Opinion

Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens: cette irritante tendance journalistique à minimiser les violences masculines… (chronique)

Mélanie Geelkens Journaliste

« Yvonne (46) décongèle accidentellement des frites: elle est étranglée, démembrée et jetée dans des sacs-poubelles, son mari connaît sa peine… » Ceci est un vrai titre, publié dans un vrai média belge. Les articles similaires se comptent malheureusement par dizaines, toujours avec le même point commun: la banalisation des violences envers les femmes. Irritant.

Stratagème: nom masculin ; astuce, combine, subterfuge. Un mot, selon la définition du Larousse, qui colle sans doute très bien à des thématiques comme l’optimalisation fiscale (« des stratagèmes pour payer moins d’impôts ») ou encore les jeux de société (« des stratagèmes pour gagner une partie »). Moins en cas de féminicide. Il a pourtant été utilisé dans le titre d’un article publié le 16 mars sur RTL Info: « Une top-modèle russe retrouvée morte dans une valise: le stratagème de son petit ami pour brouiller les pistes a duré un an. » Faut-il applaudir cette macabre finauderie? Ou plutôt s’indigner qu’un type – encore un – ait tué sa femme et ait été assez tordu pour fourrer son corps dans une valise, tel un tas de linge?

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Le poids des mots… Tant pis pour la confraternité mais, franchement, cette irritante tendance journalistique à la minimisation en matière de violences masculines… Récemment, sur Sudinfo, un article évoquant un père qui avait tué son fils autiste avant de se suicider, laissant à la mère ces affreuses découvertes, se terminait par cette phrase: « C’était leur histoire… » Ben oui, voilà une affaire privée, pas de quoi s’offusquer qu’une maman soit ainsi privée de son enfant, handicapé en plus.

Sans vouloir taper sur le même média, un autre exemple: « Yvonne (46) décongèle accidentellement des frites: elle est étranglée, démembrée et jetée dans des sacs-poubelles, son mari connaît sa peine… ». Sous-titre, pour ne rien arranger: « Un terrible fait divers s’est produit […] » Et la photo, cerise sur cet indigeste gâteau « journalistique »: un cornet de frites. Sans rire. Ça n’a rien de marrant, effectivement: l’article en question explique que l’homme vient d’être condamné à la perpétuité pour ce féminicide, qui n’a rien d’un « terrible fait divers » mais tout du crime violent.

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Des exemples similaires, le compte Instagram Préparez-vous pour la bagarre en a fait sa spécialité et épingle les titres problématiques de médias francophones. Du genre « Deux ans de prison requis à l’égard du juge libertin », alors que le magistrat était poursuivi pour « instigation, non suivie d’effet, à commettre des violences sexuelles » sur sa fille. De 12 ans. Mais aussi, mais encore: « Un agresseur aurait entretenu une liaison avec une élève de 14 ans. » Cela n’a rien de la relation, mais bien de la pédocriminalité.

Autres coups classiques: « Elle s’est fait violer », comme si la victime avait participé à l’action… « Avoir les mains baladeuses » n’est rien d’autre que commettre une agression sexuelle et « avoir des comportements inappropriés » banalise la violence. Un amoureux n’est jamais « éconduit » ou « transi » lorsqu’il agresse ou tue.

Pas plus qu’un assassinat n’est un « drame conjugal« . Pas besoin d’attendre que le terme féminicide fasse son apparition dans le code pénal pour l’utiliser dans des articles. « Crime passionnel »? Pas davantage! « Crime possessionnel », c’est mieux. Tuer sa femme n’a absolument rien de romantique. Introduire « l’idée que l’individu est emporté par une force qui le dépasse et n’est donc plus responsable de ses actes conduit […] à déplacer l’accent du crime vers la passion amoureuse et, de ce fait, à dédouaner au moins en partie le coupable », expose la linguiste Anne-Charlotte Husson, citée dans le manuel de l’Association des journalistes professionnels (AJP), Comment informer sur les violences contre les femmes?

Car, oui, chaque journaliste belge francophone a reçu un guide sur la question. Mais tous, visiblement, ne l’ont pas lu.

Un sans-abri sur trois est une femme

Près de 35% des sans-abri sont des femmes, selon une étude menée par l’UCLouvain et la KULeuven. Passant principalement la nuit dans des centres d’hébergement, chez des amis ou auprès de membres de la famille, « elles sont de facto moins visibles ». D’après les chercheurs, ces femmes se retrouveraient le plus souvent à la rue à la suite de violences domestiques ou de problèmes relationnels. Un quart des personnes sans domicile fixe seraient des enfants. (E.G. st.)

54%

des hommes s’estiment « déconstruits », selon un sondage Ifop. En creusant, c’est une autre histoire… Si plus de huit hommes sur dix sont prêts à vivre avec une femme qui gagne plus qu’eux, 45% refuseraient d’avoir des rapports sexuels avec une femme avec des poils sur les jambes, 47% avec des poils aux aisselles et 40% avec un pubis non épilé. Et pour plus d’un homme sur trois âgé de moins de 35 ans, il n’est « pas envisageable » de sortir avec une femme en surpoids ou plus grande en taille. Belle déconstruction. (E.G. st.)

Leur corps, leur choix

Dans la nuit du 17 au 18 mars, la Belgique a approuvé la réforme du droit sexuel. La définition juridique du viol a été élargie, les peines durcies, la notion de consentement précisée, l’âge de la majorité sexuelle clarifié… La réforme dépénalise également la prostitution, pour « que les travailleurs du sexe ne soient plus stigmatisés, exploités et rendus dépendants des autres », précise le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD). (E.G. st.)

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