Chronique

Pierre Havaux

Vent du Nord de Pierre Havaux: bière et scoutisme, incompatibles cet été (chronique)

Pierre Havaux Journaliste au Vif

Alors que la saison des camps d’été débute, le débat sur l’alcool dans le scoutisme prend de l’ampleur en Flandre.

Le contenu intégré souhaite enregistrer et/ou accéder à des informations sur votre appareil. Vous n’avez pas donné l’autorisation de le faire.
Cliquez ici pour autoriser cela de toute façon

A Florenville, Bouillon, Chiny, Andenne, on se la joue Bourvil, ce sera «l’ alcool non, mais l’eau ferrugineuse oui». Mais pour le coup, tout le monde ne trouve pas ça drôle et n’a pas compris cette façon plutôt abrupte de décréter le bac de bière et le scoutisme incompatibles dans les camps d’été organisés sur le sol des quatre communes. L’interdit passe aussi plutôt mal la rampe de l’autre côté de la frontière linguistique, jusqu’au parlement flamand qui s’est ému de la nouvelle. Benjamin Dalle (CD&V), ministre de la Jeunesse, s’y est senti pleinement soutenu dans l’incompréhension et les profonds regrets qu’il a exprimés pour ce qui passe pour une marque de défiance envers cette belle jeunesse, flamande comprise, qui migre en masse vers la Wallonie pour y planter joyeusement ses tentes à la belle saison.

Quelle est triste cette image ainsi véhiculée sur le compte des chefs scouts», s’offusque le jeune ministre Benjamin Dalle (CD&V).

Mais quelle est triste cette image ainsi véhiculée sur le compte des chefs scouts, s’offusque le jeune ministre. «On les présente comme s’il s’agissait de bandes d’ivrognes irresponsables, tous ivres et incapables de prendre en charge leurs pensionnaires.» C’est vraiment trop injuste et, tous bords politiques confondus, la manière de faire est taxée de stigmatisante, culpabilisante, vexatoire. Comme une gifle assénée sur la joue de 100 000 moniteurs, animateurs et volontaires qui donnent le meilleur d’eux-mêmes et de leur temps pour faire le bonheur d’un million de petits Flamands.

C’est là le signe d’une société en voie d’«aigrissement», diagnostique le député-président de Vooruit, Conner Rousseau, l’index pointé sur ces donneurs de leçons des plus anciennes générations, ceux-là qui s’indignent de l’alcool chez les jeunes en oubliant un peu vite, appuie le quasi-trentenaire, que «ma génération se comporte bien mieux que celle de mes parents quand il s’agit de l’alcool au volant».

Hors de question, bien sûr, de nier l’ampleur préoccupante de la consommation d’alcool chez les jeunes. Mais un camp scout paraît un endroit bien mal indiqué pour poser le débat. Pas question non plus de ne pas témoigner de compréhension pour ces localités rurales prises d’assaut par des grappes de jeunes bruyants ou pas toujours regardants. Mais ce ne peut être qu’une excuse pour adopter «des solutions radicales, disproportionnées et contre-productives», observe Benjamin Dalle. On leur préférera, comme cela se pratique souvent, «la désignation d’“un monsieur ou madame camp”, qui, souvent, se débrouille assez bien en néerlandais, ce qui facilite la communication».

Sans lui donner une tournure communautaire, l’affaire n’en restera pas là. Nouveau plan de bataille en poche, le gouvernement flamand s’engage dans la politique de la main tendue. Concertation est prévue ce 1er juillet avec le gouverneur de la province de Luxembourg tandis que le sujet est inscrit à l’agenda de la conférence interministérielle Jeunesse. Dalle se réjouit de pouvoir compter un allié dans la place, le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Pierre-Yves Jeholet (MR). «J’attends de mes collègues à la Communauté française qu’ils ne relâchent pas la pression sur ces quatre bourgmestres», invités à revenir à la raison et au dialogue, à se rallier à un sens de la fête régulée. Si même au camp l’alcool tombe à l’eau…

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content