Edito

Anne-Sophie Bailly

Edito | Un capital universel de 30.000 euros pour chaque jeune: séduisant électoralement, infaisable financièrement

Anne-Sophie Bailly Rédactrice en chef

Le capital universel de 30.000 euros pour chaque jeune, proposé par Ecolo, est sans doute séduisant électoralement parlant. Il ne l’est par contre ni par sa finalité ni par son financement.

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Lors de son congrès «social» tenu ce 5 juin à Bruxelles, et quelque temps après la proposition du MR, Ecolo a présenté sa version de l’allocation jeunes, soit une enveloppe de 30 000 euros offerte à chaque Belge à ses 25 ans, sans conditions ni finalité particulières. Un «capital universel de solidarité» qui devrait «apporter aux jeunes qui souffrent depuis deux ans de la crise du Covid une solution concrète», selon les verts.

Cette proposition d’Ecolo s’apparente – de loin et en version XXS – à la notion de «l’héritage pour tous» défendue par l’économiste français Thomas Piketty dans son ouvrage Capital et idéologie (Seuil). Pour ce spécialiste des inégalités économiques, accorder 120 000 euros à chaque jeune permettrait de réduire ces inégalités, notamment en diminuant l’hyperconcentration de la propriété et en octroyant davantage de pouvoir de négociation «à ceux qui ne possèdent rien».

Si le montant diverge entre la proposition d’Ecolo et l’idée défendue par Piketty, les sources de financement de ces allocations également. L’économiste français envisageait de compenser ce décaissement par un mélange d’impôt progressif sur la fortune et une taxation des successions.

Si, en France, le débat autour de l’héritage commence à vivre un peu, en Belgique, il reste un tabou quasi absolu. Dernier exemple en date, le départ précipité de Jean-Luc Crucke du gouvernement wallon pour avoir voulu toucher à la marge au système des donations. Ecolo n’a donc avancé comme source de financement de sa proposition qu’une taxation sur la fortune. Cette ponction de 1% du patrimoine des très riches revient comme «la» solution à chaque crise: pour financer les conséquences du Covid, la baisse du pouvoir d’achat, les prix de l’énergie ou le coût de la lutte contre le réchauffement climatique. Une taxation «one shot» pour financer une proposition censée être pérenne.

Investir dans l’enseignement, l’éducation, la transition écologique n’offrirait-il pas davantage de finalités collectives que de faire pleuvoir une monnaie hélicoptère?

De plus, les inégalités sociales seront-elles réellement aplanies par un «coup de pouce» financier accordé à tous indifféremment? Ces «jeunes qui souffrent de la crise du Covid depuis deux ans» trouveront-ils dans ces 30 000 euros les réponses qu’ils cherchent? Investir dans l’enseignement, l’éducation, la transition écologique n’offrirait-il pas davantage de finalités collectives que de faire pleuvoir une monnaie hélicoptère?

Ce capital universel est sans doute séduisant électoralement parlant. Il ne l’est par contre ni par sa finalité ni par son financement. Pas plus que ne l’est, d’ailleurs, l’idée du MR qui entendait puiser dans les allocations familiales pour permettre aux jeunes d’accéder à la propriété, de lancer une entreprise, de financer des études.

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