoux de la démocratie.

Mélenchon est cet éternel déçu de la politique, qui en trois participations au scrutin présidentiel, n’a jamais réussi à se qualifier pour le second tour. Il est celui qui refuse de regarder la réalité en face : le score de la Nupes (Nouvelle Union Populaire écologique et sociale) – l’union de la gauche à la sauce Mélenchon – a été étriqué. Globalement, la gauche 2022 n’a pas progressé par rapport à la gauche 2017.

Dans les rangs de la Nupes, le député  François Ruffin et le député et patron du PC, Fabien Roussel, ont sauvé l’honneur de leur camp : ils ont reconnu que la performance de la gauche a été décevante, en dépit des rodomontades de Mélenchon.

Mélenchon, candidat à vie

A court terme, les sociaux-démocrates français ne sont pas bien fringants. Après l’erreur de casting de la présidentielle – il était clair, dès le départ, que la ‘mayonnaise Hidalgo’ ne prenait pas – le cartel électoral de la Nupes a permis au PS de sauver quelques meubles. Mais sans sursaut de la part des socialistes, ceux-ci seront contraints de jouer les porteurs d’eau de Mélenchon jusqu’au prochain scrutin. Ce scénario est peu probable. Une part importante des socialistes ne font aucune confiance à Mélenchon. Son obsession est connue : avaler tout cru les gentils petits camarades socialistes. Et se présenter à nouveau lors des prochaines élections présidentielles. Mélenchon, candidat à vie. Il est impensable que les sociaux-démocrates avalisent ce plan d’enfer qui fait planer le boss de LFI et sa garde rapprochée.

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Tôt ou tard, les socialistes français qui jouent à copain-copain avec Mélenchon sortiront de leur léthargie. Les rangs des dissidents, qui n’ont pas voulu jouer le jeu de la ‘Nupes’, devraient grossir. Pour l’heure, le plus perfide est le communiste Fabien Roussel, qui rappelle, dans le quotidien ‘Libération’ le surnom donné au leader de LFI dans une partie des forces de gauche : « Vladimir Mélenchon ». Petite piqure de rappel pour ceux qui l’auraient oublié : avant l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, Jean-Luc Mélenchon collait aux positions du dictateur Poutine. Sans aucun état d’âme.

Les socialistes français ne se laisseront pas manger tout cru par le loup Mélenchon. L’instinct de survie prévaudra. Avec Mélenchon, candidat à vie à l’élection présidentielle, le socialisme gestionnaire n’a pas d’avenir. « Je soutiens une gauche de transformation, pas de rupture », déclare l’une des figures montantes du PS – et opposante à la ‘Nupes’ – Carole Delga, présidente de la région Occitanie. Là est le vrai débat. La rupture à la Mélenchon, c’est du vent. Beaucoup de vent. Trop de vent, sans doute, pour que les socialistes français, à bref délai, n’ouvrent pas les yeux sur l’impossible collaboration avec le mélanchonisme, au croisement du populisme et du gauchisme mortifère.

Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

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