Chronique

Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens: le fossé orgasmique, ou pourquoi les hommes jouissent toujours plus que les femmes

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be
© getty images

Les inégalités s’immiscent jusque sous les draps: les hommes jouissent plus que les femmes. Tel est le « fossé orgasmique ». Les deux en portent la responsabilité.

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«Désolé. Je n’ai pas la langue assez musclée.» Et il s’endormit, d’un sommeil baigné d’endorphines postcoïtales, laissant sa partenaire à sa frustration. Elle a plutôt l’habitude, comme elle l’a raconté, fin mai, dans un podcast diffusé sur le compte Instagram «T’as joui»: sur les dix hommes différents passés dans son lit depuis le début de sa vie sexuelle, neuf n’ont jamais réussi à la faire jouir.

Un bon coup sur dix: la moyenne n’est pourtant pas si mauvaise. Dans ce même podcast, d’autres femmes révèlent n’avoir jamais pris leur pied, avec personne, pas même un conjoint de longue durée. Mais avoir, par contre, beaucoup simulé. Histoire de ne pas vexer le propriétaire du pénis allongé à côté d’elles (ou dessus, ou dessous, ou en diagonale, ou… allez savoir).

Combien d’hommes pourraient prétendre n’avoir jamais, au grand jamais, éjaculé de leur vie? Fort peu, s’il faut se fier à cette étude américaine datant de 2017 et publiée dans la revue Archives of Sexual Behavior. Plus de 52 000 personnes, de tous genres et de toutes orientations, avaient été interrogées quant à la fréquence de leur plaisir sexuel. Verdict: 95% des hommes hétéros affirmaient que leurs rapports se terminaient façon happy end, contre 65% des femmes hétéros.

Autres chiffres: en 2015, un sondage de l’Ifop annonçait que 49% des Françaises éprouvaient «assez régulièrement» des difficultés à atteindre ce fameux (fumeux? ) septième ciel, et que 25% d’entre elles n’avaient pas ressenti grand-chose lors de leur dernier rapport sexuel.

Le fossé orgasmique, l’inégalité sous les draps

Alors, chéries, heureuses? Pas trop, non, face à ce «fossé orgasmique», soit cette grande inégalité qui s’immisce jusque sous les draps. Toutes des mal bai****. Et c’est aussi de leur faute: jouissance bien ordonnée devrait commencer par soi-même. Apprendre à se toucher, se connaître, se satisfaire: trop peu de femmes osent, cadenassées par une éducation sexuelle rigide, culpabilisante, voire inexistante. Le gamin qui tripote Popol? Bah oui, c’est la vie. La gamine qui chatouille son bouton de rose? Horreur! Malheur!

Une fille de 15 ans sur quatre ignorerait qu’elle possède un clitoris, selon un rapport français sur l’éducation sexuelle datant de 2016. Pas étonnant que tant d’hommes n’en sachent pas davantage. Le clitoquoi? C’est certainement pas dans les films pornos phallocentrés qu’ils trouveront le chemin vers cet organe aux plus de huit mille terminaisons nerveuses (contre environ quatre mille pour une verge, pour info).

Alors beaucoup continuent à pilonner, persuadés que ce vaillant membre qu’ils chérissent tant fera le job tout seul. Puisqu’elles gémissent, en plus, c’est que ça doit fonctionner. Utiliser ses doigts? Sa bouche? Ah non, c’est juste pour les «préliminaires», ça! Une petite pression par-ci, un petit coup de langue par-là (et encore, pour ceux qui ne trouvent pas ça dégoûtant), juste ce qu’il faut pour préparer à l’avènement de l’acte sexuel, le seul, le vrai, l’unique: la pénétration.

Et puis, fini. Bonne nuit. Evidemment, les femmes sur leur faim osent rarement demander leur reste. Personne ne leur a appris qu’elles pouvaient espérer autre chose que la frustration sexuelle. Alors elles s’endorment aussi. En rêvant qu’un jour, peut-être, un partenaire moins égoïste partage enfin leur lit.

@unesacreepaire

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Un geste de douceur

«Je décide de caresser l’endroit de la couverture sous lequel devraient se trouver les visages des morts, un peu dans un geste maternel, ou féminin, ou de douceur. Le fait d’être une femme permet ces gestes-là. Et ça semble faire du bien à tout le monde.» Enora Chame, militaire française et officier du renseignement, raconte dans son ouvrage Quand s’avance l’ombre. Mission à haut risque en Syrie (Mareuil éditions, 350 p.) les trois mois qu’elle y a passés, en 2012, dans le cadre d’une mission de maintien de la paix de l’ONU. Trois cents observateurs non armés avaient notamment pour charge de documenter les exactions opérées sur le terrain. Donc, entre autres, de photographier les corps des victimes, enroulés dans des couvertures.

36 ans plus tard

«Quand je suis énervé, j’ai besoin de frapper.» Interpellé en mai 1986, après la disparition de Marie-Thérèse Bonfanti, jeune mère de famille, Yves Chatain s’était ainsi ouvertement expliqué aux forces de l’ordre. Sans émouvoir personne, il avait été mis hors de cause. Trente-six ans après les faits, l’homme, âgé aujourd’hui de 56 ans, est passé aux aveux et a été mis en examen pour enlèvement, séquestration et meurtre. Les enquêtes sur d’autres disparitions mystérieuses dans l’Isère pourraient être relancées dans la foulée.

Standard masculin

Les femmes subissent deux fois plus d’effets secondaires que les hommes lorsqu’elles suivent un traitement médical. Normal: ce sont les hommes qui servent de référence dans les essais cliniques. Ce que dénonce une campagne de sensibilisation lancée par les Femmes prévoyantes socialistes. Celle-ci met en exergue «la méconnaissance des symptômes différents entre hommes et femmes, et le peu d’intérêt pour le fonctionnement des autres corps en dehors du standard masculin».

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