Edito

Anne-Sophie Bailly

L’édito | Pouvoir d’achat: l’angoisse de la fin du mois

Anne-Sophie Bailly Rédactrice en chef

Notre grand sondage « Le pouvoir d’achat à la loupe » renforce les conclusions de la Banque nationale qui préconise des mesures de soutien temporaires et ciblées.

La pression sur le gouvernement d’Alexander De Croo s’intensifie. Qu’elle vienne de la rue, avec une grogne généralisée, des actions syndicales répétées et une grève nationale, le lundi 20 juin, annoncée comme « une démonstration de force ». Qu’elle vienne du contexte économique, avec un déficit public trop élevé et un environnement de taux moins favorable à l’emprunt. Qu’elle vienne des partenaires de la coalition, avec une avalanche de propositions en sens divers, ultra­ médiatisées et électoralement séduisantes. Bref, le pouvoir d’achat est le souci public n°1.

C’est d’ailleurs ce que confirme le grand sondage « Le pouvoir d’achat à la loupe » réalisé par Le Vif.
Le constat est sans appel. La hausse des prix constitue la préoccupation majeure de 4 Belges sur 10. Loin devant la guerre, le Covid, le réchauffement climatique, les migrations.

Les données issues de cette vaste enquête montrent surtout que les Belges ne traversent pas tous la crise de la même manière. Sans surprise, les bas revenus sont plus affectés par l’envol de l’inflation que les catégories sociales qui ont pu renforcer leur épargne durant les confinements. Ainsi, si, globalement, 40 % des Belges réduisent leur consommation d’énergie et disent moins fréquenter les cafés et restaurants, parmi les tranches de revenus les plus faibles, l’alimentation et les soins de santé sont également touchés. Plus d’un répondant sur deux dont le revenu est inférieur à 1 500 euros affirme avoir réduit ses dépenses alimentaires.

Important à noter aussi : la différence entre le ressenti et la réalité. Les augmentations de prix auxquelles les citoyens sont confrontés sont sur­estimées par la majorité des répondants. En mai, la hausse des prix des produits alimentaires a atteint 6,3 % quand près de 6 Belges sur 10 la situent entre 11 et 50 %.

De même, les sondés estiment majoritairement que la situa­tion ne s’améliorera guère dans les cinq ans à venir, alors que les projections économiques de la Banque nationale annoncent une embellie pour 2023.
Les conclusions issues de notre large sondage viennent donc renforcer celles de la BNB, qui préconise des mesures de soutien au pouvoir d’achat temporaires et ciblées.

De fait, distribuer des chèques sans dis­ cernement ou décréter des mesures identiques pour l’ensemble des contribuables ne répond ni à l’urgence ni aux préoccupations de tous. Pas plus que cela ne cor­respondrait à la réalité ou aux impératifs budgétaires.

Le plus dur sera de résister à la pression. Ou plutôt, aux pressions.


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