Chronique

Nicolas De Decker

La certaine idée de Nicolas De Decker: ceux qui crient le moins fort ont souvent raison (chronique)

Nicolas De Decker Journaliste

En temps de crise (ou de guerre), certains crient très fort et sont donc souvent entendus. Pourtant, l’histoire démontre que ceux qui ne criaient pas avaient finalement toujours raison…

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Il y a ce vieux dicton qui dit qu’il faut acheter au son du canon et vendre au son du clairon.

C’est un dicton pour les boursicoteurs, pour leur conseiller d’acheter quand les prix sont bas, et que ça ne coûte rien parce que c’est le bordel, puis de revendre quand les prix remontent, et que ça rapporte parce que la paix revient pour de bon.

C’est aussi comme ça, souvent, en politique. C’est quand le désordre arrive qu’il faut s’investir, et puis, quand il s’éloigne on peut compter ce qu’on y a gagné. Il suffit de suivre le son du canon, celui qui résonne avec l’opinion.

C’est au moment des plus fortes émotions qu’il faut faire entendre sa position, faire sentir qu’on ressent la commotion, et puis, gagner les élections. C’était comme ça avec l’affaire Dutroux, avec la dioxine, avec la guerre en Irak, avec les affaires à Charleroi et les scandales à Liège, avec les réformes de la Constitution ou avec le Pacte sur les migrations. Ceux qui ont réussi à crier le plus fort, avec l’opinion majoritaire, alors qu’une crise se déchaîne, ont toujours bien touché leur coupon.

Pourtant, lorsque sonne le clairon, souvent, il apparaît que ce sont ceux qui criaient le moins fort qui avaient raison. Par exemple ceux qui disaient que Dutroux n’était peut-être pas le jouet des puissants, ou que le Pacte des migrations n’allait pas noyer la Flandre sous des étrangers par millions. Mais alors, il est trop tard. Ceux qui avaient tort avec tout le monde lorsqu’ils ont investi ont capitalisé, et tout le monde l’a déjà oublié. C’est qu’aux élections, on ne profite jamais d’avoir eu raison contre toute l’opinion.

C’est la guerre en Ukraine, alors il faut qu’on achète des canons. La Belgique a déjà décidé d’en racheter quelques-uns voici quelques semaines, pourtant

C’est aussi comme ça quand il s’agit d’acheter des canons. Eux aussi, on doit les acheter au son du canon et les vendre au son du clairon.

C’est la guerre en Ukraine, alors il faut qu’on achète des canons. La Belgique a déjà décidé d’en racheter quelques-uns voici quelques semaines, pourtant. Elle a promis, en février, que l’argent dépensé pour s’armer passerait de 1,12% de son PIB aujourd’hui à 1,54% en 2030. Mais ce n’est pas assez. Il faut acheter plus de canons. Il faut monter ce budget à 2% maintenant, et s’engager pour longtemps, comme le font nos alliés de l’Organisation.

On ne sait pas ce qu’on pourra bien acheter comme canons avec ça. La ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, a même déjà dit que l’armée aurait déjà du mal à absorber ce 1,54%, après tant d’années de privations.

On ne sait même pas si on achètera vraiment quoi que ce soit, d’ailleurs, parce qu’à l’Organisation il suffit de jurer qu’on fera très attention, de ne pas vraiment faire attention, et puis, de trouver des excuses quelques années après pour ne pas avoir trop l’air con.

On ne sait pas où on en sera dans longtemps, on ne sait pas quand et comment la guerre en Ukraine finira, et on ne sait pas non plus si la Russie sera encore longtemps dirigée de la même façon.

On ne sait rien, au fond.

Mais on sait qu’il faut acheter des canons tant que n’a pas résonné le clairon.

Et ce qu’on sait déjà maintenant, c’est que ceux qui refusent d’en acheter au son du canon n’ont pas compris que ce n’était vraiment pas le moment de dire non.

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