Opinion

Nicolas De Decker

La certaine idée de Nicolas De Decker: des mots pour comprendre le dossier du nucléaire (chronique)

Nicolas De Decker Journaliste au Vif

Culot, sans tabous, réévaluation, contre-vérité: les quatre mots qui reviennent systématiquement dans le débat sur la sortie du nucléaire, programmée en 2025.

Note de l’éditeur: le lecteur trouvera ici un addendum à la chronique du 1er mars, addendum qui enrichit notablement un débat de haute tenue et fort édifiant pour la démocratie, à savoir celui sur la sortie, programmée en 2025, du nucléaire.

  • Réévaluation: n. f. Méthode consistant à ravaler la parole que l’on disait tenir pour toujours et depuis toujours afin d’éviter qu’on ne remarque trop que l’on change d’avis pour rejoindre celui des autres. La réévaluation est un euphémisme assez peu consolateur. Elle n’a jamais dessalé aucune larme, même pas quand elle coule d’un oeil d’écologiste au coeur pur et à la vie plus chouette. Elle est le propre des partis portés au pouvoir après une campagne passée à promettre qu’ on ne fera pas ce qu’ on finit par être forcé à faire sous les ricanements de ses adversaires. « Il faut réévaluer la situation à la lumière de ce qui se déroule en Ukraine » – Jean-Marc Nollet, après avoir fait avaler aux siens la prolongation de réacteurs nucléaires dont il trouvait la fermeture inévitable il y a trois mois.
    • Culot: n. m. Faille morale dont les nôtres sont entièrement dépourvus, contrairement aux autres qui osent changer d’avis juste un peu après nous parce qu’un continent est proche d’une guerre totale, et qui se permettent de faire croire que c’est à cause de la guerre et pas grâce à nous qu’ils ont changé d’avis juste un peu après nous. « Dans quelques jours, Ecolo et Groen vont vous expliquer que c’est grâce à eux si on prolonge le nucléaire. Dommage que l’on ne produise pas d’électricité avec le culot […], car, dans ce cas, nous serions totalement autonomes depuis longtemps » – Georges-Louis Bouchez, après avoir appris la réévaluation (cf. supra) des écologistes sur le nucléaire, consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie plutôt qu’ à la pétition lancée par le MR contre la politique énergétique de son propre gouvernement.

 

  • Sans tabous: exp. Manière qu’ont des écologistes de réévaluer (cf. supra) avec culot (cf. supra) les larmes salées qui coulent de leurs yeux tristes quand ils disent vouloir prolonger des centrales nucléaires qu’ils veulent fermer depuis quarante ans. « Nous demandons aux partenaires gouvernementaux de faire de même et sans tabous » – Jean-Marc Nollet, après avoir fait croire que les tabous des autres, qui se fichent au fond tous de prolonger les centrales nucléaires, les empêchaient de prolonger les centrales nucléaires.
  • Contre-vérité: n. f. Méthode consistant à réévaluer (cf. supra) sans tabous (cf. supra) et avec un atomique culot (cf. supra) la réalité des faits. « Dommage que l’on ne produise pas d’électricité avec […] les contrevérités, car dans ce cas nous serions totalement autonomes depuis longtemps » – Georges-Louis Bouchez, après avoir fait croire qu’il a toujours été pour la prolongation des centrales alors qu’il a presque toujours été contre, après avoir dit que c’était la faute des écologistes si les gouvernements précédents auxquels s’opposaient les écologistes n’ont pas prolongé les centrales nucléaires belges plus tôt, et après avoir traité les écologistes qui ne voulaient pas prolonger les centrales nucléaires belges de complices de Vladimir Poutine.

 

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